Archive | 27 décembre 2017

L’insoumise de la porte de Flandres de Fouad Laroui

Présentation de l’éditeur :

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra ou Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour ou Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima…

Circonstances d’écriture : 

J’ai la grippe depuis le 24 décembre, je m’occupe donc en lisant et en écrivant beaucoup.

Mon avis : 

L’action se passe dans un quartier qui a été sous les feux de l’actualité : Molenbeek. C’est là que vit, ou plutôt qu’étouffe Fatima. Brillante étudiante d’origine marocaine, elle ne rêve pas d’une autre vie, non, Fatima est d’une autre trempe. Vêtue de noir et d’un hijab, elle prépare une autre vie que celle que l’on veut lui imposer. Qui se cache derrière ce « on » ? Pas ses frères, non, qui ont déjà mis les voiles, fait leur vie ailleurs, et s’ils ne peuvent l’aider, ils ne l’entravent pas non plus. Le « on », c’est d’abord le père, qui a changé quand sa fille est rentrée dans l’adolescence, alors qu’elle n’a pas changé de sentiments ou d’état d’esprit. Le « on », ce sont aussi les hommes du quartier, qui se donnent le droit de surveiller les femmes et leur manière. Parmi eux, le voisin, épicier, discret rapporteur de ces faits et gestes. Et puis il y a Fawzi, personnage qui serait très drôle s’il ne représentait un archétype : celui qui se croit le garant de la pureté de son bien. Je veux parler, bien sûr, de Fatima.

Oui, elle prépare sa nouvelle vie, et joue avec les clichés liés à la femme-objet, justement. L’obsession qu’a Fawzi pour elle aura des conséquences auxquelles personne n’aurait pensé. Sans vous les dévoiler, je dirai simplement qu’elles sont à la fois tragiques et comiques, parce qu’elles montrent à quel point il est facile d’interpréter un geste, un comportement, un acte de prêter à quelqu’un des motivations qui ne sont pas vraiment les siennes. Mention spéciale pour le journaliste Eddy Koekboek. Celui-ci est tellement à la recherche du scoop, il est tellement imprégné de clichés et de préjugés (sans oublier une bonne dose de racisme et d’inculture) qu’il en est consternant. Mais il ne faut pas beaucoup d’imagination pour se dire que de tels journalistes existent.

L’insoumise de la porte de Flandres est un roman qui donne à réfléchir, pas seulement sur un sujet d’actualité, mais aussi sur des sujets de société.