Archive | septembre 2017

Une blonde à Manhattan d’Adrien Gombeaud

Présentation de l’éditeur :

New York, 1955. Marilyn Monroe quitte Hollywood pour échapper à l’emprise des studios et à son image de blonde écervelée. Elle se réinvente en fréquentant l’élite intellectuelle et les cours de l’Actors Studio. Pour témoigner de cette nouvelle Marilyn, un magazine populaire engage le photographe Ed Feingersh. Ensemble, Ed et Marilyn inventent un style de reportage qui emporte le lecteur dans l’intimité de la star. Créatif et téméraire, il la suit pas à pas dans les rues, le métro ou les bars de Manhattan. De son objectif jaillissent les images sensibles d’une femme sans fard, une passante presque ordinaire, heureuse, mélancolique, impériale et solitaire. Cinquante ans plus tard, ces clichés cachent encore une énigme : alors que l’actrice entrait dans la légende, le photographe disparaissait sans laisser de trace. Le temps d’une semaine, il avait su voir Marilyn comme personne avant lui.

Mon avis : 

Ce livre est à réserver aux fans de Marilyn Monroe, à ceux qui veulent en savoir plus sur elle, sur son cheminement artistique, et sur le photographe, Ed Feingersh qui fit le reportage sur son arrivée à Manhattan, alors qu’elle était décidée à donner un nouveau cap à sa vie. Ces photos ont été retrouvées par hasard, et celui qui les a retrouvées a tout de suite vu leur valeur – monétaire plus qu’artistique à ses yeux, certainement. Des photos inédites de Marilyn ! Des photos publiées en 1955 et que personne n’avait revu depuis – l’une d’entre elles illustre l’édition française de Blonde de Joyce Carol Oates.
Ne cherchez pas dans ce livre des révélations sordides. Adrien Gombaud n’occulte pas les moments difficiles des années 1955-1962 (l’internement de Marilyn, ses fausses couches), il s’interroge sur ce que suscite encore Marilyn aujourd’hui, l’hyper sexualisation de son image au point que les écrits qu’elle a inspirés sont bien plus osés que ses films ou ses photos. Plus qu’aux photos d’Ed Feingersh qui illustre ce livre, je pense aux dernières photos de Marilyn, sur lesquelles sa cicatrice post-opératoire est bien visible.
Il s’interroge aussi sur la notion de « Marilyn, la vraie » ou les explications comme quoi il y aurait eu Marilyn d’un côté, Norma Jeane de l’autre. Il démontre à quel point ceci est un peu trop simple : qui savait, finalement, à par elle-même, qui était vraiment Marilyn.
Curieuse rencontre, cinq jours à peine dans leur vie, que celle de ces deux êtres, Marilyn et Edwin, tous deux morts d’une surdose de barbituriques. Si l’une cherchait la lumière, l’autre tendait vers l’effacement, l’oubli – ne rien laisser derrière lui. Une blonde à Manhattan, un livre pour découvrir les années pendant lesquelles Marilyn Monroe a voulu s’affirmer en tant qu’actrice et productrice, loin de l’image que les studios renvoyaient d’elle.

La cible était française de Lee Child

Présentation de l’éditeur :

Émoi dans tous les services de sécurité du monde: un inconnu vient de tirer sur le président de la République française à Paris, et la balle est américaine. Le sniper a touché l’écran de protection à la distance phénoménale de 1 400 mètres et l’avertissement est clair : la prochaine fois, ce sera au sommet du G8. Et Dieu sait combien il y fera de victimes.
Mais qui est ce tireur d’élite ? Seuls quatre hommes sont susceptibles d’avoir accompli cet exploit, et l’un deux, John Kott, est un Américain que Jack Reacher a fait mettre en prison quinze ans plus tôt. Aujourd’hui libéré, l’homme reste introuvable. Et c’est Jack Reacher que l’armée missionne en secret pour mettre la main sur le tireur.

Mon avis : 

Retrouver Jack Reacher, c’est un peu comme retrouver James Bond : l’on sait que l’on vivra des aventures mouvementées à ses côtés et que le dénouement le verra partir comme un poor lonesome soldier (pour le cow boy, il lui manque Jolly Jumper).
Après le tome précédent, qui bouclait la boucle en quelque sorte, je me demandais où nous entraîneraient les aventures de Jack Reacher. La réponse est simple : en Europe ! Au passage, on ne peut pas vraiment accuser Jack d’être francophile ou anglophile. La cible était française, nous dit le titre, mais l’autre personne que le tireur cherchait à atteindre, c’était bien Jack Reacher. Dans certains cas, la vengeance est un plat qui se mange froid.
Ce n’est pas tant le passé qui rattrape Jack, que ses souvenirs. La jeune Casey, qui l’accompagne pour cette mission, lui rappelle Dominique, et les mauvaises décisions qui ont conduit à la mort de la jeune femme, des années plus tôt. Casey n’est pas Dominique, ne cesse de se répéter Jack. Il ne cesse non plus de tenter de lui donner davantage confiance en elle, puisqu’elle n’est pas arrivée par hasard à son poste.
Oui, Jack est prévisible, il le dit lui-même, et certaines de ses réactions le sont, effectivement. Et si Casey a encore des états d’âme, pour Jack, il s’agit avant toute chose de se tirer d’affaire, tout en effectuant la mission qui lui a été confiée. Prévisible, on vous dit, mais lucide aussi.
Je me demande où nous entraînerons ces prochaines aventures.

Les disparues du marais d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :
Entre la découverte d’ossements datant de l’âge de fer et la disparition il y a dix ans de la petite Lucy, a priori rien à voir. Mais une nouvelle fillette est enlevée et la police reçoit une lettre dans laquelle le ravisseur fait allusion à de mystérieux rites sacrificiels de la préhistoire. Ruth Galloway, professeur d’archéologie brillante et solitaire, se mêle à l’enquête, quitte à s’approcher au plus près du danger…

Mon avis :

J’ai enchaîné le tome 1 après le tome 2, et j’ai été encore une fois conquise par l’auteur et sa manière de construire le récit. En effet, là où d’autres nous feraient subir une centaine de pages d’introduction, nous montrerait Harry Nelson et Ruth Galloway dans leur milieu naturel respectif (la police pour l’un, l’université et les fouilles archéologiques pour l’autre), l’auteur fait le choix de débuter quasiment par leur rencontre, ou pourquoi l’inspecteur Nelson a besoin d’une experte en ossements.
En effet, Nelson est déjà tel que dans le deuxième opus : survolté. Il ne renonce pas, même après dix ans, surtout quand une affaire en tout point semblable à la première se profile : la disparition d’une enfant de cinq ans. Faire une pause, ménager des susceptibilités, penser à sa carrière, ce n’est pas pour lui. Tenter de préserver sa vie privée, oui. Lucide, il ne cache pas à Ruth qu’il n’a négligé vraiment aucune piste, et tant pis pour les âmes sensibles.
Ruth, elle, est un peu secouée par le côté direct de Nelson, qui n’a pas l’habitude de ne pas être obéi immédiatement. Comme dans le premier volume, j’ai apprécié la description de cette femme. Oui, elle pèse 79 kilos, elle s’habille de tenue pratique, ou stricts selon son activité (fouille ou cours à l’université) et nous n’aurons pas de portrait plus précis, nous épargnant ainsi quelques clichés.
Tous deux se trouvent faire équipe pour retrouver Scarlet, la petite fille disparue, et peut-être Lucy, disparue depuis dix ans. L’ambiance – les marais, les dangers qui rôdent – m’ont parfois fait penser aux romans de Preston et Child, ce qui pour moi est loin d’être un défaut.
Cette enquête nous plonge dans le passé de chacun des deux protagonistes. Nelson a déjà fait preuve de pugnacité dans le passé, pugnacité pour laquelle certains ne l’apprécient guère. La police, c’est l’ennemi, et l’on n’est près, parfois, à aller très loin pour lui mettre des bâtons dans les roues.
Autre cliché qui est vite expédiée : ces personnages qui « oublient » leur téléphone portable aux moments cruciaux, ou qui tombent en panne de batterie, ce qui décale toutes les communications et fait piétiner l’enquête. Je ne dis pas qu’il est impossible d’oublier son portable quand on a un tueur à ses trousses, je dis simplement que Nelson et Galloway communiquent très fréquemment dans ce livre, Nelson n’ayant pas non plus l’habitude qu’on ne lui réponde pas quand il a besoin de joindre quelqu’un, et Ruth n’a pas l’intention de lui cacher certains faits qu’elle a découvert, même si elle ne « bondit » pas sur son téléphone pour les lui apprendre. D’autres n’hésitent pas à lui rendre visite s’ils ont quelque chose d’urgent à lui communiquer. Plus pratique que cent pages d’atermoiements pour faire bouger les choses.
Je ne vous ai pas encore parlé de Cathbad, qui a pourtant une place bien particulière dans ce livre, hors-norme et flamboyante. Comme le dit Nelson : Si jamais ils se perdent [dans les marais], il tuera Cathbad d’abord et l’arrêtera ensuite.
Bref, pour moi, il ne reste qu’une solution : lire les neuf tomes restant en VO.

Le secret des orphelins d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :

Un squelette d’enfant décapité est retrouvé sous la porte d’une vieille bâtisse victorienne à Norwich. S’agit-il d’un sacrifice datant de la période romaine ou de la dépouille d’un petit pensionnaire échappé de l’orphelinat qui occupait les lieux dans les années 1970 ?

Mon avis :

Je vais vous parler aujourd’hui d’un roman policier que j’ai découvert grâce aux éditions Presse de la cité et à Netgalley. Ce roman m’a vraiment énormément plu, au point qu’à peine fini, j’allais chercher le premier tome de la série à la bibliothèque.
Qu’est-ce qui m’a donc tant plu dans cette lecture ? Les personnages, tout d’abord. Nous trouvons un duo classique, l’archéologue spécialiste en datation Ruth Galloway, dont le nom fleure bon la Grande Bretagne et l’inspecteur Harry Nelson, qui n’est pas sans rappeler un autre inspecteur, américain celui-ci, et aussi un célèbre amiral. Classique, oui, sauf dans leur portrait. J’en ai plus qu’assez de ces livres dans lequel des personnages féminins ont des physiques parfaits, des hanches « minces », des ventres « plats » ou alors des « courbes pulpeuses ». Ruth, et bien, est une femme qui ne rentre pas dans cette injonction littéraire et sociétal, elle a une silhouette un peu ronde, banale, porte des vêtements confortables, pratiques et ne fait rien pour modifier sa silhouette. Célibataire, athée convaincue ayant du mal avec ses parents « born again », elle est passionnée par son métier et adore son chat, qui le lui rend bien. Elle a des amis, très différents d’elle parfois. Je pense à Shona, la femme fatale splendide et flamboyante ou Cathbad, l’excentrique sur qui elle peut toujours compter.
L’inspecteur Harry Nelson est un enquêteur survolté. Le flegme anglais ? Vous le trouverez dans un autre roman, sans doute, mais là, non. Homme de terrain, Nelson ne ménage pas sa peine, utilise au mieux les capacités de ses enquêteurs, et va au bout des pistes qui se présentent à lui, sans rien négliger. Côté vie privée, il ne se ménage pas non plus. Marié, deux filles, il essaie de mener une vie de famille, une vie de couple presque sereine. Oui, tout est dans le presque, comme souvent, mais Nelson aime les siens, personne ne peut dire le contraire.
Pour ces deux personnages singuliers, pour des personnages secondaires qui le sont tout autant, et qui se découvriront peu à peu au cours de la lecture, il fallait une intrigue qui l’est tout autant. La découverte du squelette d’un enfant décapité n’est pas une affaire banale. Pas de faux suspens : le lecteur sait le plus vite que la technique le permet que nous ne sommes pas face à une tombe médiéval. Comme le lieu a été il y a quelques décennies un orphelinat, le lecteur a forcément des références, des clichés qui lui viennent, surtout quand il apprend que deux enfants, frère et soeur, ont disparu et que nul, en dépit des recherches effectuées, ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Cold case ? Oui, presque, parce que Nelson va aussi relancer cette enquête, retrouver des personnes qui ont vécu dans cet orphelinat. Le prêtre, d’abord, qui, à prêt de 80 ans, semble avoir conservé la même bienveillance. Un ancien pensionnaire, qui garde un bon souvenir de lui et de cet époque. Une soeur, tourmentée par l’âge et la maladie. Les propriétaires aussi, dont la volonté de transformer les lieux a conduit à retrouver le corps, ainsi que celui d’un chat décapité. Nelson retrouve aussi un des policiers qui a enquêté pendant les années 70 et se souvient de l’énergie déployée à l’époque.
Energie, oui, c’est le mot qui domine vraiment parce qu’à la force déployée par les enquêteurs pour découvrir la vérité s’oppose une autre force qui fait tout pour nuire à l’enquête. Pas les traditionnels bâtons dans les roues des puissants pour que l’on ne sache rien, non – bien trop classique. C’est à la fois plus subtil et plus violent.
Si vous aimez les romans policiers, la mythologie, si vous savez que l’homme est capable du meilleur mais aussi du pire, si vous êtes capable de regarder en face sa cruauté et sa violence, alors vous aimerez lire ce livre.

Les panthères grises de Patrick Eudeline

Présentation de l’éditeur :

Il y a eu les Chaussettes noires,
il y a eu les Blacks Panthers.
Voici désormais venu le temps des Panthères grises.
Ils ont soixante ans et plus beaucoup de scènes underground à électriser. Reformer le groupe le temps du mariage de l’un de leurs petits-fils, c’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un grand rêve. Mais c’est le seul qu’il leur reste.

Mon avis :

Let me introduce les panthères grises ! The show must go on – ou presque. Guy et Didier ont vu le monde changer, et pas vraiment comme ils l’auraient voulu. A l’heure de la retraite, ils reforment leur groupe de rock, remontent sur scène et… et bien, non, ils n’électrisent pas vraiment les foules, ils animent le mariage du petit fils de l’un d’entre eux, Enzo, et l’on ne peut pas vraiment dire que le jeune homme, tout à la construction de sa vie (poursuite des études, travail, mariage, maison, futur enfant) ait véritablement apprécié le talent musical de son aïeul. Nan, il l’enverrait même bien en maison de retraite, et fissa, voir même plus, pour ses velléités musicales, prémices de la démence pour lui. Vous l’aurez compris, les liens familiaux sont un peu distendus. Au milieu, la fille de Guy apparaît comme le symbole de notre époque : infirmière, dépressive dans un milieu hospitalier en déliquescence, elle n’a pas (plus ?) la force de se lancer dans une aventure professionnelle en solo.
Bref, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, même Guy se fait l’effet d’être devenu ce qu’il redoutait le plus : un réac. De l’autre côté, nous trouvons Patrick, professeur oui, mais surtout bohème qui s’est laissé porter par les événements et qui aujourd’hui voudrait agir, accomplir quelque chose, voir bouger la société. Nadire, enfin, et madame Mado, sa compagne, tiennent tous les deux un café à Pigalle, un café « comme avant », loin de la gentrification du quartier (j’ai pensé à la chanson de Georges Ulmer en lisant la description du quartier, de leur café). Ancien braqueur, un peu flambeur, Nordine s’ennuie un peu. Alors quand une occasion se présente, presque sur un plateau d’argent,il veut renouer avec son passé. A condition de trouver des personnes prêtes à l’accompagner dans son aventure. Je vous laisse deviner de qui il s’agira.
Oui, le roman s’inscrit dans l’actualité, brocardant au passage les starlettes et leurs admirateurs. Anecdotique ? Pas vraiment, plutôt une radiographie pas très optimiste de notre société frileuse. Le livre se clôt, tout de même, sur une note d’espoir. Reste à faire réellement bouger les choses.

Addict de James Renner

Présentation de l’éditeur : 

Mieux qu’un roman : l’histoire vraie d’un addict des crimes non résolus.
En 2004, la voiture accidentée d’une élève infirmière sans histoires, Maura Murray, est retrouvée à des centaines de kilomètres de chez elle. Aucune trace de la jeune fille, qui était sur le point de se marier. Plus troublant encore, lorsqu’on ouvre son appartement, on constate qu’elle s’apprêtait à déménager, alors qu’elle n’en avait parlé à personne, ni à ses amies, ni à son futur mari, ni à sa famille. Quel était le secret de Maura ? Et qu’est-elle devenue ? […] Récit d’une étrange obsession tout autant qu’enquête détaillée et passionnante, Addict est un document exceptionnel, qui fera date dans l’histoire du genre.

Mon avis : 

Il est des choses qui ne s’expliquent pas, comme le fait que j’ai pratiquement lu ce récit d’une traite. En effet, il s’agit bien d’un récit, qui nous renseigne à la fois sur la disparition d’une jeune femme, Maura Murray, et sur l’auteur, James Renner, qui, depuis l’adolescence, est accro aux affaires non résolues.
Ce récit est effrayant, pas seulement à cause de la disparition de Maura et de celles d’autres jeunes femmes, non. Ce qui m’a effrayé est la manière dont les jeunes enfants étaient considérés. Si jeune qu’il soit, Casey, le fils de James Renner, se retrouve déjà sous traitement médicamenteux, après avoir été exclu de plusieurs écoles maternelles. Je crois sincèrement qu’il y aurait un travail de fond à faire pour couper la transmission de la violence telle qu’elle l’est depuis plusieurs générations dans la famille de l’auteur – oui, je donne mon avis sur sa vie, mais c’est lui qui parle de ses problèmes personnels et familiaux. Ou comment il est devenu cet homme obsédé par les affaires non résolus, qui se laisse bouffer par la part de ténèbres de ces enquêtes.
L’originalité de ce récit ? Je pense d’abord à l’utilisation des réseaux sociaux pour glaner des informations, retrouver les personnes disparues. L’auteur a des informateurs qui, eux aussi, sont passionnés par le sujet. Ceux qui ne semblent pas véritablement intéressés sont les proches de la disparue, qui ne veulent pas communiquer au sujet de Maura et qui, pour certains, semblent avoir perdu pied dans leur vie. Ce récit montre aussi la différence entre le portrait donné officiellement, absolument idyllique et le portrait qui se dessine après les recherches de Renner. Où est la vérité ? Probablement entre les deux.
Addict, un livre qui m’a donné envie d’explorer ce genre littéraire.

MInuit sur le canal San Boldo de Donna Leon

Mon résumé :

Brunetti accepte de rendre un service à sa belle-mère : l’une de ses amies, aristocrate vénitienne, veut faire toute la lumière sur l’agression de sa petite-fille Manuella. Celle-ci a été poussée dans le canal San Boldo et n’a du sa survie qu’à un ivrogne notoire, qui a plongé à l’eau pour la sauver. Elle a conservé des dommages irréversibles, qui la condamne à avoir sept ans pour toujours. Comment trouver le responsable, quinze ans après ?

Mon avis : 

Retrouver le commissaire Brunetti pour sa vingt-cinquième enquête, c’est un peu retrouver un vieil ami, un ami sûr, dont on sait qu’il ne nous décevra pas, mais qu’il n’aura pas beaucoup changé non plus. Il s’entend toujours aussi bien avec Paola, sa femme, qui,universitaire, cuisine toujours aussi bien tout en conservant sa passion pour Henry James. Il a des discussions passionnées avec ses enfants, ce qui le questionne aussi sur le sentiment d’insécurité qui commence à s’imposer à Venise, sentiment qui était inimaginable quelque temps plus tôt. Il peut toujours compter sur Eletra, la secrétaire spécialisée dans toutes les recherches d’information – surtout celles que l’on veut maquiller ou cacher. Il a vieilli, certes, et se rend compte que son corps ne répond plus aussi bien que par le passé à ses sollicitations – thème que l’on retrouve chez tous les auteurs dont les personnages sont évolutifs (difficile d’imaginer que vingt-cinq enquêtes puissent être bouclées en une année).
Justement, c’est sur une affaire ancienne que Brunetti devra enquêter. Non que de nouveaux éléments soient apparus, non, il s’agit de faire plaisir à une amie de sa belle-mère, membre de l’aristocratie vénitienne. Pourquoi maintenant ? Demetriana a 86 ans, s’occupe activement de la préservation de Venise et sait qu’elle n’a plus que quelques années à vivre, quelques années pour savoir qui a agressé sa petite-fille, lui causant des dommages cérébraux irréversibles. Demetriana veut savoir, elle qui, avant l’agression, transformait les liens affectifs en liens financiers.
Encore une fois, le livre est une charge contre la « justice » en Italie, et les magouilles en tout genre qui permettent (ou non) de faire progresser les choses. Les scandales ne manquent pas, à Venise.
J’ai tout de même un goût d’inachevé à cette lecture. Je ne puis m’empêcher de penser que, sous d’autres cieux, avec des parents plus attentifs, avec une justice qui remplit réellement son rôle, l’affaire aurait pu être résolue bien plus tôt. Puis, Brunetti est sympathique, certes, il n’a pas ce quelque chose en plus qui rend si charismatique à mes yeux un Salvo Montalbano ou un Rocco Schiavone pour citer d’autres héros italiens. IL a même quelque chose en moins, par rapport aux héros que j’ai cités plus tôt. J’ai beaucoup aimé la scène finale du roman – mais elle ne doit rien à Brunetti, et elle aussi aurait dû avoir lieu quinze ans plus tôt.

Marche à l’étoile d’Hélène Montardre

Présentation de l’éditeur :

À 150 années de distance, un jeune esclave enfui d’une plantation du Sud des États-Unis et son descendant, un Américain d’aujourd’hui, entament une traversée. Des montagnes aux vastes plaines, des marécages aux grands fleuves, Billy marche sans répit, traqué par un chasseur d’esclaves. Son but, son étoile : conquérir sa liberté. D’une petite chambre new-yorkaise aux quartiers bourgeois de Bordeaux, Jasper avance dans les pas de son ancêtre. Sa quête : comprendre qui il est.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis : 

Quels sont les livres accessibles pour les adolescents et qui parlent de l’esclavage sans fard ? Mis à part les aventures d’Huckelberry Finn de Mark Twain, il en est peu qui me viennent à l’esprit spontanément. Il en est d’autres, mais il en est peu qui s’intéresse à ma fuite d’un jeune esclave.
Billy est un esclave comme les autres, jusqu’au jour où, convoqué par son maître, il est menacé d’une sanction et s’enfuit. J’ai failli mettre « injustifiée » pour qualifier la sanction, mais il n’était, pour un esclave que des sanctions disproportionnées et injustifiables. A travers les yeux de Billy, nous découvrons l’Amérique en dehors de la plantation qu’il n’a jamais quitté, l’Amérique des esclavagistes, ceux pour qui tous les moyens sont bons pour garder ou retrouver leurs esclaves – la loi est de leur côté, l’Amérique de ceux qui, sans être forcément anti-esclavagistes, considèrent Billy et les siens comme des hommes avant tout, non comme des marchandises. Il en est qui s’engage activement pour aider les esclaves en fuite à gagner le Canada, où ils seront réellement en sécurité. Il suffit parfois de petits riens pour aider mais il s’agit toujours de prendre des risques, et d’en assumer les conséquences.
150 ans plus tard, la vie semble nettement plus simple pour Jasper. C’est par le plus grand des hasards qu’il découvre qui était Billy et qu’il veut partir sur ses traces – y compris celles qui l’ont mené jusqu’aux Etats-Unis. c’est l’autre versant du trafic d’esclaves que nous découvrons avec lui, de l’Afrique au Nouveau Monde en passant par la France, ce fameux commerce triangulaire dont on parle peu, même pendant les cours d’histoire. Si Billy se devait d’avancer dans le secret, Jasper découvre que d’autres secrets ont perduré. Il n’était pas de plantations dans certains états d’Amérique. Il n’était pas de familles françaises qui se sont enrichies par le commerce du bois d’ébène. Il est par contre de jolies histoires pas vraiment vraies que l’on se transmet de génération en génération.
Ce qui m’a intéressé aussi est l’importance qui est donné au nom. Alors que certain(e)s (voir les magazines féminins) attachent peu d’importance au nom de famille, qui n’est pas vraiment le nôtre (a qui est-il alors ?) Jasper veut connaître l’origine du sien, et celui que peut-être, il aurait dû porter. Ôter son identité à quelqu’un, la nier – première étape vers la réificiation.

Tout est brisé de William Boyle

Présentation de l’éditeur :
Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l’hôpital, elle n’a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu’après un long silence, Jimmy revient à l’improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l’aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l’aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l’alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras…

Merci à Léa et aux éditions Gallmeister pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai même ressenti de l’apaisement à sa lecture, et c’est vraiment le sentiment que j’ai gardé en le refermant. Pourquoi le ressentir alors que rien ne semble aller dans ce sens ?
Prenez le titre, par exemple : Tout est brisé. Erica est veuve – son mari a été emporté par un cancer – elle prend seule en charge son père malade. Seule, encore, elle n’a pas de nouvelles de son fils unique. Alors ?
Et bien Erica est quelqu’un qui ne baisse pas les bras. Son travail est ingrat ? Elle le fait. Son vieux père est ingérable ? Une heure passée sans plainte est déjà une heure de gagnée. Erica se contente de ce qu’elle a, parce qu’elle n’a franchement pas le temps de rêver à mieux.
Et son fils la contacte. Parce qu’il est seul, lui aussi, démesurément. Plus personne ne le supporte, sans doute parce qu’il ne se supporte pas lui-même. Rien ne l’apaise, lui qui peine à donner un sens à sa vie, à ses amours, lui dont le mal-être a été accentué par le rejet, violent, intemporel, de son père.
Erica est sa mère, et vole, quasiment, à son secours. J’ai senti que ce ne serait sans doute pas la dernière fois qu’elle répondrait à un tel appel de son fils. Parce que c’est son fils, parce que c’est son devoir, parce qu’elle l’aime aussi (j’ai presque envie de dire « bien sûr ») et qu’en dépit des années, de la distance, le lien entre eux existe toujours.
Erica, Jimmy, les membres de leur famille, leurs proches, ce sont ceux que l’on ne montre pas à la télévision, ceux dont on n’écrit pas les histoires. Pas tout à fait en marge de la société – pas encore ? ils font ce qu’ils peuvent pour garder la tête hors de l’eau – même de quelques centimètres. Ils semblent presque complètement coupés de tous les avantages de la société américaine, de tout ce qui peut faire rêver quand on pense à ce pays. Nous passons quelques jours avec eux, à partager leurs combats ordinaires, et nous les quittons en nous disant que si le pire devait arriver, Erica essaierait encore et toujours de faire face.

Deuxième bilan du challenge polar et thriller 2017-2018

Bonne nouvelle : cette année, j’ai réussi à faire un second bilan mensuel, ce qui est déjà un de mieux que l’année dernière. Merci à tous pour vos participations ! Nous en sommes actuellement à 80 lectures !

Je vous laisse lire le bilan, puiser des idées pour vos futures lectures et me signaler erreurs ou oublis.

J’ajoute ici le groupe facebook mois du polar, bien utile pour partager ses découvertes et ses coups de coeur.

Belette : 1 Ciel rouge de Luke Short 2 Dusk de Sébastien Bouchery L’ordre des choses de Frank Wheeler Jr. De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel Le cri de Nicolas Beuglet Aliss de Patrick Senécal  7  L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu  La Compassion du Diable de Fabio M. Mitchelli  Une nuit éternelle de David S. Khara  10 Yaak Valley, Montana de Smith Henderson  11 Bénis soient les enfants et les bêtes : Glendon Swarthout 12 Courir au clair de lune avec un chien volé : Callan Wink  13 Lucky Luke – Tome 14 – Ruée sur l’Oklahoma de Morris & René Goscinny 14 Lucky Luke, tome 30 Calamity Jane de Morris et René Goscinny 15 Spirou et Fantasio, tome 39 : Spirou et Fantasio à New York de Tome et Janry 16 À propos de courage de Tim O’Brien 17  Les Tuniques Bleues – Tome 33  Grumbler et fils de Raoul Cauvin & Willy Lambil  18  Lucky Luke – Tome 6 – Hors-la-loi de Morris 19 Le Bon Frère de Chris Offutt

Cerisia :

Chroniques littéraires (Miss Marple) :

Claudia : 1. Pandemia – Franck Thilliez 2. L’emprise du passé – Charlotte Link 3. Les morsures de l’ombre – Karine Giebel

Frankie (Montalbano): Sa présentation du challenge

De soie et de sang, cinquième enquête de l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong Cours ma jolie de Lisa Unger

Ju lit les mots : son billet de présentation 

Aby (n’y descendez jamais) de Fabrice Liegeois  Josh de ALEXIS AREND  Le Silence des Aveux d’Amélie De Lima  CHARLY : Au commencement de Cédric PERON   5  Sans raison… de Mehdy Brunet  6  Secrets Mortels de Sam Carda |

Licorne (Montalbano) : son billet de présentation Le septième prophète de Matt Verdier De sinistre mémoire de Jacques Saussey Une étude en écarlate de Jean d’Aillon

Lilousoleil

Livre d’après (Montalbano) :

Livre d’Eden : son billet de présentation

Livre d’un jour (Montalbano) : 1 Code 93 de Olivier Norek 2 La mue de l’assassin de Dorothée Lizion 3  Tout pour plaire de Ingrid Desjours Seules les bêtes de Colin Niel Livia Lone de Barry Eisler Sept jours pour survivre de Nathalie Bernard 7  Le chat de Tigali de Didier Daeninckx

L’Ornitho (Erlendur) :

Lorence – Au fil de l’eau.

Lucie Chipounette :1  Glacé de Bernard Minier L’oiseau de mauvais augure de Camilla Lackberg  3 Arrêtez-moi de Lisa Gardner

Mamoun : son billet de présentation

De force de Karine Giebel

Manika : 1 Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi 2 Le manoir de l’écureuil Tome 2 de serge Brussolo

Martine (Montalbano) : sa présentation du challenge ; 1Una vacanza di petra d’Alicia Gimenez Bartlett 2 La briscola à cinq de Marco Malvaldi Le Che s’est suicidé de Petros Markaris 4 Un tour de passe-passe de Marco Malvaldi 5 Senza fermate intermedia

Mrs Pepys (Miss Marple) :

PatiVore : son billet de pésentation du challenge Polar et thriller 2017-2018 Psychiko de Paul Nirvanas

Sandrion (Miss Marple): 1 La glace noire de Michael ConnellyUne fibre meurtrière de Kylie Fitzpatrick La Blonde en béton de Michael Connelly Le dernier coyote de Michael Connelly

Syl (Miss Marple) :

Titoulematou : 1 Naija de Thierry Berlanda De sinistre mémoire (Jacques Saussey) Les ombres innocentes de Guillaume Audru L’enfant aux yeux d’émeraude de Jacques Saussey Serre-moi fort de Claire Favan

Vive les bétises : 1 Le temps est assassin de Michel Bussi 2 L’assassin à la pomme verte de Christophe Carlier

Virginie :

Zofia :

et bien sûr Sharon (Sherlock Holmes)  : 1 Les marais sanglants de Guérande de Jean-Luc Bannalec Nozze nere, tome 1 de Jerôme Sublon Tout ce qui meurt de John Connolly  4  La dernière licorne de Tobby Rolland Le sang de la vigne, tome 19 de Jean-Pierre Alaux et Noël Balen Merde à Vauban de Sébastien Lepetit Cauchemar dans les Cotes de nuits de Jean-Pierre Alaux et Noël Balen Commissaire Morteau, tome 2 : L’origine du crime de Sébastien Lepetit Un vélodrame en Normandie de Robert Vincent 10 Sept jours pour survivre pour Nathalie Bernard 11 Dernier crime avant les soldes d’Yves Pinguilly 12 Boire et déboires en Val de Loire de Jean-Pierre Alaux et Noël Balen 13 Maudit printemps d’Antonio Manzini  14 La falaise de Paimpol de Christian Querré 15 Arsène Lagriffe hors-la-loi de Jennifer Gray 16 L’espionne qui aimait la cantine de Pamela Butchard  17 Arsène Lagriffe règle ses comptes de Jennifer Gray 18 De trèfles et de plumes de J. Arden 19 La dent du serpent de Craig Johnson 20 Créole Belle de James Lee Burke