L’art de perdre d’Alice Zeniter

Présentation de l’éditeur :
L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ».

Merci à Babelio et aux éditions Flammarion pour ce partenariat.

Mon avis :

Il n’est pas toujours facile de chroniquer un livre que l’on a beaucoup apprécié, et que l’on quitte avec regret. Le personnage de Naïma m’a accompagné même après que le livre a été refermé, et pourtant, elle n’est pas vraiment le personnage principal du livre, plutôt l’initiatrice du projet qui lui fait remonter le temps et retracer l’histoire de ses grands-parents, puis de ses parents.
Je me suis sentie proche de cette histoire, parce que mes grands-parents aussi ont émigré. Eux ont fait le choix de ne pas retourner dans leur pays et, comme Naïma, je comprends mal le concept « d’immigrés de la seconde génération », ou le fait que l’on nous renvoie à nos origines – surtout quand les ponts ont été coupés, que la culture n’a pas été transmise, volontairement. Voici pour le paragraphe personnel.
Ce qui nous est donné à voir tout d’abord est la vie en Algérie du côté de ceux qui y étaient nés, qui y vivaient, qui ont dû choisir leur camp au moment où les « événements » ont éclaté. Choix qui n’a pas été facile puisque le but était de penser à l’avenir, tout en tentant de se prémunir des dangers du présent. Si nous avions été à leur place, qu’aurions-nous fait ? Vaste question. La vie, avant, était paisible, entre mariages, naissances et le passage du temps, qui amenait les récoltes.
Viennent le départ, l’arrivée en France, et toujours pour Ali le souci de protéger les siens. En lisant le sort des « harkis », je ne puis m’empêcher de faire des rapprochements avec la manière dont les réfugiés actuels sont traités – hasard du calendrier littéraire. Je ne puis m’empêcher de penser aussi que la manière de traiter les vaincus n’a guère changé depuis les camps qui accueillirent les espagnols en 1936.
La suite ? Les études, pour les enfants, l’intégration, les différences faites entre les garçons et les filles, sans s’en rendre compte. La vie qui continue en faite, avec en point d’orgue le mariage d’Hamid et de Noémie, ainsi que la naissance de leur quatre filles – dont Naïma.
Puis, la boucle est presque bouclée, avec le retour au pays (aux sources, allais-je dire) pour elle, comme s’il avait fallu d’abord remonter l’histoire de sa famille avant qu’elle franchisse la Méditerranée en sens inverse. Il y aura aussi des questionnements sur l’art, et ce qui légitime (ou non) tel ou tel artiste. L’histoire (des arts) écrite par les vainqueurs.
J’en ai déjà beaucoup dit, alors pour conclure, je dirai que je souhaite le meilleur destin possible à cette oeuvre.

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6 réflexions sur “L’art de perdre d’Alice Zeniter

  1. Je viens de le finir pour les lectures du Prix Landernau. Naïma s’incarne commme le personnage principal. Une grande histoire romanesque sur plusieurs générations qui donne à réfléchir sur la difficile intégration des immigrés. Des générations plus tard, le vide ni d’un pays ni de l’autre…

    • J’ai écrit cet avis avec le recul (je pense avoir fini le livre depuis quinze jours, au moins) et les personnages qui me sont restés en mémoire sont Hamid et Ali, bizarrement pas Naïma. Je la vois plus comme étant celle qui unifie l’histoire que comme personnage. Point de focalisation, dirai-je, pas narratrice d’ailleurs, quand elle est en Algérie, dans la dernière partie, la voix d’un narrateur omniscient se fait entendre.

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