Archive | 19 janvier 2017

Debout sur mes paupières de Jessica L Nelson

Présentation de l’éditeur :

Muse des surréalistes, mannequin, photographe de mode puis de guerre, Lee Miller est l’incarnation de la femme libre du XXe siècle. Mais elle représente certainement plus encore pour Élisabeth M., véritable héroïne du livre, retrouvée à demi nue et profondément endormie sur un banc en plein cœur de Paris. Qu’est-il arrivé à cette sculptrice subjuguée par son sujet, comme entraînée dans une quête frénétique de beauté qui l’a laissée aux portes de la folie ?
Un roman sur la création et l’obsession, explorant les formes multiples de ce qu’est la maternité à travers un jeu de miroirs tour à tour intrigant et bouleversant.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Etre Sharon ou pas, c’est le problème que j’ai parfois avant de rédiger une chronique. Qu’entends-je par là, me direz-vous ? Et bien, dois-je bien structurer mon avis, un peu comme une dissertation, ou me laisser aller à dire tout bonnement ce que je pense ? Là, je prends la deuxième solution – le bel avis bien policé et bien ordonné, ce sera pour un autre jour, et tant pis s’il en est qui n’apprécie pas.
Au début, j’avais bien apprécié cette lecture. J’avais envie d’en savoir plus sur cette sculptrice qui m’avait paru, au début, bien raisonnable. Un mari, un enfant unique, une gouvernante à la jeunesse mouvementée, un chat noir voyageur – et une narratrice/auteur omniprésente qui dialogue avec son éditrice. Ce dernier point m’a d’abord amusé, mise en abîme du processus créatif, avant de m’agacer. Pourquoi ?
– le procédé m’a semblé envahissant à force d’être répété, développé, amplifié ;
– la vie privée de l’éditrice prend le pas sur sa vie professionnelle, et la figure de l’auteure qui supporte mal de voir sa création livresque délaissée au profit de la future création en 3D interactive de son éditrice est lassante ;
– les indications de correction suivies, ou pas…. Finalement, c’est un peu comme un magicien qui nous montrerait ses tours de magie en nous disant « voyez comme je suis fort, voyez comme je vous fais partager mes secrets » alors que l’oeuvre finie et corrigée est tout de même plus agréable à lire que l’ensemble des brouillons – ou ce qui est présenté comme tel.
La narratrice-auteur omnisciente, qui devient le personnage principal bien plus qu’Elisabeth, adore décevoir ces lecteurs, puisqu’elle nous raconte ce qu’elle n’a pas l’intention de nous raconter, parce que cela l’éloignerait de son sujet. Cela m’a rappelé ce que me disait mon directeur de mémoire : soit on ne parle pas d’une chose, soit on n’en parle, sinon, c’est un peu se moquer de son lecteur. Bien sûr, si l’on garde à l’esprit que le roman est une mise en abîme de la création, on ne peut qu’apprécier l’égocentrisme assumé de la narratrice – ou être lassée de ce petit jeu qui nous écarte du sujet principal du livre.
D’ailleurs, quel est le sujet du livre ? Lee Miller ? Il m’est souvent arrivé de l’oublier – déjà que je savais fort peu de choses sur elle. Elisabeth ? Oui et non. Plutôt qu’elle, il s’agit de la création artistique. La thèse avancée est qu’une femme effectuera toujours ses activités de femme, puis de mère avant de se consacrer à la création, parce qu’il en a toujours été ainsi. Oui, je schématise, mais cet avis n’est pas non plus très approfondit, au coeur de cette trame romanesque.
Je n’ai garde d’oublier la maternité, qui est surtout au coeur de la toute dernière partie du livre, de manière assez particulière. Sur ce point,ce n’est pas tant ce qui est raconté qui m’interpelle, mais la raison pour laquelle cette partie trouve sa place à ce moment du livre. Présenté comme des extraits de journal intime (toujours l’envie de « faire vrai »), il est rempli de précisions médicales qui montrent un autre aspect de la maternité et qui ne m’ont pas intéressé : sur ce genre de sujet, je préfère toujours le réel à l’illusion du réel.
Reste le dénouement, qui amène à repenser le récit tout entier, pour ceux qui auraient la patience de tout relire.