Archive | juillet 2017

Victor tombe dedans sur l’île au trésor de Benoît Minville

Présentation de l’éditeur :

Un matin pluvieux de vacances, l’intrépide canaille Victor met un plan en action afin de passer une journée dans sa chambre, pour (se) plonger dans le livre qu’il a choisi : L’Ile au trésor.

Mon avis :

Ce livre est le second volume des aventures de Victor tombe dedans, cet adolescent qui a le don de « tomber » dans les livres qu’il lit, et ainsi de vivre avec eux les péripéties et autres retournements de situation. Et quel livre peut être meilleur pour cela que l’île au trésor de Stevenson ?
Un petit mot sur la famille de Victor, qui est vraiment très bien représentée. Victor, c’est le numéro 2, celui qui a un grand frère décidé à avoir toujours raison et à faire punir son petit frère si nécessaire. Du coup, Victor a tendance à conclure une alliance avec sa petite soeur, quitte à devoir regarder avec elle La reine des neiges. J’en profite ici pour faire une dédicace à tous les frères qui ont dû regarder ce film, ou Twilight, avec leurs soeurs (ce qui leur permet d’avoir un sujet de conversation avec les filles). Dédicace aussi à ceux qui se sont retrouvés dans la même situation que Victor – contrairement à ce que disent certains spécialistes de l’enfance, une famille de trois enfants n’est pas nécessairement une famille idéale, cela peut même permettre de rejouer la guerre des tranchées à domicile, ou de préférer, comme Victor, être punis plutôt que de se justifier : à deux contre un, les jeux sont vite faits.
Point positif : l’intrigue est préservée, sans que tout nous soit raconté, néanmoins. Il faut bien aussi que le jeune lecteur ait à son tour envie de fréquenter d’autres pirates que ceux qui écument les Caraïbes. Victor est tour à tour narrateur et personnage à par entière.
Point négatif : je n’en trouve pas. Ce livre est bourré d’humour, et le dénouement laisse à penser que nous retrouverons bientôt Victor dans de nouvelles aventures.

Team Aventure – Opération Groenland par Ismaël Khelifa

Résumé de l’éditeur :
Bienvenue au pôle Nord !
Fatou, Rémi, Vicky et Yanis étaient 4 ados (presque) normaux, jusqu’à ce qu’ils gagnent, dans leur collège, l’appel à candidature d’une ONG. Les voilà choisis par la Fondation pour la Terre pour une mission de deux semaines en Arctique et promus ambassadeurs écologiques auprès de leurs classes. Le pire est à prévoir…

Merci à Netgalley et aux éditions Poulpe Fictions pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman débute à Annecy, et nous entraîne jusqu’au pôle Nord qui, contrairement à ce que pouvaient craindre les jeunes collégiens, n’est pas un territoire coupé des nouvelles technologies. Ouf pour eux. mais revenons au début de l’aventure.
Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le personnage de monsieur Cheval. Certes, il enseigne les mathématiques, et moi le français, mais je me suis reconnue dans sa rigueur et dans son attention à tous ses élèves sans exception. Il est de plus à l’origine d’un projet innovant : envoyer quatre de ses collégiens au Groenland, au cours d’un projet écologique.
Le récit est réaliste, que ce soit la partie préparatoire ou le voyage en lui-même. On ne tire pas au sort les élèves qui partiront, et les parents d’élèves ont des questions, des appréhensions bien compréhensibles avant d’autoriser leurs enfants à participer à une telle aventure.
Quatre adolescents au profil très différent. Fatou, surprotégée par sa mère, Vicky, si timide que ses camarades ne découvrent ses qualités qu’au moment du voyage, Rémi, très sûr de lui, le beau gosse du collège, et Yanis, en très grandes difficultés scolaires. Tous vont découvrir beaucoup de choses là-bas, sur la fonte des glaces, sur la manière de préserver les espèces, sur les dangers de la banquise au quotidien et le lecteur avec eux. Ses informations sont toujours très bien intégrés au récit. Il est question aussi de débat qui participe aussi de la question écologique, comme celui sur la chasse. L’auteur n’impose pas un point de vue, mais en présente plusieurs, ce qui permet de laisser le débat ouvert.
ce roman devrait plaire aux adolescents, à partir de onze ans.

Alderamin on the sky, tome 1 de Bokuto Uno et Taiki Kawakami

Présentation de l’éditeur : 

Alors que l’empire de Katjvarna est en guerre, un jeune homme s’apprête à passer l’examen d’officier à contrecœur. Son nom est Ikta Solork et sa réputation de flemmard n’est plus à faire, mais un marché avec son amie Yatorishino Igsem le pousse à se prêter au jeu. En échange de son aide, Yatori lui trouvera un poste à la bibliothèque impériale. Cet examen deviendra la première pierre de sa légende. Ainsi débute la légende de l’invincible général oisif !

Merci au forum .Livraddict et aux éditions Ototo pour ce partenariat.

Mon avis : 

Si je vous dis que ce manga est sympathique, vous allez me dire que ce qualificatif est bateau, et vous auriez raison. Je dirai plus précisément que ce manga donne envie d’être lu et relu parce qu’il est singulier. Le premier chapitre agit presque comme un prologue, puis une ellipse de deux ans nous emmène directement à un élément décisif : l’examen final d’officier. Bref, le classique manga se déroulant dans un établissement scolaire passe à la trappe pour accéder tout de suite à un autre niveau. Nous sommes dans un univers fantastique mais réaliste : l’empire est en guerre, former des officiers est une nécessité.
Il faut être brillant, il faut être le premier. Tous le veulent, tous sauf un  : Ikta Solork, qui est bien décidé à en faire le moins possible. Il ne semble pourtant pas paresseux, il ne semble pas idiot, puisque les rares fois où il prend la parole, il émet des jugements justes mais désabusés, que tous ne sont pas près à écouter. Pour lui, il ne s’agit pas de connaître ses motivations, mais le pourquoi de son absence de motivation.
Pour les autres aspirants officiers, le constat est plus évident : deux d’entre eux font partie de grandes familles militaires. Chacune a son arme de prédilection, armes à feu, armes blanches. Matthew, lui, m’a paru plus terne, davantage un faire-valoir qu’un personnage de premier plan. Plus comique (et plus énervante parfois aussi) est Haroma Bekkel : méritante, elle veut intégrer l’armée en tant que soignante, ce qui montre aussi, en filigrane, la réalité des combats.
Tout semblait presque programmé, si ce n’est qu’un élément vient perturber largement le bon déroulement de l’examen : les cinq jeunes gens sont victimes d’un naufrage, et ils n’arrivent pas en terrain conquis. Cinq, ou plutôt six, puisqu’une jeune fille les accompagne, et que sa présence est déterminante.
Ils vont devoir s’organiser, s’unir, face aux aventures qu’ils vivront et aux adversaires qu’ils vont rencontrer. Bien que nous soyons dans le domaine de la fantasy, bien que certaines tenues puissent paraître extravagantes pour des combattants, les dessins restent très réalistes – le dessinateur n’hésite pas à montrer, pas plus que l’auteur n’hésite à dire, à présenter des paradoxes. On ne pense pas toujours aux conséquences des décisions prises.
Alderamin on the sky, un manga addictif avec des personnages singuliers et attachants.

Les lumières de Cape Cod de Beatriz Williams

Présentation de l’éditeur :

« Tiny » c’est Christina, la troisième sœur de la famille Schuyler, la plus élégante, la plus douce, la plus parfaite. Mariée à Frank Hardcastle, homme politique très influent, Tiny mène une vie de gala et de cocktails dans les jardins cossus de Cape Cod, où les Hardcastle ont établi leur bastion. Mais alors que Frank est donné favori pour les élections présidentielles, deux événements viennent troubler la vie a priori idyllique de sa belle épouse : c’est d’abord les courriers menaçants d’un maître chanteur ; puis, les retrouvailles inattendues et déstabilisantes avec le vétéran Caspian Harrison, de retour de la guerre du Vietnam. Avec ce premier amour qui réapparaît, c’est tout le passé de Tiny qui resurgit. Un passé bien moins lisse qu’il n’y paraît, fait de passion, de mensonges, de drames. Et dont l’écho, s’il venait à gronder, pourrait nuire à la réputation irréprochable de toute la famille Hardcastle…
Les sentiments ont-ils une place dans la course au pouvoir suprême ?

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat

Mon avis :

Ma première opinion, spontanée, est qu’il y a quelque chose des Kennedy dans cette famille Hardcastle. Leur famille, parfaite et nombreuse, reçoit dans leur magnifique propriété à Cape Cod. L’un des cousins de Franck, homme politique présidentiable, est revenu blessé de la guerre, il vient d’être décoré pour ses actes héroïques. Franck a épousé la femme parfaite, Tiny, Dotée de deux soeurs, elle était la plus docile de la fratrie, la seule qui avait perçu les tensions entre ses parents, la seule qui avait mis tout en oeuvre pour leur plaire, qui tentait aussi de se faire la plus discrète possible. Ayant repéré son potentiel, sa mère l’éduqua en vue de faire d’elle la femme d’un homme politique. Mission accomplie.
Cependant, il existe des failles, chez la si parfaite Tiny. Mariée depuis deux ans, elle n’a pas encore pu donner à son mari l’héritier qu’il attend – et pas seulement lui. Nous sommes dans les années 60, et l’on ne laisse pas vraiment aux femmes le temps de se remettre. Elle a un secret, qu’elle ne peut partager, secret suffisamment important (du moins, pour l’époque) pour que quelqu’un la fasse chanter et mette ainsi en danger la carrière de son mari et sa place dans la famille.
Le récit alterne deux époques, entre 1966, et 1964, date du secret, moment où Tiny tente de fuir la vie qu’on lui destine, donne libre cours à ses sentiments. Nous savons déjà qu’elle retrouvera le chemin qu’on lui a assigné. Nous saurons aussi pourquoi. Et ce chemin n’est source de bonheur qu’en apparence. Si Tiny a un secret, elle n’est pas la seule, et les autres sont prêts à bien des choses pour que le leur ne soit pas découvert.
Ce qui m’a frappé aussi est le contraste entre Tiny et sa soeur Pepper, si sûre d’elle en toutes circonstances – tant mieux pour Tiny.

Article imprévu : Linkin Park

Le dernier article musical que j’avais écrit sur ce blog était consacré à une de leur dernière chanson.

Ce soir, vautré devant un mélange ordi/télé, j’apprends la mort du chanteur de Linkin Park Chester Bennington et, égoïstement, je ne prends pas bien les choses. J’avais glissé dans mon lecteur CD un de leurs derniers albums pas plus tard que cet après-midi. C’était leurs chansons que j’écoutais, quand j’avais particulièrement besoin d’être motivée.

Alors, l’une des chansons qui m’a permis de connaitre ce groupe (parce que je ne me souviens plus avec quelle chanson je les ai découverts précisément) : Numb, qui ouvrait la version ciné de Deux flics à Miami (excellent film).

 

Et la chanson que j’ai écouté en boucle cet après-midi :

J’espère qu’il aura au moins trouvé la paix là où il est.

Et comme je suis sur mon blog, j’aurai vraiment une remarque personnelle à faire à un certain Brian M : merci de rester en vie, la musique a vraiment trop perdu ces dernières années.

La dernière licorne de Tobby Rolland

Présentation de l’éditeur :

Un thriller ambitieux au rythme effréné. Une intrigue historique diaboliquement séduisante qui embarque le lecteur dans une course folle, de Bordeaux à Erevan en passant par le Vatican et Hong Kong, à la poursuite d’un secret qui n’est rien de moins que celui de l’humanité tout entière.

Merci à Netgalley et aux éditions Les presses de la cité pour ce partenariat.

Mon avis:

Installez-vous bien confortablement dans votre fauteuil, prévoyez de quoi vous hydrater et vous pouvez vous plonger dans les 594 pages de ce roman. N’hésitez pas cependant à faire des pauses à l’intérieur de ce livre que je qualifie tout de suite de thriller ésotérique : il se divise en neuf courses et il est bon de s’arrêter avant chacune d’elles, ne serait-ce que pour savoir où celle-ci nous entraîne.
En effet, quand nous lisons les premières pages, nous pouvons presque croire que nous allons nous retrouver dans un récit assez « confortable ». Certes, il est question d’un secret, transmis de génération en génération (grand classique) mais la petite Aman, qui fête son anniversaire, semble mener une vie simple, sereine, entourée des siens et de Leka, animal de compagnie inséparable de la petite fille. Dès le chapitre suivant, fini le confort, et il en sera de même tout au long de la lecture.
Le rythme est très soutenu, les personnages principaux ont peu de temps entre chaque péripétie pour se poser, pour réfléchir vers la nouvelle étape de leur périple, qui les mène de l’Europe aux portes de l’Asie – faites attention à ne pas vous perdre entre les différents lieux. De même, ne vous perdez pas dans les différentes temporalités : ainsi, un récit est enchâssé dans le récit principal. Il est nettement repérable mais il peut aussi créer un sentiment de flottement – le choix des prénoms n’est pas innocent.
Mais, me direz-vous, qui sont les personnages principaux ? En effet, les personnages secondaires sont nombreux, nettement caractérisés, mais disparaissent parfois très rapidement, alors que j’aurais aimé poursuivre un bout de chemin avec eux (preuve de la force avec laquelle ils ont été caractérisés). Ainsi, et l’erreur est humaine, j’étais persuadée que celle qui est devenue l’un des personnages féminins principaux du roman ne ferait qu’une apparition. Cécile avait tout du professeur d’université revêche que l’on a qu’une envie : renvoyer à ses recherches qui n’intéressent pas grand monde et surtout qu’elle y reste ! Erreur, erreur, il ne faut pas se fier aux apparences, ce que certains ont fait trop longtemps, dans de tout autre domaine.
Et les autres, me direz-vous encore ? Nous avons le charmant Zak Ikabi, qui paraît attirer les ennemis et leurs armes avec une facilité déconcertante. Chercheur ostracisé par ses théories pour le moins ésotériques (nous y revoilà), il prend des risques et en fait prendre aussi à ses proches. Ce n’est pas entièrement de sa faute, mais tout de même. Nous avons leurs adversaires, avec à leur tête Cortès. Pouvoir et destruction sont ces deux moteurs. J’ai rarement vu un personnage aussi négatif, il est impossible de lui accorder ne serait-ce qu’une once de sympathie, et pourtant, j’ai très souvent de la sympathie pour les « méchants ». Ses acolytes sont à l’avenant.
Ce livre est un thriller mais son sujet est tout de même assez difficile, bien loin des licornes des oeuvres de littérature jeunesse. J’aurai presque envie de vous recommander la lecture d’extraits de la Genèse, comme le fait Cécile au cours du roman, voire de l’épopée de Gilgamesh : quand on commence un parcours parfois ardu, il est bon d’avoir balisé le terrain avant.
La dernière licorne est un roman qui demande du temps pour être lu, même s’il est vrai que l’on a envie de s’avoir ce qui va se passer juste après.

Dans ce jardin qu’on aimait de Pascal Quignard

Présentation de l’éditeur :

Le révérend Simeon Pease Cheney est le premier compositeur moderne à avoir noté tous les chants des oiseaux qu’il avait entendus, au cours de son ministère, venir pépier dans le jardin de sa cure, au cours des années 1860-1880.
Il nota jusqu’aux gouttes de l’arrivée d’eau mal fermée dans l’arrosoir sur le pavé de sa cour.
Il transcrivit jusqu’au son particulier que faisait le portemanteau du corridor quand le vent s’engouffrait dans les trench-coats et les pèlerines l’hiver.
J’ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l’amour que cet homme portait à sa femme disparue.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Curieux objet littéraire que celui-ci. Texte de théâtre ? (Je suis peu familière du théâtre contemporain) Poésie en prose ? Biographie théâtralisée ? Le tout, certainement, en un objet littéraire étonnant. Il faut s’approprier cette forme étonnante. J’ai apprécié la partie la plus poétique, tous les passages qui évoquent la nature et la musique. C’est d’ailleurs pour cette raison que la lecture de cette ouvrage m’intéressait puisque révérend Simeon Pease Cheney a noté, pendant vingt ans, les sons de la nature qu’il entendait, dans le jardin qu’avait aménagé sa femme Eva, trop tôt disparue.
Cependant, ces passages sont trop bref, et l’essentiel de la première partie du livre est consacré au rejet par le révérant de sa fille unique Rosamund. Les causes ? Elle est le portrait de sa mère morte. Elle est vivante alors que sa mère est morte en la mettant au monde. Simeon chasse donc sa fille unique, qu’il n’est jamais vraiment parvenu à aimer, pour ces raisons, pour ne se consacrer qu’au souvenir de son amour défunt. Oui, cela m’a mis très mal à l’aise. Même si l’amour que je porte à des personnes décédées est fort (et leur mort n’y change rien), j’ai vraiment du mal avec les personnes qui font passer les morts avant les vivants.
Rosamund reviendra pourtant, régulièrement, prendre soin de son père vieillissant. Le récitant ponctue les différentes scènes et jeux de scène (parfois difficilement compatible avec une scène de théâtre), devenant parfois plus narrateur que récitant.
Dans ce jardin qu’on aimait contient de belles pages, qui ne sont pas assez nombreuses à mes yeux.