Archive | août 2016

Star Trek et Jason Bourne

Sept mois que je n’étais pas allée au cinéma – sept mois depuis le changement d’enseigne de mon cinéma fétiche. Aujourd’hui, je suis donc allée dans le-petit-cinéma-pas-loin-de-mon-lieu-de-travail. Soutenons les petits cinémas !

Première séance : Star Trek.

J’ai beaucoup aimé, pour moi, le cahier des charges est rempli. Mention spéciale pour « Bones », le médecin-plombier, qui a fort à faire, et pour Scotty, qui doit gérer beaucoup, beaucoup de problèmes (et pas seulement le gros rhume de sa mascotte).

Bien sûr, je n’ai garde d’oublier ce qui fera que les anti-mariage pour tous n’iront pas voir le film. Figurez-vous que Sulu est en couple avec un homme et qu’ils ont une petite fille. Bon. Vu la façon dont les deux hommes se comportent, se pourraient très bien être deux frères qui élèvent leur nièce orpheline. C’est vrai, quoi : on ne les voit pas s’embrasser, ni se tenir par la main, encore moins choisir la décoration de leur chambre. Un peu d’imagination à Hollywood !

Deuxième séance : Jason Bourne.

Pas grand chose à dire. Le film est une succession de courses-poursuites (avec beaucoup de casse), de tirs, et de voyage dans différents pays sans que l’on n’en apprenne tellement plus sur Bourne ou sur les projets de la CIA. Certes, si je creuse un peu plus, je retrouve l’interrogation doit-on penser d’abord à protéger sa vie privée ou à protéger son pays ?, ce qui nous amène tout droit au patriotisme, qui justifie tout (sauf pour Jason Bourne). Le « méchant », c’est Vincent Cassel. Son rôle est tellement impersonnel que n’importe quel acteur aurait pu faire l’affaire. Lisez Shibumi ou l’expert de Trevanian pour avoir un personnage de tueur qui soit intéressant. Mention spécaile également pour la responsable internet de la CIA, Alicia Vikander, qui a reçu un oscar cette année pour son rôle dans the Danish girl : elle conserve la même coiffure et la même pince à cheveux quoi qu’il arrive. Les salaires sont vraiment faibles à la CIA.

Le Tapir au pas de velours de Kim Han-Nim

Présentation de l’éditeur :

De tous les animaux de la jungle – qui résonne en permanence du grand concert des rugissements, barrissements, et autres cris de tous ses habitants – le tapir est un des plus mystérieux, et surtout le plus silencieux. Il se déplace sans bruit, sans froisser une feuille ni déranger une fourmi. Un jour une maman tapir traverse la forêt pour offrir à son petit un beau gâteau de boue d’anniversaire. L’expédition manque de tourner au drame….

Mon avis :

J’avais promis un peu de douceur… et bien en voici pour cet album coréen, que j’ai lu à la bibliothèque des Capucins (oui je reste très marquée par les capucins). L’origine de cet album est le fait que l’auteur/illustrateur a un frère zoologue et que grâce à lui, il a pu observer des tapirs et être séduits par leur démarche.

Déjà, j’ai trouvé que l’album était facile à lire : une page de texte, une page d’illustration, ou, si le texte ne comporte qu’une seule phrase, il est clairement distinct du dessin. Celui-ci nous montre une jungle stylisée, qui met en valeur les animaux. Ils apportent peu à peu des touches de couleurs, vives parfois, jamais criardes (le joli vert des crocodiles !) qui ressortent sur le fond, toujours blanc. Un seul dessin peut sembler « laid », comme si un tube de peinture avait exploser sur la feuille. Vous vous doutez bien que c’est volontaire.

Cet album est aussi un conte. On pourrait penser qu’il invite à la discrétion – ce serait simple. Il s’agit plutôt d’inviter à respecter les autres, à prendre soin d’eux, quelles que soient les circonstances.

Un bel album à partager.

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La soeur de Soledad de Jose Dalisay

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Cabaret le Flamboyant. Walter, un policier, est chargé d’une mission particulièrement délicate : annoncer à Aurora qu’un cercueil portant son nom vient d’arriver à l’aéroport de Manille, en provenance d’Arabie Saoudite. Comme la jolie chanteuse est de toute évidence bien vivante, qui est la morte ? Et pourquoi y a-t-il eu, semble-t-il, usurpation d’identité ? Accompagné de la jeune femme soudain devenue silencieuse, Wlater entreprend un long périple en voiture jusqu’à la capitale afin de récupérer le corps de la mystérieuse défunte. Au cours du voyage, deux solitaires cabossés par la vie apprendront à se connaître. Et Walter finira par découvrir la vérité.

Mon avis :

Je salue tout d’abord le courage de l’éditeur, qui a choisi de faire paraitre en France un roman philippin. Je me demande s’il a rencontré un certain succès à sa parution, ou un écho dans les blogs. Pour ma part, je ressors déçue de cette lecture, parce que les promesses ne sont pas réellement tenues. « Walter finira par découvrir la vérité » ? Peut-être, mais pas le lecteur, qui restera sur sa faim, même après avoir lu l’épilogue, et ne saura pas réellement quel fut le destin de la soeur d’Aurora. Il saura en revanche le sort de ces philippins partis travailler à l’étranger, dont six cents d’entre eux reviennent chaque année dans des cercueils de plomb. Il saura les trafics en tout genre qui sont le quotidien des philippins restés au pays – et certains, tout en se montrant particulièrement rusés d’un côté, sont très naïfs de l’autre. Il saura les rêves d’Aurora. Il saura pourquoi Soledad part travailler à l’étranger, à Hong Kong d’abord, en Arabie Saoudite ensuite, même si ses motivations sont sujettes à caution. Le narrateur omniscient est là pour nous montrer – aussi – à quel point Soledad comprend très mal ceux qui l’entourent, ou ne tient pas compte de ce qu’ils lui disent. Soledad est une mystique, à sa façon, d’une manière extrême et dangereuse – pour elle et pour les autres. Reste Walter, le policier, un peu déboussolé. Si le récit n’a duré que quelques jours, les retours en arrière nombreux (et, disons le mot, parfois ennuyeux) nous ont tout appris des errances et des erreurs des personnages principaux. Dommage que nous ne puissions pas les voir repartir enfin vers un avenir plus serein.

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Déserteur de Boris Bergmann

Merci aux éditions Calman-Levy et à netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Qui se cache derrière le « je » de ce journal intime aux allures de fable postmoderne, nous l’ignorons. Il nous ouvre néanmoins les yeux jusqu’à en frôler la brûlure. « Je » est avant tout un jeune homme en quête d’engagement et d’action mais incertain quant à son ancrage dans un monde informe. Génie de l’informatique, il met son talent au service d’une pensée radicale, utilisant son clavier comme arme pour hacker les actions de l’État et de ses suppôts. Une déconvenue amoureuse va cependant le faire basculer idéologiquement : pour contrarier l’être aimé, il s’engage dans l’armée française. Son savoir-faire plaît et il se voit aussitôt confier la programmation des drones qui survolent nos conflits, les ratissant « cliniquement

Mon avis :

Collaboration contre résistance.
Le roman se passe de nos jours, comme le prouvent les technologies utilisées et le contexte historique. Pourtant, j’ai eu l’impression que rien n’avait changé depuis la seconde guerre mondiale, du point de vue de ce qui pousse ou non un homme à s’engager.
D’ailleurs, qu’est-ce que s’engager ?
S’engager pour ou contre ? Le narrateur anonyme s’engage non pour une cause, mais contre ce qu’il a fait jusque là, à la suite d’une déception sentimentale – comme beaucoup de jeunes hommes de ces années d’occupation (voir, par exemple, le film Lacombe Lucien). L’utilisation de la forme désuète, presque féminine du journal intime étonne de la part d’un homme qui a fait des nouvelles technologies son quotidien. Manière de montrer le caractère périssable des données informatiques ? Leur obsolescence programmée ? Comme si l’écriture était sa dernière part d’humanité.
Ce qui se dégage ? La solitude, immense, y compris au milieu des soldats, la solitude face à son écran, sa solitude depuis son enfance. Rien n’a pu la combler, même les mots ne le peuvent – alors, les codes, leur craquage, ou, à l’inverse, la programmation à outrance.
Ce livre est le récit d’une guerre où les noms, des combattants, des lieux, sont omis (comme pendant la première guerre mondiale), une guerre où tout semble virtuel, y compris les morts.
Dans quelle mesure est-on un combattant alors que l’on reste dans le virtuel ? J’aurai aimé que le ressenti des combattants soient davantage creusés, eux qui, finalement, ne sont pas devenus soldats pour vivre la guerre par procuration.
Ce journal montre que la guerre technologique, la guerre par drones interposés, est impossible. La guerre reste la guerre, en dehors de tout droit, de toute convention. Dans le centre opérationnel, le corps reprend ses droits de la manière la plus triviale qui soit. Je me suis parfois sentie très à l’étroit dans ce monde uniquement masculin.
Déserteur n’est pas un livre facile, il questionne le lecteur, pas seulement sur les motivations du narrateur, mais sur les guerres qui ne disent pas toujours leur nom qui sont menées actuellement.

Un billet pour la sainte-Hélène et pour la rentrée littéraire

Ceci n’est pas un billet d’humeur, non, mais il n’est pas interdit de bavarder un peu ?

Le jour de la sainte-Hélène, je pense toujours (enfin, surtout depuis que j’ai découvert son prénom) à mon arrière-arrière-arrière grand mère qui s’appelait Sainte-Hélène. Ses parents, ses onze frères et soeurs l’appelaient-ils ainsi ou bien Hélène ?

Sa fille unique s’est prénommée Julie – plus facile à porter, et prénom de l’une de ses soeurs.

Voilà pour le clin d’oeil.

Sinon, il ne vous aura pas échappé que la rentrée littéraire a eu lieu.

Depuis que je fais attention à cet événement, j’ai l’impression de voir, revoir, toujours les mêmes noms mis en avant.

Pour l’instant, j’ai lu une demi-douzaine de livres pour cette rentrée, les chroniques paraîtront… le jour de la parution. L’un est paru hier, un autre paraîtra ce soir.

Ce que j’aimerai vraiment, pour cette rentrée littéraire ? Un livre drôle, optimiste, sans être niais.

Pas gagné.

New York, esquisses nocturnes de Molly Prentiss

Présentation de l’éditeur :

Au début des années 80, le downtown de New York est le centre de l’univers, un terrain de jeu revêche, encore hermétique à la menace de l’embourgeoisement. Artistes et écrivains s’y mêlent dans des squats  insalubres où leurs rêves de reconnaissance prennent des formes multiples. Parmi eux, Raul Engales, un peintre argentin en exil, fuyant son passé et la « guerre sale » qui a enflammé son pays. S’affamant pour payer son matériel, il peint le jour d’immenses toiles mettant en scène les spectres qu’il croise la nuit. Un soir, il attire l’attention de James Bennett, critique d’art en vogue du New York Times, proche de Basquiat, Warhol et Keith Haring. Tandis que l’ascension fulgurante de l’un entraîne l’autre sous les projecteurs, une double tragédie les frappe. Dans ce chaos, Lucy, l’amante enjouée de Raul, échappée d’une obscure banlieue de l’Idaho, tente de les extraire de leur détresse.

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy pour ce partenariat.

Mon avis :

Je constate que, de plus en plus souvent, les premiers romans ne sont plus simplement « prometteurs », mais sont déjà très réussis. L’auteur nous plonge dans l’univers des jeunes créateurs, à New York, sans jouer la carte de l’anticipation, qui est le plus souvent pesante. Nous découvrons cet univers à travers trois personnages principaux : Raul, un jeune peintre qui, parce qu’il est né par hasard aux Etats-Unis, a un passeport américain, Lucy, qui est « montée » à New York et espère ainsi ne pas avoir la vie qui lui est destinée dans sa petite bourgade, et James, critique d’art surdoué né dans une famille indifférente à l’art.
Ce n’est pas lui qui ouvre le roman pourtant, lui le personnage principal pendant presque tout le premier tiers du roman, mais une jeune pâtissière et ses amis, qui vivent loin, très loin des Etats-Unis, dans un pays bien moins tranquille. Nous saurons plus tard quel est son lien avec les autres protagonistes – mais il serait bon de ne jamais l’oublier en lisant le roman.
Qu’est-ce qui fait d’une création une oeuvre d’art ? La volonté d’en créer une ou la reconnaissance publique ou critique ? Difficile à dire surtout quand l’écriture d’une critique, la constitution d’une collection met en péril le quotidien – si James est un brillant collectionneur, sa femme a dû mettre ses propres ambitions de côté et travaille pour les faire vivre, permettant ainsi à James d’utiliser ses gains pour acheter ses coups de coeur picturaux.
Y a-t-il opposition entre le monde des artistes, qui vivent dans des squats, créer avec les moyens du bord, et un monde plus normé, plus rangé ? L’un n’exclut pas l’autre, du moins c’est ce qu’il semble au début, même si le choc peut être grand, pour ne pas dire tragique. PLusieurs événements dramatiques ponctuent en effet le récit, et si je ne vous les raconterai pas, le lecteur peut se demander, une fois le livre refermé, laquelle sera considéré comme la plus grave, la plus difficile à vivre, pour Raul, notamment, qui n’est pas épargné. Les drames se succèdent, et le temps continue de passer, sans nécessairement panser les plaies.
Si James, Raul, Marge, avec leur personnalité aux facettes multiples, sont tous attachants, j’ai trouvé que Lucy était le personnage le plus faible, pas tant dans la construction de son personnage que dans ses indécisions, le fait qu’elle ne se donne pas vraiment les moyens d’arriver à son but, ne sait même pas à vrai dire quel il est réellement, et se laisse porter par les événements, sans prendre toujours des décisions très réfléchies.
Je n’ai garde d’oublier les descriptions, très réussies, alors qu’elles auraient pu être un point faible dans un tel récit.
New York, esquisse nocturne est un livre hautement recommandable.

premier roman

Dernier jour sur terre de David Vann

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Le 14 février 2008, Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort.
À l’âge de treize ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours d’un coup de revolver.
Quel itinéraire a suivi Steve Kazmierczak avant de se faire l’auteur de ce massacre ? Quel parcours l’écrivain David Vann devra-t-il emprunter pour se libérer de son héritage ? L’auteur retrace ici l’histoire de ce meurtrier, paria solitaire, comme tant d’autres. Comme lui par exemple, qui enfant se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

Mon avis :

Ce n’est pas une lecture très réjouissante, c’est presque une lecture de circonstances, même si les faits remontent presque à une dizaine d’années. Une fusillade, dans un campus, cinq morts (seulement, certains sont tentés de dire), dix-huit blessés. Des journalistes, aussi, qui écrivent n’importe quoi, annonçant pour mortes des personnes qui ne le sont pas. Du sensationnel, de l’audience – non pas déjà mais encore et toujours. Et un tueur, qui a reçu une haute distinction de son université, que tous décrivent comme « gentil ». Cherchez l’erreur, ou plutôt cherchez ce que les autres n’ont pas su voir.

Ceci n’est pas un roman, plutôt un document. David Vann a été frappé par cet événement, par ce jeune homme avec qui il s’est découvert des points communs. Pourquoi l’un a commis un crime de masse, alors que l’autre est devenu écrivain ? David Vann va nous parler de lui, sans pour autant parasiter son récit par des interrogations hors de saison. Contrairement à plusieurs auteurs français, il ne se demande pas s’il a le droit de parler de sa propre vie, de celle de ses proches : il le fait. Il nous montre ce gamin de treize ans – lui – qui avait eu sa première arme à feu à neuf ans, qui a chassé à douze ans, parce que c’était une tradition, qui a hérité des armes de son père à son suicide sans que cela ne dérange qui que ce soit. Lui aussi a fait des bétises. Il aurait pu mal tourner aussi si…. s’il avait reçu la même éducation et le même absence d’amour que Stevl. Je résume, l’analyse est plus fouillée dans le livre, mais le cas David Vann n’est pas le coeur de ce livre.

Non, le coeur, c’est Steve, ce gamin qui regardait des films d’horreur avec sa mère et que celle-ci a rejeté aux premiers troubles. Ce môme qui a été abruti de tranquillisants de toutes sortes, en des dosages qui me semblent énormes, même sans être une professionnelle de santé. Ce garçon qui n’assumait pas ses préférences sexuelles et menait une vie sentimentale des plus chaotiques, tentant parfois de se confier à sa soeur, ou à des inconnues sur le net. Ce jeune homme qui, en trichant sur ses antécédents, a été recruté par l’armée, entraîné à tuer, puis jeté sur le pavé dès que la vérité a été découverte.

Son milieu culturel ? Le racisme ordinaire, décomplexé et le culte des armes à feu. Lui et ses amis disaient pratiquer l’humour noir – je n’en avais jamais lu d’aussi noir et d’aussi peu drôle. Tous trois (David Vann a changé les prénoms de ses proches) sont fascinés par les tueries de masse, par les moyens que les tueurs ont employés pour tuer le plus de personnes possibles. Et, bien sûr, cela n’inquiète pas ses amis. Petit jugement personnel : et si cela n’avait pas été Samuel qui avait franchi le pas, cela aurait-il pu être un autre de ses proches ? Pour moi, c’est possible.

David Vann cherche à comprendre, non à excuser. Il comprend que, pour ses amis, Steve est une victime lui-aussi – et je comprends que ce ne soit pas acceptable pour beaucoup d’autres. Chaque tuerie de masse rend la police, les secours, un peu plus efficace. Mais les véritables leçons ne sont jamais tirées par les pouvoirs publics.

« Acheter un Glock 19, quelques chargeurs supplémentaires, entrer dans une salle de classe et tirer sur les gens. Nous n’avons encore rien mis en place pour empêcher quelqu’un de commettre un tel acte. C’est un droit américain. « 

« Je [David Vann] vois de panneaux en bordure de route qui affirment : Les armes sauvent des vies. Si ça, ce n’est pas de la manipulation, qu’est-ce qu’on entend alors par « manipulation »?

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Shibumi de Trevanian

Présentation de l’éditeur :

Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de Go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle : le shibumi.
Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. Il se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement – la Mother Company – et doit se préparer à un ultime affrontement.

Mon avis :

Je l’ai dit hier, je le redis aujourd’hui : pour moi, Shibumi et La sanction sont inséparables. L’un des tueurs tend à monter vers le ciel, l’autre trouve refuge dans les profondeurs de la terre, tout deux explorent de nouvelles voies. Cependant, à mes yeux, Shibumi est un grand au-dessus de La sanction, pour de multiples raisons. Et Shibumi est un excellent roman – si vraiment vous manquez de temps et ne pouvez lire qu’un seul livre de Trevanian, prenez celui-ci.

D’abord, son héros est remarquable. Nous le suivons, de sa naissance à sa retraite, jusqu’à la toute dernière page du livre. Nous découvrons sa formation, ce qui a fait de lui un jeune homme qui a tué (pour des motivations qui dépassent ses adversaires/futurs employeurs) puis un tueur qui accomplit ses missions non en se vendant aux plus offrants (il agit parfois gratuitement), mais en éliminant selon le danger du moment, peu importe quel est son camp. Ces choix, autant le dire, sont incompréhensibles pour les membres de la Mother Company, qui ne résonnent qu’en terme de marchandises. Son cheminement personnel, intellectuel, philosophique, la finesse de ses analyses font l’intérêt de ce personnage. Nicholaï Hel n’est pas un porte-flingue, loin de là.

Ensuite, et c’est ce qui peut le perdre, l’amitié est une valeur extrêmement importante à ses yeux. Et ses amitiés, ses dettes d’honneur, le mettent parfois dans des situations délicates, qu’il tente de démêler de son mieux. Si vous m’avez suivi jusque là, vous aurez compris que si ses adversaires comprennent la notion d’amitié, ils en ont une vision très simple, pour ne pas dire très simpliste. Ils ont sans doute vu ou lu trop de romans ou de films d’espionnage.

Les Etats-Unis en prennent pour leur grade, dans ce livre – avec une fine justesse. La France n’est pas épargnée non plus. Il ne s’agit jamais d’accumuler des bons mots aussi brillants que gratuits, non, il s’agit réellement de donner à réfléchir, à revenir sur ce qui a été dit – et cela n’incite pas franchement à la rigolade.

Si Nicholaï a de grandes qualités, physiques et intellectuelles, il n’en est pas moins vulnérable, il est un être humain (presque) comme les autres, tout comme son allié, le Gnome. Comme ses adversaires, il va jusqu’au bout des choses – encore une fois, leur conception de ce concept est très différent.

Shibumi ? Un roman à lire absolument.

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La sorcière et le jardin secret de Kim Jin-Kyeong

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Non, ce n’est pas la couverture. C’est la dédicace de l’auteur au salon du livre 2016.

Présentation de l’éditeur :

Mina, une fillette coréenne qui vit à Paris, et son ami Lucas sont unis par l’amour des chats.
Lucas découvre qu’il y a environ quatre cents ans, un jardin secret aurait été créé dans le bois de Boulogne, protégé par de terrifiantes illusions. Mais quelle est cette jeune femme, habillée de façon bizarre, qui se promène justement dans le bois, en compagnie de deux chats égyptiens ?

Mon avis :

Il est nécessaire, avant de découvrir cette nouvelle série qui se passe à Paris, d’avoir lu les premiers tomes de l’école des chats, pas forcément ceux qui se passent à Angkor, mais le tout premier cycle, de manière à savoir l’importance des personnages de Machen et de Mandragore. Peut-être de jeunes lecteurs pourront apprécier cette lecture sans cela. Pour moi, cela crée tout de même un manque.

Nous sommes à Paris, donc, Mina et Lucas ont inscrit leur chat respectif à un concours de beauté. Si, pour Têté, bleu de russe, cette inscription coule de source, pour Volontaire, chat à poils courts français, cela ne paraît pas si évident – ni pour lui, ni pour Lucas, d’ailleurs. Contrairement à ce que j’ai pu penser, ce ne sera pas le coeur de l’intrigue, non. Nous avons la recherche d’un jardin secret, situé au plein coeur du bois de Boulogne, lequel est entouré de légendes (et assez bien documenté du point de vue historique, avec l’apparition de la reine Margot). Nous avons aussi les complications de santé de la grand-mère de Mina, qui font craindre pour sa vie. Et bien sûr, le plus important peut-être, le coeur de l’intrigue : le conflit entre les chats de cristal et leurs adversaires. Nous avons beau être à Paris, la cruauté d’Apollon ( et je sais que certains associent ce mot spontanément aux chats) fait ses preuves au cours des cent vingt-quatre pages de ce premier tome. Je m demande simplement pourquoi les humains ne se posent pas plus de questions, même si des phénomènes magiques entrent en ligne de compte, les combats à mort ressemblant alors à de simples jeux.

Est-ce parce que nous sommes à Paris ? Les alliés qui apparaissent sont haut en couleur. Et si ce premier tome peut laisser un peu sur sa faim, j’ai tout de même envie de découvrir le second, qui paraîtra en septembre 2016.

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La côte barbare de Ross MacDonald

Présentation de l’éditeur :

Sur la côte californienne, le Channel Club rassemble une clientèle d’habitués triés sur le volet, et les murs de son enceinte savent garder les plus lourds secrets. Quand, à la recherche de sa femme, un jeune reporter sportif se retrouve à escalader les grilles de la propriété, le privé Lew Archer gagne son droit d’accès au lieu. Il devra mettre la main sur Hester Campbell, qui, des studios de production d’Hollywood aux villas de Beverly Hills, tente à tout prix de fuir son mari. Cette quête entraînera Archer sur les traces d’un mystère plus ancien : le meurtre d’une autre habituée du club, deux ans auparavant.

Mon avis :

Si Lew Archer était un simple détective privé, bien discipliné, acceptant toutes les missions du moment qu’elles sont bien payées, ce roman n’aurait pas eu sa raison d’être. Le gérant du Channel Club lui demande de le débarrasser d’un mari gênant ? Cela pourrait être simple – si Lew contournait la loi. Cela pourrait être encore plus simple si le gérant disait tout ce qu’il sait à George Wall, le mari qui cherche désespérément sa femme, qui l’a quitté puis appelé parce qu’elle se sent en danger. George, cet homme aimant, stable, sérieux, donne envie à Lew de lui donner un coup de main, lui qui comprend très bien ce qu’il a pu ressentir auprès de sa femme – Lew ressentait la même chose auprès de la sienne, avant le divorce. Si George inspire la sympathie, il n’en est pas de même pour Hester, sa femme, changeante comme une girouette, vouant un culte au corps et aux apparences, cherchant avant tout l’argent et la célébrité – déjà. Un obscur et honnête journaliste ne pouvait lui convenir longtemps.

Lew Archer, comme souvent dans ses enquêtes, ne craint pas de prendre des risques, tout en essayant de protéger ceux qu’il estime – pas toujours facile, surtout quand ses « protégés » n’en font qu’à leur tête, au mépris de leur propre sécurité et de celle d’Archer. Pas facile d’enquêter quand les personnes qui en ont réellement envie sont rares. Bien sûr, le noeud du problème est bien différent de ce que l’on pouvait supposer, et, en cherchant, Lew trouve des faits que certains auraient bien voulu laisser dans l’ombre, pour leur tranquillité et surtout leur prospérité.

Comme souvent dans l’oeuvre de Ross MacDonald, la famille et ses dysfonctionnements sont au coeur de l’intrigue. La mère d’Hester n’aime ses filles que pour la place qu’elles peuvent lui procurer dans la société, autant dire qu’une infirmière ne vaut pas grand chose à ses yeux. Isobel, milliardaire, n’a toujours pas réglé ses problèmes avec son défunt père et a reporté ses névrosesy sur son mari. Quant à Tony Torres, gardien du Channel club, sa fille Gabrielle a été assassinée deux ans plus tôt, et son neveu est un petit voyou de très bas étage.

« Plus j’en découvre sur l’esprit humain, moins j’en sais.  » dit le docteur Frey. Le lecteur pourra admirer, à la lecture de la côte barbare, quel chemin tortueux il emprunte pour parvenir à ses fins. Lew est un de ceux qui parcourent le chemin à l’envers pour retrouver comment on en est arrivé là. Limiter les dégâts ? A ce stade, ceci est quasiment impossible. Une fois le livre refermé, il se dégage une sensation d’amertume devant tant de gâchis, le mince espoir provenant du fait qu’il existe encore des personnes lucides et incorruptibles comme Archer et, dans une moindre mesure, le docteur Frey.

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