Archive | 2 septembre 2017

Et soudain la liberté d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent

Présentation de l’éditeur :

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.

Merci à Babelio, à son pique-nique et aux éditions Les Escales pour cette découverte.

Mon avis : 

Ce livre est une oeuvre curieuse, parce qu’elle a été inachevée à cause du décès d’Evelyne Pisier et que l’éditrice a fait le choix de la terminer, faisant ainsi office de co-auteure. Le récit proprement dit est ainsi coupé par les commentaires de Caroline Laurent, nettement délimité, qui explique son travail, les processus d’écriture qu’elle a suivis, un peu comme Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, si ce n’est qu’elle parlait alors de son roman. J’ai un regret à ce sujet : le récit de la création du personnage de Marthe, dont l’itinéraire de vie perd ainsi de sa force.
Maintenant que ce bémol est posé vient ce que j’ai aimé. Ce livre est véritablement prenant. Il retrace une époque dont on parle peu, finalement, à savoir la fin des colonies françaises et ce qui s’est passé, là-bas, si loin de la France métropolitaine. On apprend aussi le devenir ce ceux qui ont été en fonction là-bas, leur reconversion, si j’ose utiliser un terme si moderne.
Le second thème dominant est le féminisme, et la prise de conscience de Mona. C’est un récit à faire lire à tout ceux qui oublient le chemin parcouru, quelle était la situation des femmes avant les années 70, mais aussi le manque d’engagement de la génération actuelle. Parce que, finalement, s’engager, ce n’est pas, comme certains le font actuellement, s’engager pour une seule et unique cause, mais contre toutes les injustice, et la transformation de Mona est à ce titre remarquable, pour ne pas dire toujours d’actualité. Je pense à la sortie du film 120 battements par minute de Robin Campillo, par exemple.
Je suis comparatiste de formation, donc je ne peux m’empêcher de comparer ce livre avec Le bal du gouverneur, que j’ai lu voici plusieurs années. L’un des points communs est que la fratrie est limitée à une soeur et un frère plus jeune. Si Evelyne s’explique de ce choix, dans une très belle page hommage à sa soeur, j’aurai aimé savoir pourquoi Marie-France Pisier a fait le même choix.

Publicités