Archive | 17 octobre 2016

Gunnar Staalesen : l’enfant qui criait au loup.

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat.

Mon avis :

Varg Veum enquête. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est que son enquête le confronte à un enfant dont il a eu le dossier en charge alors qu’il travaillait à la protection de l’enfance et que Varg (une des formes de « loups » en norvégien) mettra en oeuvre toutes ses ressources de détective privé pour le tirer d’affaire.

Grâce au retour en arrière, nous découvrons le passé commun de Varg et de Janegutt (son surnom) Jeannot en français). A cette époque, Varg est marié, père d’un jeune enfant, et sa femme supporte de moins en moins ses horaires de travail : on ne peut présumer du temps que cela prendra pour sauver un enfant en danger, du moins, si l’on prend son travail à coeur. Et Varg n’hésite pas à payer de sa personne pour le faire, ce fichu travail. Fait symbolique, Janegutt changera de prénom quand il changera de famille adoptive – et de découvrir qu’en Norvège, il est possible de renoncer à l’enfant que l’on a adopté, il est possible aussi d’adopter (plus facilement ?) parce que l’on est un proche d’un membre de la protection de l’enfance. D’un autre côté, la Norvège est un petit pays, et tous ses habitants, ou presque, ont des parents, des amis, dans toutes les régions du pays. Se retrouver est donc facile, même après des années.

En parcourant le passé commun de Varg et de Janegutt, le lecteur est invité à chercher les indices qui expliqueraient comment le jeune homme en est arrivé à être accusé d’un double meurtre, ou plutôt, comment on en est arrivé à le considérer comme un meurtrier. La narration montre avec objectivité les certitudes (merci les enquêteurs) et les doutes (de Varg et d’autres témoins) de chacun. Il est vrai que les certitudes prennent naissance dans des preuves matérielles bien tangibles : il n’est plus, de nos jours, de romans policiers sans analyse, sans empreinte digitale. Il est dommage d’oublier qu’on peut leur faire dire, finalement, ce que l’on veut bien entendre.

La tonalité de ce roman qui se déroule sur un quart de siècle est résolument pessimiste. Les meilleures volontés, les meilleures intentions peuvent provoquer des tragédies, au même titre que les mauvaises. Le poids des mots pèse sur les destins de chacun. Les préjugés ont la vie dure, ils tiennent une place très importante dans cette affaire – seul Varg semble ne pas en avoir, désabusé qu’il est par tout ce qu’il a vu, vécu.

Plus qu’un roman policier, l’enfant qui criait au loup est un roman très noir qui dresse un portrait peu reluisant de la société norvégienne.

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