Archive | 5 novembre 2017

Véra de Karl Geary

Présentation de l’éditeur :

Sonny est un jeune Irlandais de 16 ans. Bien sûr, il rêve d’ailleurs. Lorsqu’il croise le regard de Vera, sa beauté lui donne immédiatement le vertige. Il oublie tout : la boucherie dans laquelle il travaille après l’école, sa mère qui s’étiole dans la cuisine, son père irresponsable qui perd l’argent de la famille dans des paris. Vera ne dit jamais son âge. Elle parle peu. Mais elle sait écouter Sonny comme personne ne l’a fait jusqu’à présent. Vera et Sonny vont vivre une histoire. Intense, dévastatrice et sublime. On sait dès les premiers gestes de tendresse que l’état de grâce ne peut durer, mais on est emporté par la justesse de l’écriture, par la puissance émotionnelle de ce roman.

Mon avis : 

Si vous souhaitez découvrir ce livre, ne lisez ni la quatrième de couverture ni le bandeau qui, à mon sens, vous induira en erreur. Lisez-le en sachant simplement que l’action se passe en Irlande, que les personnages principaux se nomment Sonny et Véra. Parce que sinon….

J’ai vraiment l’impression qu’il y a eu le livre d’un côté, et moi de l’autre, deux trajectoires parallèles qui ne se sont jamais rencontrés. L’histoire d’amour, je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvée. Pourtant, j’ai pensé, un peu, parfois, au blé en herbe, avec le personnage de Sharon, jeune fille un peu paumée, déscolarisée, sans aucune culture mais attachante tant elle s’applique à être exactement ce que la société attend d’elle.

Sonny, lui, vit dans une famille où l’on se dispute plus que l’on ne se parle, où il y a « lui » et les « garçons », ses frères aînés. J’ai eu l’impression d’une oeuvre d’un autre temps, avec cette mère qui est presque à fouillée les poches de son mari pour trouver de quoi nourrir les siens, et ce mari qui cache l’argent, cache ses gains, parce que, de toute façon, il perdra tout aux courses.

Sonny et Véra appartiennent à deux mondes différents, elle, l’anglaise très cultivée, qui fait des travaux dans sa maison, et qui ne se souvient plus qu’elle a demandé à Sonny d’en faire. Je n’ai pas ressenti d’empathie envers cette femme qui est si profondément enfoncée dans la dépression qu’elle est complètement coupée du réel. Bien sûr, cette phrase ne reflète pas vraiment la complexité de sa douleur, de son apathie, mais il aurait fallu quelqu’un qui puisse aider Véra autrement qu’en lui donnant plein de médicaments et en l’accueillant à l’hôpital quand vraiment, elle ne va pas (je manie très bien les euphémismes).

Véra est à lire pour ceux qui aiment la littérature irlandaise.

 

Une journée dans la mort de l’Amérique de Gary Younge

Présentation de l’éditeur  :

Chaque jour, ce sont près de sept enfants ou adolescents qui meurent par balle aux États-Unis. Cette statistique glaçante ne peut rendre compte à elle seule des vies détruites par les armes à feu, Gary Younge a donc décidé de raconter le destin des jeunes gens tués au cours d’une journée choisie au hasard. Ils sont dix à être abattus le 23 novembre 2013, dix enfants et adolescents âgés de 9 à 19 ans  : sept noirs, deux hispaniques, un blanc.Gary Younge consacre un chapitre à chacune de ces victimes tuées par balle, parfois par accident, parfois lors d’un règlement de comptes  : Jaiden, Kenneth, Stanley, Pedro, Tyler, Edwin, Samuel, Tyshon, Gary et Gustin. En recoupant les entretiens qu’il a menés avec leurs proches, les rapports de la police, du «  911  » et des journalistes locaux, il reconstitue la vie et les dernières minutes de ces jeunes, victimes de leur condition sociale, de la négligence des adultes, des lobbys.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est désespérant  parce qu’il montre un fait de la société américaine contre lequel peu se mobilise : la mort d’enfants, d’adolescents tués par balles. Les causes ? Non, elles ne sont pas à chercher dans la vente libre d’armes à feu, dans le nombre d’armes qui circulent dans le pays, non. Tout vient des parents, de l’éducation qu’ils donnent ou plutôt qu’ils ne donnent pas, idée bien ancrée, partagée par tellement de personnes que l’on peut se demander, vu de l’extérieur, comment faire bouger les choses.
Gary Younge a choisi une journée, au hasard. Au cours de cette journée, dix mineurs furent tués, quasiment dans l’indifférence générale. En dehors du cercle, parfois très restreint, des proches, ses morts ne semblent pas avoir émus l’opinion. Parfois même, les responsables, les coupables ne furent pas inquiétés : les accidents surviennent, n’est-ce pas, et l’on n’y peut rien. J’ai découvert à cette occasion qu’il existait des formations pour apprendre aux enfants à se « protéger » des armes à feu – ou plutôt leur apprendre comment s’en servir. Effrayant.
L’enquête est minutieuse, précise, et l’auteur n’hésite pas à faire part de ses difficultés à interroger les proches. Autre fait marquant : la difficulté, matérielle, des familles pour enterrer leur enfant, la nécessité, trop souvent, de recourir à des appels au don.
Second fait : la nécessité, pour mobiliser l’opinion que les victimes soient « innocentes », mignonnes si possible. Ou l’on oublie (on = l’opinion publique) que tout le monde a le droit de vivre, et non de risque de prendre une balle dans la rue, ou chez soi, volontairement ou par accident.

Je terminerai par cette citation : Dans les milieux où grandissent beaucoup de jeunes Noirs, les défis de l’éducation ne sont pas du genre de ceux que l’on voit dans Super Nanny. Les critiques de la parentalité dans de tels contextes doivent d’abord pendre en compte la difficulté d’accomplir son rôle de parent aux endroits où les écoles sont mauvaises, où les gangs pullulent, où les drogues et les armes sont facilement accessibles, où les ressources sont limitées et où la police se montre impitoyable.