C’est moi qui éteins la lumière de Zoya Pirzad

Mon résumé (celui de l’éditeur porte déjà trop de jugements sur les personnages et l’intrigue) :

Clarisse est mariée à un ingénieur de la compagnie pétrolière, elle a trois enfants, un garçon, Armen, et des jumelles. Elle a aussi une mère, qui a un avis sur la manière dont sa fille tient sa maison, et une soeur, Alice, infirmière, qui ne rêve que de se marier et peine à trouver un fiancé, ou simplement un amoureux. Clarisse vit avec sa famille dans un quartier réservé d’Abadan, elle est arménienne et cotoie, un peu, la communauté musulmane. Un jour, de nouveaux voisins s’installent et … la vie de Clarisse devient moins simple.

Mon avis :

Je ne pesterai presque pas contre ses éditeurs qui orientent, dès le quatrième de couverture, le jugement du lecteur. Egrener les qualités de Clarisse, expliquer qu’elle est « immédiatement attachante », ne serait-ce pas douter des capacités du lecteur à s’en rendre compte ? « Tiens, regarde, c’est Clarisse qu’il faut aimer ! » Comme si le lecteur ne s’en rendait pas compte lui-même, que Clarisse est attachante. Alice, sa soeur, l’est également, en dépit de ses quelques défauts.

Tous mènent une vie paisible, finalement, au moment où commence le roman. Les amis de longue date ont déménagé, sans que cela nuise à leur amitié, et de nouveaux venus s’installent au G4, des nouveaux venus bien différents de Clarisse et des siens. C’est Emilie, la petite fille, que nous découvrons en premier, une apparition assez inquiétante, finalement, puisqu’elle ne dit mot^, pas même un remerciement à Clarisse qui lui a préparé son goûter. Inquiétante aussi puisqu’elle a mangé tout ce qui lui a été proposé, bien que sa grand-mère affirme qu’elle n’aime pas cela – et ce n’est sans doute pas par politesse qu’elle a tout avalé. La grand-mère ensuite, qui semble tout régenter, tout ordonner, qui obtient l’obéissance absolu de son fils, quoi qu’il arrive. Naine, Elmira est précédée par sa réputation de richesse et d’autorité – on peut remercier la mère de Clarisse pour sa connaissance du personnage. Elmira a une volonté de fer, et l’impose aux autres.

Reste Emile, son fils. J’ai eu un sentiment de répulsion à son égard, en partie à cause de son passé (sa femme n’a-t-elle pas été envoyée chez les fous ?), mais aussi par son présent, lui qui est incapable d’imposer ses choix à sa propre mère, lui qui est aussi incapable de prendre soin de sa fille. Et s’il est une métaphore assez facile, qu’autorise la fin du roman, je dirai que le couple père/fille m’a fait penser à des sauterelles.

Si Agatha Christie jetait un coup d’oeil à cette intrigue, elle dirait que, ce qui manque à Emilie, c’est une mère. Une mère qui, comme Clarisse, se préoccupe de ses enfants, enfants qui, s’y commettent des bêtises, comme Armen, sont capables de se rendre compte de ce qu’ils ont fait, et de changer – et de ne pas se laisser entraîner dans d’autres incartades.

Oui, la vie de Clarisse était assez simple jusqu’à leur arrivée, jusqu’à ce qu’elle s’interroge sur ces choix, ou ses absences de choix, comme l’on veut. Femme au foyer, elle ne s’est jamais interrogée sur le droits des femmes, le fait d’avoir le droit de vote ne lui semble pas très important, et le fait que son mari fasse de la politique (un peu) ne lui plait pas du tout, mais elle ne s’en mêle pas. Elle est pourtant consciente que tous (toutes) n’ont pas la vie aussi aisée qu’elle – comme peut aussi en témoigner Alice, sa soeur, qui ne lui cache pas ce qu’elle voit à l’hôpital où elle travaille.

Clarisse aurait pu devenir un personnage de comédie – en servant d’entremetteuse. Elle aurait pu devenir un personnage de drame bourgeois. Clarisse s’affirme, tout en restant foncièrement celle qu’elle est. Elle n’est pas Nina, sa meilleure amie. Elle n’est pas non plus Violette, elle est celle à qui l’on se confie, et qui reste lucide en dépit de ce qu’on lui confie.

Asie2

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5 réflexions sur “C’est moi qui éteins la lumière de Zoya Pirzad

      • Et il te rédige ta critique pour le même prix ! Mais que demander de plus ?

        Bon, il vient me donner la panade, l’éditeur ?? Déjà qu’on nous dit ce qu’on doit manger par jour, si on peut encore baiser après 57 ans ou pas, si c’est dangereux pour les hommes ou les femmes…

      • En effet ! Nous avons bien tort d’être difficiles !
        Bien sûr, nous sommes trop bêtes pour prendre nos décisions nous même. Voir une pub qui passe en ce moment à la téloche : « non, ne mange pas cela, dans la brochure, ils disent que ce n’est pas bien ».

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