Archive | 13 août 2016

La sanction de Trevanian

Edition Gallmeister – 352 pages.

Présentation de l’éditeur :

Professeur d’art et alpiniste de renommée internationale, Jonathan Hemlock est surtout un tueur spécialisé dans les “sanctions”: l’assassinat d’agents ennemis pour le compte de l’organisation secrète CII. En représailles au meurtre d’un agent du CII, Jonathan doit infliger une nouvelle sanction. Sa cible fait partie d’une expédition qui va tenter l’ascension d’une des plus dangereuses montagnes des Alpes, l’Eiger par la face nord. Hemlock se joint à cette expédition en vue d’exécuter sa mission. Seul problème : il ignore lequel de ses trois compagnons de cordée est l’homme à abattre.

Mon avis :

Comment devient-ont tueur à gages ? Nous avons l’habitude voir ses personnages, dans des séries télévisées américaines, dans des films, simples silhouettes que le héros, quel que soit son nom, se dépêche de mettre hors d’état de nuire. Rares sont les films qui en font leur personnage principal. Je ne vous parlerai pas d’Hitman, inspiré d’un jeu video, non, je préfère nettement Petits meurtres à l’anglaise, en dépit du sort réservé aux animaux. Plus rares encore sont les livres qui leur sont consacrés et, dans mon esprit, il est difficile de dissocier La sanction de Shibumi, autre livre de Trevanian dont le héros est un tueur à gages (je n’ai garde d’oublier la suite de la sanction, l’Expert, mais j’ai déjà rédigé un billet sur lui).

Jonathan Hemlock, le bien nommé, a en effet de nombreux liens avec Nicholaï Hel. Si l’un pratique l’alpinisme, l’autre est un spéléologue chevronné, tous deux sont reliés par une simple corde à leur partenaire dont leur vie dépend – et vice-versa. Ben, l’un des rares amis vivants de Jonathan, est un célibataire endurci, semble-t-il, qui a dû renoncer à l’alpinisme avec une ascension qui a tourné à la catastrophe. Nicholaï a pour ami le charismatique Le Cagot, personnage qu’il s’est crée après la mort de sa femme puis de son unique enfant. Jonathan est seul et s’il accepte des missions, c’est pour satisfaire sa passion de l’art. Collectionneur invétéré d’oeuvres qui ne sont pas vraiment sur le marché officiel, il vit dans une église désaffectée. Il enseigne, aussi, pas à de jeunes et innocents bambins, non, à des étudiants qui apprécient (ou pas) sa liberté de ton. Misanthrope ? Non, plus encore. Il est en tout cas prêt à tout pour ses amis – le peu qu’il a, ce « tout » pouvant signifier aussi venger leur mort.

Ce ne sont pas ses années d’apprentissage que saisissent ce roman, mais le moment où il veut décrocher – et accepter une dernière mission, pour solde de tout compte. Il a un regard aigu, acéré sur ceux qui l’entourent, et le regard du narrateur/auteur l’est tout autant, notamment quand il décrit ceux qui assistent, bien au chaud dans leur hôtel de luxe, aux ascensions qu’ils ne feront jamais, espérant un dénouement macabre.

La préparation de l’expédition a autant d’importance que celle de la « sanction ». Jonathan n’est pas là pour nous faire croire que tout est facile à son âge, après l’arrêt de son entraînement. Même avec des équipements modernes, même après l’ouverture de voies, les personnages que nous croisons ne pensent pas non plus l’ascension en terme de facilité. Il n’est que les journalistes, ou les alpinistes peu chevronnés, pour penser en clichés – ou en théories psychanalytiques qui m’ont fait sourire.

A l’arrière-plan, ou au contraire au tout premier selon les étapes, se tiennent les employeurs de Jonathan, des personnes qui se tiennent en retrait et tirent les ficelles, pour le bien de leur camp, uniquement, surtout si le « bien » et le « profit » coïncident. Il est alors jubilatoire de voir Hemlock appuyer là où cela fait mal – au portefeuille, bien entendu, même si ces petites revanches n’ont qu’un temps.

Plus qu’un seul roman de Trevanian à lire pour moi.

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