Déserteur de Boris Bergmann

Merci aux éditions Calman-Levy et à netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Qui se cache derrière le « je » de ce journal intime aux allures de fable postmoderne, nous l’ignorons. Il nous ouvre néanmoins les yeux jusqu’à en frôler la brûlure. « Je » est avant tout un jeune homme en quête d’engagement et d’action mais incertain quant à son ancrage dans un monde informe. Génie de l’informatique, il met son talent au service d’une pensée radicale, utilisant son clavier comme arme pour hacker les actions de l’État et de ses suppôts. Une déconvenue amoureuse va cependant le faire basculer idéologiquement : pour contrarier l’être aimé, il s’engage dans l’armée française. Son savoir-faire plaît et il se voit aussitôt confier la programmation des drones qui survolent nos conflits, les ratissant « cliniquement

Mon avis :

Collaboration contre résistance.
Le roman se passe de nos jours, comme le prouvent les technologies utilisées et le contexte historique. Pourtant, j’ai eu l’impression que rien n’avait changé depuis la seconde guerre mondiale, du point de vue de ce qui pousse ou non un homme à s’engager.
D’ailleurs, qu’est-ce que s’engager ?
S’engager pour ou contre ? Le narrateur anonyme s’engage non pour une cause, mais contre ce qu’il a fait jusque là, à la suite d’une déception sentimentale – comme beaucoup de jeunes hommes de ces années d’occupation (voir, par exemple, le film Lacombe Lucien). L’utilisation de la forme désuète, presque féminine du journal intime étonne de la part d’un homme qui a fait des nouvelles technologies son quotidien. Manière de montrer le caractère périssable des données informatiques ? Leur obsolescence programmée ? Comme si l’écriture était sa dernière part d’humanité.
Ce qui se dégage ? La solitude, immense, y compris au milieu des soldats, la solitude face à son écran, sa solitude depuis son enfance. Rien n’a pu la combler, même les mots ne le peuvent – alors, les codes, leur craquage, ou, à l’inverse, la programmation à outrance.
Ce livre est le récit d’une guerre où les noms, des combattants, des lieux, sont omis (comme pendant la première guerre mondiale), une guerre où tout semble virtuel, y compris les morts.
Dans quelle mesure est-on un combattant alors que l’on reste dans le virtuel ? J’aurai aimé que le ressenti des combattants soient davantage creusés, eux qui, finalement, ne sont pas devenus soldats pour vivre la guerre par procuration.
Ce journal montre que la guerre technologique, la guerre par drones interposés, est impossible. La guerre reste la guerre, en dehors de tout droit, de toute convention. Dans le centre opérationnel, le corps reprend ses droits de la manière la plus triviale qui soit. Je me suis parfois sentie très à l’étroit dans ce monde uniquement masculin.
Déserteur n’est pas un livre facile, il questionne le lecteur, pas seulement sur les motivations du narrateur, mais sur les guerres qui ne disent pas toujours leur nom qui sont menées actuellement.

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3 réflexions sur “Déserteur de Boris Bergmann

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