Journal d’un louveteau garou – 11 décembre

Cher journal

je reviens à peine d’un cours de mathématiques, et, comme à chaque fois, je m’interroge sur les raisons de ma présence en cette salle de classe. Je n’ai absolument rien d’un scientifique ! Et l’on souhaite, pour le bien de la meute, m’envoyer dans une section où je pourrai pleinement profiter de cet enseignement. Je serai sincère : j’écoute en ayant l’air d’être attentif le professeur, je hoche la tête pour prouver que je l’ai bien écouté, et aussi parce que je ne veux surtout pas le contrarier. Mais je ne comprends strictement rien à ce qu’il me dit. Je ne suis pas le seul à ne pas comprendre, je suis le seul à avoir l’air de comprendre, ce qui est une nuance suffisante pour persuader le professeur non que je suis le meilleur élève de la classe, mais que je suis le moins mauvais.

J’ai voulu tenter une journée dans la section littéraire. L’avenir de la meute est encore plus incertain de ce côté-ci, l’influence du langage oral étant déplorable ! Assez d’entendre les « on se culture, « cultiver », c’est pour les champs, « culturer », c’est pour l’esprit. Comment renflouer les caisses de la meute ? Instaurer un impôt sur les fautes de syntaxe et de lexique – sachant tout de même que les pires erreurs viennent sans doute de personnes nommées « journalistes », pour lesquelles un dictionnaire n’est qu’un objet qui trône sur une étagère.

Oui, journal, je suis tourmenté. J’ai croisé hier madame Cobert, parce que je tenais la buvette lors de la visite des anciens élèves du pensionnat. Elle m’a dit qu’elle allait procéder à une « Valèrectomie », tant mon petit frère est insupportable. Je le savais déjà, puisqu’il partage ma chambre quasiment depuis sa naissance. Je ne soupçonnais pas qu’il se comportait de manière pire encore dans une salle de classe.

Je suis tourmenté. Oui, je me répète, chez journal, et je veux bien que tu comprennes que j’en fais exprès. Le leader des Galvodeux de batteuse a été admis aux urgences de l’hôpital des Garous pour cause de surdose de substances illicites. D’un côté, je lui souhaite de recouvrer prestement une excellente santé afin qu’il assure ses prochains concerts, de l’autre, j’ai envie de lui botter son postérieur poilu. Il mériterait qu’on le colle dix jours en guetteurs de la meute – et il verrait que les réalités du terrain sont bien pires que les réalités de la scène.

Sur ce, cher journal, je te laisse : je crois que Valère s’est encore mis en mauvaise posture.

Anatole Sganou, 3e Bleu.

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