Archive | 5 janvier 2018

Le roi Mathias Ier de Janusz Korczak

Présentation de l’éditeur : 

Le petit Mathias, devenu roi à la mort de son père, est confronté aux manipulations politiques et à la guerre. Avec courage et volonté, il fait face aux adultes pour tenter de réformer son royaume et rendre tous ses sujets heureux. Curieux du monde, il va vivre de multiples aventures, dont la rencontre avec un roi cannibale. Mais cette amitié africaine va déplaire aux rois blancs qui sèmeront des obstacles sur la route de Mathias vers l’égalité et la démocratie.

Merci à Babelio et aux éditions du Rocher pour ce partenariat.

Mon avis : 

Janusz Korczak est un précurseur du droit de l’enfant. Ce pédagogue polonais a d’ailleurs écrit ce livre en le lisant, chapitre après chapitre, aux orphelins dont il prenait soin, modifiant ce qu’il écrivait en fonction de leur ressenti.
J’ai lu ce livre avec mes yeux d’adulte, tout en pensant aux enfants qui ont découvert ce livre le premier, et à ceux qui le liraient aujourd’hui. Je me dis que cette lecture devrait leur sembler ardue, peut-être aussi parce que peu d’enfants, d’adolescents se préoccupent de la démocratie, de la royauté, et des rivalités qui entraînent des guerres. Je ne dis pas qu’ils ont raison, je dis qu’il est difficile de les amener à s’interroger sur le sujet, eux qui n’ont vécu aucun conflit sur le sol français, eux qui prennent tout pour acquis.
Mais revenons au roman. Ce n’est pas un livre qui se lit d’une traite, il faut au contraire prendre le temps de le lire, de voir l’évolution de Mathias, tout jeune roi, orphelin de père et de mère à… ce qui lui arrive à la fin et laisse entrevoir une suite.
Mathias est roi, certes, mais il est prisonnier de l’étiquette et d’un code de l’honneur qui n’est pas aussi honorable qu’il y paraît. Parce qu’il est un enfant, il est laissé dans l’ignorance, isolé : il est roi avant d’avoir le droit d’être un enfant, et ne peut avoir d’ami de son âge – d’ami tout court. Il expérimente – un peu – la tyrannie, avant de tenter quelque chose de plus difficile : être un réformateur. Pas la peine de chercher, même en 2018, réformer est difficile, si ce n’est impossible. Et il est toujours des enfants qui vivent dans le dénuement – pas besoin d’être sujet de Mathias Ier pour cela.
Le roi Mathias Ier est à faire découvrir, en accompagnant sa lecture.

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Obia de Colin Niel

Edition Babel – 564 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le destin de trois jeunes hommes qui se retrouvent pris dans le double piège des cartels de la cocaïne et des revenants d’une guérilla perdue, au Surinam.
En ranimant les souvenirs de la guerre civile qui provoqua à la fin des années 1980 le passage de milliers de réfugiés sur les rives françaises du Maroni, Colin Niel nous plonge dans une Guyane qui voudrait tout oublier des spectres de cet oppressant passé. Alors qu’au Suriname les gros bonnets de la drogue ont remplacé les Jungle Commando, le destin de trois jeunes hommes va se trouver pris dans le double piège des cartels de la cocaïne et des revenants d’une guérilla perdue.

Mon avis : 

J’ai mis du temps à me décider à lire ce livre à cause de sa taille. Bilan : je l’ai lu en trois jours, tant l’intrigue était prenante. Je savais déjà, pour avoir lu la première enquête du capitaine Anato, à quel point les enquêtes pouvaient être passionnante, ce troisième volume en est la preuve.
Un meurtre, puis un deuxième… et le capitaine Anato, qui était pourtant en congé, sur les traces de la famille de son père, est rappelé pour enquêter parce qu’il est Ndjuka, comme Clifton, le principal suspect – pour ne pas dire l’unique suspect aux yeux du major Marcy. Ce dernier est  très réputé pour son professionnalisme, très proche de sa fille unique, Mélissa, qui, bien que sourde, a fait des études et a un travail, ce qui n’est pas si fréquent en Guyane. Marcy et Anato devront faire équipe, et Anato de tout faire pour mener sa tâche à bien. Note : parfois, je manie très bien l’euphémisme.
Ce livre est complexe, et pourtant, vous ne vous perdrez pas. Il nous parle de la jeunesse guyanaise, créole, ndjuka, qui peine à se faire une place dans la société et qui a recours à des expédients relativement dangereux pour gagner de l’argent. Enfin… on ne leur dit pas que c’est dangereux, et eux veulent bien croire, en s’appuyant sur d’anciens éléments culturels, que cela ne l’est pas. Même pour ceux qui s’en sont sortis, la tentation est grande de l’argent facile.
Il nous parle aussi du passé, de la guerre du Suriname dont je l’admets volontiers, je ne savais rien. Ce qui nous est raconté est à la fois très précis d’un point de vue historique, très réaliste, tout en étant parfaitement intégré à l’intrigue. Nous sommes dans un roman, et vous ne trouverez pas de personnages pour diffuser doctement un savoir qui endormirait le lecteur. Non. Ceux qui parlent sont des personnages qui ont vécu cette guerre, qui ont du lui survivre, et, parfois, n’y sont pas réellement parvenus. L’on n’a pas fini, dans ce livre, de parler des conséquences de cette guerre oubliée, ignorée, conséquences qui trouveront leur résolution vingt ans plus tard. Mais par quels détours le capitaine Anato aura-t-il dû passer !
Si vous hésitez à découvrir cet auteur, je ne vous dirai qu’une chose : n’hésitez plus.