Archive | 13 octobre 2017

Les origines de l’amour de Kishwar Desai

Présentation de l’éditeur :

Dans ce nouveau roman de l’Indienne Kishwar Desai, ce sont deux univers que nous découvrons. Celui de celles et ceux qui donneraient tout pour fonder une famille et celui de celles qui vont porter leurs enfants. Et, entre les deux, il y a ceux qui tirent profit de ce business… Cette nouvelle enquête de la charmante et tenace travailleuse sociale Simran Singh a pour premier objectif de sauver la petite Amelia, née par mère porteuse dans une clinique de Delhi. Ses parents, d’origine britannique, sont morts dans un accident suspect et la mère porteuse a mystérieusement disparu. Il faudra aller jusqu’à Londres pour tenter de retrouver les proches d’Amelia, mais aussi découvrir comment le bébé a pu naître séropositif…

Mon avis :

J’ai lu ce second tome des aventures de Simran Singh très rapidement. Alors, oui, l’écriture est efficace mais il est tout de même des petites choses qui me dérangent.
Comme dans le premier tome, Simran s’aperçoit qu’il est des faits qu’elle aurait pu découvrir plus tôt si seulement elle avait été plus attentive, ou moins naïve. Non, parce que, franchement, la naïveté de Simran est parfois étonnante, alors qu’à d’autres moments elle devient une empêcheuse de tourner en rond.
Les opinions de Simran ne sont pas nécessairement celles de l’auteur, dit Kishwar Desai dans la post-face. J’espère tout de même que l’auteur est pour l’adoption, et prend ses distances avec ce commerce des embryons. La problématique du roman est là. D’un côté, nous avons des occidentaux, de riches indiens, prêts à tout pour devenir parents parce qu’ils sont stériles, parce qu’ils ont laissé passer le moment de faire un enfant, parce qu’ils sont homosexuels ou même pour des raisons bien plus sujettes à caution. De l’autre, nous avons des femmes indiennes pauvres, qui vendent leur corps, avec l’approbation de leur mari, de leur famille parfois, qui deviennent mères porteuses. Du coup, leur condition de vie s’améliore (si, si) : le temps de leur grossesse, elles sont bien soignées, bien nourries, elles reçoivent même des soins esthétiques. Il ne faut pas que la mère porteuse d’un joli bébé blanc aux yeux bleus ait une peau trop foncée. Ou comment se donner bonne conscience.
Si déjà cette situation vous choque, sachez que, dans la clinique tenue par les amies de Simran, clinique où elle apporte son grain de sel pour que les mères porteuses soient un minimum respectée et ne s’attachent pas à leur enfant (et oui, ce sont tout de même les leurs), nous sommes plutôt face à des exceptions. Ailleurs (voir les reportages récents à la télévision), les femmes sont parquées telles des vaches dans une étable, sans espoir de voir le pré un jour, elles doivent subir une césarienne, le plus souvent à la demande des parents de l’enfant – il faut bien programmer les vacances pour venir chercher le bébé – et enchaînent les grossesses jusqu’à épuisement.
L’action a beau se passer en Inde, certains combats pourraient se passer en France – même si les mères porteuses n’y sont pas officiellement autorisées. Vous noterez que je ne parle presque pas de l’intrigue policière parce qu’elle passe quasiment au second plan. Elle montre cependant à quel point les occidentaux sont prêts à tout pour avoir l’enfant de leur rêve, pour s’assurer une descendance. Ou comment, aussi, on appelle altruisme ce qui n’est que de la légèreté et de l’égoïsme. A ce sujet, le dénouement du roman est presque trop beau, trop moral pour être crédible – encore une de ses petites choses qui m’a dérangé.

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