Archive | 12 mai 2017

Quelques pas de plus d’Agnès Marot

Présentation de l’éditeur : 

Sora vient d’apprendre qu’elle doit passer le reste de sa vie à béquilles. Son quotidien se résumera désormais aux cours au lycée et aux séances de kiné. Elle pourrait s’y faire si Kay, la grande soeur qui l’a quasiment élevée, tenait le coup ; mais cette dernière, qui a toujours été la plus forte des deux, est en pleine descente aux enfers. Alors Sora décide de prendre les choses en main et d’enfiler la cape de ces superhéros qu’elle aime tant. Objectif : changer sa vie. Son meilleur atout : l’héritage navajo laissé par sa mère. Un ancien pouvoir de guérison qui pourrait les sauver, elle et sa soeur.
Le problème, c’est qu’elles ne sont pas les seules à le chercher… et que leur rival est prêt à les suivre au bout du onde pour parvenir à ses fins.

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Scrineo pour ce partenariat.

Mon avis : 

Connaissez-vous Coyote ? Oui, exactement, coyote, celui qui passe son temps à courir après Bip Bip. Celui qui lui a quasiment servi de modèle est nettement moins amusant. Il a cependant sa raison d’être, pour peu que l’on s’intéresse un peu à lui.

Quelques pas de plus – le titre est particulièrement bien trouvé. Sora a une maladie invisible et handicapante. Invisible, parce que voir la souffrance qu’elle endure est impossible, handicapante parce qu’elle l’oblige à marcher avec des béquilles. Comme cette maladie n’est ni nommée, ni cataloguée pour l’instant, la situation est d’autant plus compliquée, pour obtenir des soins, de l’aide, ou la reconnaissance de son état. Le personnel médical lui-même ne sait pas comment s’adresser à elle, d’autant plus qu’elle ne rentre pas non plus dans les cases familiales habituelles : pas de mère (elle est décédée), pas de père (nous saurons plus tard pourquoi) et sa soeur aînée est la seule qui prenne soin d’elle du mieux qu’elle le peut, et c’est déjà beaucoup.

Ce roman alterne deux narrations, le voyage et l’avant-voyage, deux lieues, la France et les Etats-Unis. J’ai rapproché cette dualité du fait que les deux soeurs sont issues de deux cultures, celles qu’elles connaissent déjà, pour y baigner, et celles avec laquelle elles aimeraient (re)nouer puisque leur mère est décédée et avec elle, l’accès à la culture navajo.

Pour le lecteur occidental rationnel, il faut alors accepter de basculer dans un autre univers qui a son propre système de croyance. D’aucuns diraient « basculer dans le fantastique » si ce n’est qu’un genre littéraire n’est pas comparable à ce qui a fait partie de la vie quotidienne d’une tribu.

Et c’est à ce moment de la rédaction de ma chronique que je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de l’opposant principal des deux soeurs, Marc. Peut-être parce que j’ai vu davantage en lui un élément de l’intrigue qu’un personnage fortement caractérisé. Je ne me suis pas attachée à lui, et pourtant, j’aime en général beaucoup les personnages de « méchants ».  Alors oui, bien sûr, il est important parce qu’il est celui qui va forcer Sora à se dépasser, à trouver d’autres solutions que celles qu’elle avait prévues, un peu comme une allégorie du dépassement qu’elle doit effectuer tous les jours pour vivre le plus normalement qui soit.

J’ai aimé aussi que ce roman, finalement, ne soit pas clos. Il est ouvert sur le passé, heureux, puis malheureux de Sora et Kay, il s’ouvre sur un avenir qui ne sera pas radieux, nous ne sommes pas dans un conte de fée, mais qui sera plus serein, plus chargé d’ondes positives.

Un roman à découvrir si vous n’avez pas peur de vous laisser déstabiliser.

PS : Si vous avez envie de poursuivre la rencontre avec Coyote, je vous conseille les romans de Tony Hillerman, notamment la trilogie Jim Chee.

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