Archive | 14 septembre 2016

La pudeur des sentiments de Dalila Heuse

Présentation de l’éditeur :

Louis Hanotte, peintre septuagénaire amnésique depuis plus de quinze ans, reçoit par la poste le roman autobiographique d’une femme dont il n’a jamais entendu parler auparavant. Poussé par la curiosité, il abandonne ses toiles afin de se plonger dans la lecture. Doriane Hector raconte son histoire d’enfant abusée dès l’âge de cinq ans par un père violent et autoritaire, qui fait voler en éclats toute la famille. Profondément troublé, Louis veut à tout prix découvrir le lien qui pourrait l’unir à cette inconnue.

Mon avis :

ce livre ne fut pas facile à lire, de par son sujet.
Quatre voix s’entrecroisent, Léa, Marie, sa mère, Louis et Doriane, l’auteur du texte. Louis est dans la position du lecteur, si ce n’est qu’Hector est le destinataire privilégié du livre, alors qu’un lecteur choisit les livres qu’il lit, il ne s’impose pas à lui.
L’écriture est pudique, l’auteur ne se complet pas dans la répétition d’un même texte, la répétition vient de la fréquence de ce qui s’est produit. Pas de description détaillées et précises, sauf en ce qui concerne le ressenti de la narratrice, et les conséquences dans sa jeunesse.
Ce que je dis ne fera sans doute pas plaisir (et c’est toujours un risque quand on écrit) mais j’ai eu l’impression que ces abus restaient munis avec l’aval de la famille. En cause ? La puissance qui fait que la mère est incapable d’assumer les besoins des enfants qu’elle a choisis de mettre au monde. Cela ne doit pas sortir du cercle de famille non plus, afin que cela ne se sache pas aux yeux du monde, parce que la mère est jugé coupable elle aussi.
Se reconstruire est possible, mais à quel prix ?
Merci aux éditions Mazarine pour ce partenariat.

Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

Mon résumé :

La vie de Mazie. La vie de New York, traversé par la crise de 1929. La vie de ses proches, également.

Mon avis :

Je commence cette rédaction en me disant que je ne sais pas par quel bout commencer, justement, alors que je me doute que beaucoup d’autres ont parlé de ce livre avant moi. Les avis semblent très positifs, et pourtant, il m’a semblé manquer quelque chose, surtout à la fin, pour que le coup de coeur soit là.  Ce qui est triste pour moi est de me rendre compte que, si j’attends trop longtemps pour rédiger mon avis, il risque de devenir de plus en plus négatif.

Pourquoi ? j’ai aimé les différentes voix que j’ai entendues, y compris le fait d’entendre des personnes qui justement sont passés à côté de Mazie, ne parvenant pas à la comprendre. Le fait que ces personnes se réfèrent à leur norme pour la définir, elle qui n’a que faire des normes sociales ou religieuses, a engendré ces décalages entre leur perception de Mazie et qui elle est vraiment.

Son journal intime nous éclaire, oui, mais partiellement : Mazie vit, aide, et ne passe pas ses journées à écrire. Elle travaille aussi, il ne faut pas l’oublier, s’occupe de sa soeur, folle diront certains maniaco-dépressive diront d’autres. Mazie s’occupe de Rosie comme elle-même s’est occupée de ses soeurs, enfants – des gestes d’amour là aussi incompréhensibles pour le plus grand nombre.

La solitude est ce qu’expérimentent presque tous les personnages de ce récit, chacun leur tour, avec leur incapacité à se poser, à aimer, à fonder une famille, à une époque où chacun vivait entasser les uns sur les autres, dans des appartements ou dans la rue. on parle d’alcool aussi, celui que l’on boit en cachette (si peu) pendant la prohibition, celui dont on s’imbibe volontairement les autres années. Mazie ne fut pas en reste, elle n’est pas une dame, elle est une femme, une soeur, une amoureuse, avant de devenir une bienfaitrice pour ceux que personne ne voyait. Elle-même ne voyait pas les affaires pas très légales que menait son beau-frère, et qui assure la subsistance de leur foyer. On n’en saura pas tellement plus qu’elle, on devinera, ayant vu l’homme et ses qualités plutôt que le professionnel de l’illégalité.

Tout autant que Mazie, ce sont ceux qui croisent sa vie qui sont importants, soeur Ti la merveilleuse, Rufus et sa soeur Marie, Benjamin « le capitaine », Al, sans oublier tous ceux qu’elle n’a pu sauver et qui comptent autant dans le récit que les autres. Mon regret, finalement, vient de l’aspect classique, « dans la norme » de certains pans de l’intrigue. Mazie aurait pu aller encore plus loin dans la manière d’être en dehors des codes, même si le lecteur peut peupler à loisir les cinq années dont on ne sait rien.

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