Archive | 28 octobre 2016

Rosie se fait la belle d’Alice Quinn

Présentation de l’éditeur :

À l’approche de Noël, Rosie Maldonne se demande comment offrir à ses enfants les cadeaux de leurs rêves.
Le magot de Un palace en enfer a flambé !
Avec ses maigres ressources et sa nombreuse progéniture,
la jeune femme est de nouveau dans le rouge.
Une seule solution, trouver un vrai travail…
Sitôt dit, sitôt fait !
Mais le destin est au rendez-vous lors de l’entretien d’embauche…
Prise au piège d’un imprévu funeste, son quotidien déjà précaire est bouleversé.
Comment atterrit-elle, recherchée par la police, dans une planque
avec une immigrée clandestine surdouée et un jumeau Golden Boy sans le sou ?

Merci à Netgallet et à Amazonpublishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Rosie, c’est une héroïne qui porte bien son nom de famille – Maldonne. Généreuse, elle n’a pas les moyens de sa générosité et vit tant bien que mal avec ses enfants – les siens et ceux dont elle s’occupe. Les nourrir, les vêtir est déjà compliqué, alors, leur offrir des cadeaux à Noël – mission presque impossible. Généreuse, oui, mais naïve également : Rosie a une forte tendance à donner sa confiance à tous, à ne se méfier de personne, sauf si les circonstances, vraiment, ne l’y forcent.

Et c’est ce qui se passe très vite dans ce roman. Rosie a trouvé un travail – dame de compagnie pour un vieil homme riche et acariâtre, trois heures par jour. Le problème ? Il est assassiné dès le deuxième jour de travail de Rosie, et elle est la principale suspecte, sous prétexte qu’elle a trouvé le corps, qu’elle l’a (beaucoup) touché et que Max avait commandé la veille des jouets pour ses enfants – Max, ou Rosie elle-même, usant de l’ordinateur et du compte en banque du vieil homme ?

Au pays de Rosie (pourquoi  pensai-je au pays de Candy ? A cause de toutes les chansons qui parcourent le roman ?) c’est le choc entre les très pauvres, qui font ce qu’ils peuvent pour survivre, et les très riches qui ne font même pas semblant de tenter de les comprendre. Ce sont, d’un côté, des préoccupations terre à terre et de l’autre, des moyens pour être encore plus riches. De cette collision entre ces deux mondes nait une intrigue pleine de rebondissements. Et si l’on rit, parfois, de la naïveté de Rosie, de ses approximations langagières, on se demande si on ne devrait pas être inquiets pour cette jeune femme qui ne paraît armé que de ses facultés d’adaptation, sa capacité à rebondir le plus vite possible face aux dangers dans lesquels elle s’est fourrée.

Le rythme est trépidant, l’intrigue, pleine de rebondissements. Et puisque nous sommes au pays de Rosie, tout ne finit pas toujours formidablement bien, mais pas formiablement mal non plus.

Aquarium de David Vann

Présentation de l’éditeur :

Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident. Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

b93ab-102bans2bgallmeister2bchallengeMon avis (personnel, forcément) :

J’ai préféré mettre l’avertissement ci-dessus pour rappeler que si je tiens un blog, c’est pour exprimer mon avis, pas nécessairement rédiger de beaux avis bien objectifs, bien structurés, etc, etc. J’ai même failli attendre, laisser reposer les émotions, afin de ne pas livrer mes impressions à chaud. Puis, finalement, je me suis lancée – écrire à chaud n’est pas un défaut à mes yeux.

Tout d’abord, ne lisez pas ce livre dans un train, ou alors choisissez un trajet suffisamment long pour pouvoir lire le livre d’une traite. Pour ma part, j’avais lu, dans le train qui m’emmenait vers Paris, les trois quarts du livre, et j’avais vraiment envie de découvrir le dernier quart (note : la ou les personnes qui commenteraient en disant « lire un livre si vite, c’est du gâchis » doivent s’attendre à ce que je réplique vertement). Ce fut le cas au cours de ce que l’on nomme « pause méridienne ».

Pour la première fois (je n’ai pas lu Impurs), je lis un roman de David Vann dont l’héroïne est une fille, une fille liée à sa mère : comme le récit est rétrospectif (à un moment, la narratrice déclare avoir 32 ans), nous savons qu’elle a bel et bien un avenir, reste à savoir lequel.

Caitlin a douze ans. Par certains aspects, elle est mûre pour son âge, pour d’autres, non, elle est assez naïve. Elle est surtout très seule. Elle vit seule avec Sheri, sa mère, qui effectue un travail ingrat et masculin. Elle n’a ni frère, ni soeur, ni oncle, ni tante, ni grands-parents, ni, vous l’aurez compris, de père. Certes, elle a dû avoir un géniteur, mais il n’en est jamais question. Mère et fille s’accrochent l’une à l’autre, même si la mère vit sa vie, ramenant de temps en temps un copain dans son lit, espérant une relation stable – peut-être Steven, le dernier copain en date, la lui apportera-t-il.

Vie morne, solitaire, à Seattle, cette ville que d’autres ont célébré (voir Cinquante nuances ou Grey’s anatomy). Le matin, Caitlin arrive avant tout le monde – parce que sa mère ne peut la déposer plus tard. Le soir, Caitlin va seule à l’aquarium, observe les poissons, et rencontre un vieil homme avec lequel elle sympathise. Ne lui a-t-on pourtant pas dit de ne jamais parler aux inconnus ? Sheri réagit donc comme une mère ordinaire : elle écoute à peine sa fille et prévient la police.

Et la suite est plus compliquée que prévu, puisque Caitlin découvre les liens qui l’unissent avec le vieil homme, et le lien avec sa mère. Elle découvre surtout tout un pan du passé de sa mère, et des aspects de sa personnalité qu’elle ne soupçonnait pas – mais sa mère, oui, forcément.

S’ensuivent des pages d’une violence physique et psychologique inouïe, dans lesquelles le lecteur a envie de dire à Sheri « stop, cessez cette folie ». Parce que Sheri est bien folle, de rage, de colère contenue, de tout ce qu’elle a subi dans son passé et qu’elle exprime maintenant face à sa fille, sans se préoccuper des dégâts qu’elle occasionne (euphémisme). On peut se demander aussi pourquoi personne ne lui est venu en aide – je devine, en filigrane, la peur des services sociaux, du placement, pour elle d’abord, quand elle était mineure, puis pour sa fille, voilà pourquoi elle « musèle » la parole de l’enfant.

On peut se demander aussi comment tout cela se serait terminé s’il n’y avait pas eu une intervention extérieure. Mal, sans doute. Ce n’est pas (vraiment) le cas ici. Une lueur d’espoir dans l’univers de David Vann ?