Archive | avril 2016

Soleil de nuit de Jo Nesbo

Soleil de nuit.
Edition Gallimard – 224 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation. L’argent proposé par un homme qu’il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie. En vain. Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu’il est persuadé d’avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut. Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ?

Mon avis :

Je ne suis pas une grande fan de la série Harry Hole, infiniment noire. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai aimé ce roman.
Le narrateur est un héros de roman noir. Encaisseur raté, exécuteur malgré lui, il est en fuite pour avoir volé de l’argent – et ce ne fut pas suffisant pour sauver celle qu’il aimait. Il se retrouve dans une petite communauté où les Laestadien dominent – nous les avons déjà rencontrés, si vous aimez les policiers nordiques, dans Le détroit du loup d’Olivier Truc. A mes yeux, leurs conceptions religieuses ne les empêchent pas de profiter de la vie, elles les empêchent de vivre tout simplement. Je ne vous parle même pas du sort des femmes, tout sauf enviables.
Alors oui, ce roman est un mélange de roman noir et de mélodrame – ou plutôt la femme fatale de ce roman n’est pas vraiment celle que l’on croit. L’humour du narrateur permet, parfois, de voir un peu de lumière dans un univers bien sombre et les retours en arrière nous permettent de savoir comment tout cela a pu survenir.
Sans doute pas le meilleur roman de Jo Nesbo, mais une lecture agréable cependant.

voisinmini_501337challengelpf2bannireThrillerPolar-PatiVore2

Condor de Caryl Ferey

Présentation de l’éditeur :

Condor, C’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…
Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

Mon avis :

Ai-je aimé, n’ai-je pas aimé ? Difficile à dire. J’ai éprouvé des sentiments mitigés à la lecture de ce roman, roman noir,oui, mais dont certaines péripéties m’ont semblé un peu précipitées.

Oui, j’anticipe peut-être un peu en disant cela, pourtant, je suis souvent restée au bord de la route, avec ses personnages très nombreux, que l’on ne croisera parfois que fort peu de temps. La violence est partout, elle prend par surprise, personne n’est à l’abri – un gilet pare-balles, des gardes du corps peuvent toutefois s’avérer utile.

Qui choisir, parmi tous ces personnages ? Esteban, l’un des héros (je n’ai rien contre ce prénom, mais entre celui-ci et le titre, Condor, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux Cités d’or !). Gosse de riche, ayant fait de très bonnes études dans de très bonnes universités, il se consacre aux causes perdues. Oui, on dirait presque un cliché, et pourtant : il mène une vie des plus mouvementées, ne travaillant que quand cela lui chante, se perdant dans des tourments intérieurs qu’il jette sur papier, sans qu’ils aient jamais de fin, sans que lui n’en veuille vraiment la fin. Son associé est aussi son compagnon de tourments – pas les mêmes, la psychanalyse n’a pas fini de tout mettre en oeuvre pour en venir à bout. Et qui pourra en venir à bout ? Je vous ai présenté ces deux hommes, mais il faudrait aussi parler de Patrizio, de Stefano, de Manuela, de Gabriella.

Le plan Condor est le symbole de l’injustice subie au Chili – de tous ceux qui ont disparu et dont on a effacé les traces. De ceux qui ont survécu, ont pu fuir parfois, ou ont survécu en trahissant. Quant aux tortionnaires, aux bourreaux, ont-ils été inquiétés ? Non. Réponse simple et courte. Les injustices commises au Chili ne se sont pas arrêtés avec la dictature, comme le montre le sort des indiens Mapuche, ou celui des mineurs. Qui pour aider les laissés-pour-compte ? Peu de monde – et il en faut moins encore pour que la vie s’arrête.

L’intrigue est parfois difficile à suivre, pas tant à cause des retours dans le passé (et des tortures commises, subies) que des nombreux fils narratifs qui finissent par se rejoindre, tout en laissant un goût d’inachevé. Je ne pense pas qu’une suite soit possible, mais j’ai eu l’impression que cette intrigue était une parenthèse dans la vie, dans la « formation » de Gabriella – victoire d’un côté, impuissance de l’autre.

Condor est un roman noir, très noir, plus qu’un roman policier, puisqu’une grande partie de la police est corrompue, et que l’autre partie n’a guère les moyens d’enquêter. Il ne manque guère qu’une femme fatale pour que nous ayons tous les ingrédients du roman noir – si ce n’est que Gabriella ne  l’est pas, que Véra, l’épouse d’Edwards, est vite oubliée. Il n’est guère que Manuela qui pourrait se placer dans cette catégorie, même si elle est un personnage bien plus complexe que le lecteur ne peut le croire.

Condor, ou le portrait désespérant d’un pays qui n’en a pas fini avec son passé.

Gateau aux pommes à l’italienne

Aujourd’hui, l’Italie est à l’honneur !

A la suite de soucis… je n’ai pas vraiment pu faire la recette que j’avais prévue au début. Je me suis donc rabattue sur une recette trouvée sur Marmiton, que j’ai un peu réinterprétée.

Ingrédients :

– Deux pommes (j’ai utilisé des reinettes grises du Canada).
–  150 g de farine
– 100 g de sucre
– 50 g de  beurre doux fondu
– 2 oeufs.
– 1 sachet de levure chimique
– 25 cl de lait à température ambiante
– 1 pincée de sel.

Comment faire ?

Pelez et coupez en tranches les pommes.
Mélangez les oeufs et le sucre jusqu’à obtention d’une crème.
Ajoutez la farine et une pincée de sel.
Versez délicatement le beurre fondu, le lait et la levure.
Versez le tout dans un moule beurré et fariné
Disposez les pommes sur le mélange, saupoudrez d’un peu de sucre.
Faites cuire à 180°C (thermostat 6) pendant 30 minutes.

Voici le gâteau juste avant de le mettre au four.

IMG_7460Et voici le résultat après la cuisson.

IMG_7461Bon appétit et bon dimanche !

Nartouk, le garçon qui devint fort de Jorn Riel

Nartouk, le garçon qui devint fort.
J’aime lire, bayard jeunesse – 48 pages.

Présentation de l’éditeur :

Nartouk, un jeune Inuit, vit pauvrement avec sa grand-mère dans un hameau dirigé par un chef cruel, nommé Porto. Au cours d’une chasse à l’ours blanc, un différend oppose Nartouk à Porto. Menacé de mort par le chef, le garçon est obligé de quitter le village. Lui qui est si petit, si malingre et peureux…

Mon avis :

Ce livre est un conte, qui est raconté au cours d’un long hiver, par un ancien, Nanatop, plein de sagesse. Son but est de faire passer le temps – et que l’hiver parut plus court. L’histoire aurait pu mal se terminer – mais nous sommes dans un conte. Nartouk vit dans la crainte à cause de Porto, ce chef auquel personne n’ose s’opposer et qui peut décider quel ancien devra partir sur la banquise. Nartouk a beau être un vaillant chasseur, il est trop vaillant pour Porto, qu’il dérange.
Conte, vous dis-je, puisque Nartouk rencontre des géants qui vont l’aider à être encore plus autonome qu’il ne l’est déjà, ils vont lui apprendre comment chasser, comment pêcher, et lui rappeler qu’il ne faut pas abuser du pouvoir que l’on possède – Nartouk en était déjà convaincu. Penser aux autres avant de penser à soi était déjà un de ses soucis premiers, maintenant qu’il est devenu un chasseur et un pêcheur expérimenté, Nartouk peut rendre davantage service aux siens – y compris à ceux qui, comme lui, ont été chassés de la tribu et se débrouillent comme ils peuvent – et veiller à ce que justice soit rendue.
Nartouk, le garçon qui devint fort est une lecture qui permet de faire découvrir la vie des inuits aux plus jeunes.

Lumières du monde de James Lee Burke.

Merci aux éditions Payot-Rivages et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

De retour avec sa famille et son ami Clete Purcel dans le sauvage Montana, Dave Robicheaux se laisse troubler par une succession d’événements déplaisants. C’est d’abord Alafair, sa fille, qui évite de peu un pseudo accident de chasse ; puis Gretchen, la fille de Clete, qui entre en conflit avec un flic local. Enfin, Alafair se persuade qu’elle est suivie, et croit reconnaître un visage familier : Asa Surette, assassin multirécidiviste qu’elle avait interviewé, prétendument décédé dans un accident de fourgon lors d’un transfert.
Est-il réellement mort ? Le doute s’installe, alors que des liens se dessinent entre plusieurs crimes sadiques et sexuels qui suggèrent qu’une présence véritablement maléfique hante ces paysages sublimes.

Mon avis :

Je ne dirai pas qu’il n’est pas bon, pour un enquêteur, de prendre des vacances, parce que le crime les attend au tournant. Non, ce serait trop facile. Je dirai que Dave Robicheaux et Clete Purcell ne pensent même pas qu’ils sont en train de prendre des vacances, non, ils aspirent simplement à une pause, un répit avant de retourner en Louisiane. Le Montana, un des Etats les plus calmes qui soit, semble idéal – enfin, du moins, depuis la fin de Swan Peak. S’ils avaient eu raison, Lumière du monde n’aurait pas de raison d’être.  –

Qu’est-ce qui rend Dave Robicheaux et les siens si attachants ? Leur passé, leurs nombreuses blessures, leurs failles ? Le fait qu’ils essaient d’agir de la manière la plus juste possible, en entrainant le moins de dégâts possible ? Le fait aussi, que l’on peut craindre pour le héros, qu’il n’en ressortira peut-être pas indemne, ni lui, ni les siens, même si ses capacités de résilience sont grandes.

Dave Robicheaux est le narrateur principal de ce roman. Grâce à un narrateur omniscient, qui prend parfois le relais, nous découvrons les actions et les pensées d’autres personnages tels qu’Alafair, fille de Dave, que Gretchen, fille de Clete, ou que Wyatt, un personnage qui prouve qu’il faut aller bien au-delà des apparences avec cet auteur. Je suis tentée de rapprocher Gretchen et Wyatt, tant leurs fêlures sont importantes, tant leurs complexité, leur instinct de survie, leur indifférence au pouvoir et à l’argent les rend éminemment intéressants – et attachants, même si ce n’était pas vraiment gagné.

Et l’intrigue, me direz-vous ? Nous retrouvons des thèmes chers à James Lee Burke. Les exactions du passé ont toujours des conséquences sur le présent, ne serait-ce que de la manière dont certains se permettent de traiter ceux qui sont différents ou qu’ils jugent différents : le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme sont toujours présents. Une lassitude certaine transparaît derrière ce constat, bien des combats restent à mener.

Autre thème auquel peu d’auteurs américains sont insensibles : la famille. Et elle en prend un sérieux coup dans ce roman. Si Dave fait tout ce qu’il peut pour protéger les siens (et se souvient qu’il a échoué avec Annie, qui fut assassinée), il a grandi dans une famille qui n’en était plus une. Clete n’a pu veiller sur sa fille dont il ignorait l’existence jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour lui offrir non pas une enfance protégée, mais une enfance tout court. Prendre soin des siens, c’est aussi accepter d’être aidé. Quant aux adversaires des deux amis, ils ne savent pas ce que le mot « famille » veut dire. Love Younger a réussi à détruire ses enfants les uns après les autres. Il est aussi question d’adoption, et je pense que les motivations de certains adoptants feront bondir certains. Ou comment donner une autre idée de la charité, derrière les belles images.

Je n’oublie pas un autre personnage central, Asa Surette, tueur en série effrayant. Si je n’ai pas aimé ce personnages, j’ai aimé l’analyse qui est faite de ce personnage, de ces motivations, bien plus que si nous avions été « dans sa tête » comme c’est la mode dans de nombreux polars. Il ne s’agit pas non plus qu’un travail de profilage, avec ces certitudes bien tranchées, plutôt de ramener à des dimensions humaines un être qui fascine certaines personnes : Asa Surette est un être humain pervers, manipulateur, sadique non un génie du crime.

Je terminerai ma chronique par deux citations :

Je suis persuadée que les vrais héros parmi nous sont ceux qu’on ne remarque jamais.

Existe-t-il plus grande autorité que celle de l’ignorance ?

50

Cet amour-là de Yann Andrea

Présentation de l’éditeur :

Yann Andrea a frappé à la porte de Marguerite Duras l’été 1980 à Trouville, après lui avoir adressé d’innombrables lettres pendant cinq ans. Ils ne se sont plus quittés. Seize ans de vie partagée entre un « monstre » de la littérature et un amant, le dernier, son préféré. Entre eux, Cet amour-là, que Yann chercha dans ce livre à garder vivant au-delà de la mort.

Merci aux éditions Pauvert et à Dominique pour l’envoi de ce livre.

Mon avis :

Ce livre est le plus connu de Yann Andrea. Il est aujourd’hui réédité par les éditions Pauvert. Yann Andrea y parle de son histoire d’amour avec Marguerite Duras, de sa mort et de sa vie (sa survie ?) après la mort de l’auteur.

L’ordre chronologique strict n’est pas respecté, il revient à plusieurs reprises sur certains événements, sur l’impact qu’ils ont eu sur lui. Yann avait rencontré l’écrivain avant de rencontrer la femme, il aimait ses mots, son oeuvre avant de l’aimer elle.

Livre d’une renaissance ? Aussi. Parler de Duras est la rendre à nouveau vivante pour lui, mais surtout rendre leurs relations vivantes. Une relation pas si simple aux yeux du monde, Marguerite et Yann sont bien seuls dans leur amour et leurs déchirures.

Les chapitres sont courts, les phrases simples, de forme neutre, puis apparaissent des phrases complexes, avec  des anaphores, comme si l’écrivain prenait de l’assurance. Il est toujours à la recherche du mot juste, peut-être parce que c’était ce que recherchait Marguerite Duras. L’importance de l’écriture dans sa vie est d’ailleurs au coeur de ce roman. De même que la mort de Marguerite Duras a pris toute la place dans la vie de Yann Andrea. Il ne s’agit pas seulement de sa représentation matérielle (cercueil, tombe, fleurs) mais aussi de la survie, de la transmission de son oeuvre.

Serait-ce une influence du style de Marguerite Duras ? Pas de dialogue, mais un monologue intérieur, et, pour retranscrire les paroles de Duras, le discours indirect libre qui intègre les paroles dans le récit. Peut-être aussi un moyen de redonner la parole à l’écrivain morte.  Yann et Marguerite semblent presque seuls au monde, avec l’écriture comme compagnie exigeante.

Cet amour-là n’est pas une réponse à ceux qui se gaussaient de cette histoire d’amour hors norme. Elle est l’histoire d’un amour qui n’eut rien de banal.

 

 

Les portes du néant de Samar Yazbek

Présentation de l’éditeur :

Figure de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek est contrainte de quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l’urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle retourne clandestinement dans son pays, en s’infiltrant par une brèche dans la frontière turque. Trois voyages en enfer dans la région d’Idlib où elle vit de l’intérieur l’horreur de la guerre civile, aux côtés des activistes. Des premières manifestations pacifiques pour la démocratie, à la formation de l’Armée Syrienne Libre, jusqu’à l’émergence de l’État islamique, Samar Yazbek livre un témoignage courageux sur le quotidien des combattants, des enfants, des hommes et des femmes ordinaires qui luttent pour survivre. Elle dit l’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe, l’effroi dans le regard des mères, les corps mutilés ; elle dit l’une des plus grandes tragédies du xxie siècle.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre ne fut pas facile à lire, il n’est pas facile à chroniquer. Ce n’est rien par rapport aux difficultés rencontrées par Samar Yaznek non seulement pour écrire, mais aussi pour témoigner de ce qui se passe en Syrie.
Samar Yaznek est une opposante au régime de Bachar El-Assad. Elle a dû quitter son pays, pas seulement pour se protéger, mais aussi pour protéger sa fille. Seulement, pour témoigner de ce qui se passait dans son pays, elle y retourna, clandestinement, et écrivit ce témoignage.
Il se compose de trois parties, pour trois voyages clandestins. La dernière partie est la plus longue, celle qui comporte plus de témoignages étendus non seulement des habitants de Syrie, mais aussi des combattants. Toutes sont cependant aussi importantes à lire, parce qu’elles montrent l’évolution, ou plutôt la dégradation de la situation en Syrie. Le mot « précarité » me paraît trop faible pour désigner la situation des femmes, des enfants.
L’auteure parle, oui, apparaît dans le récit, fait part de ses émotions, mais toujours elle s’efface devant la parole, brute, des personnes qu’elle rencontre. Peu de descriptions, sinon celles des destructions, des bombardements. Des portraits, celles de figures fortes qui l’accompagnèrent dans son périple, ou au contraire des personnes qu’elle ne croisa qu’une fois et dont elle montre les douleurs, les blessures, les mutilations. La mort est omniprésente, et peut survenir n’importe quand.
Les portes du néant ou l’oeuvre d’une écrivain engagée pour la cause des habitants de son pays.

Hier encore, c’était l’été de Julie de Lestrange

cvt_hier-encore-cetait-lete_6453

Merci aux éditions Mazarine et à Fanny pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils ont grandi, en toute insouciance et en toute innocence. Mais lorsque la vie les prend au sortir de l’adolescence, la claque est brutale. En une décennie, ceux que les intellectuels appellent la jeunesse perdue et désillusionnée vont devoir apprendre à se battre pour exister. La vie les perdra par endroits. À travers les drames, les fous rires et les joies subsiste alors l’amitié. Et l’amour qui les sauvera.

Mon avis :

S’il fallait qu’il soit court, je dirai que nous avons là une saga amicale et familiale telle que les français aiment les lire. Mais ce serait un peu juste, surtout que l’auteur nous raconter un récit original qui, s’il s’inscrit dans la France contemporaine, évite cependant les passages obligés qui m’ennuient, ceux qui me donnent l’impression que les auteurs se sont dressés une petite liste de gros problèmes et essaient de la répartir équitablement entre les personnages. N’allez pas croire que la vie soit forcément toute rose pour ces personnages, disons simplement qu’ils ne subissent pas une surdose de problèmes insurmontés.

Laissez-moi tout d’abord vous les présenter, ou plutôt vous présenter leurs grands-mères amies et voisines de longue date et qui rêvent d’unir un de leurs descendants. Nous serions un siècle plus tôt, le problème aurait été vite réglé, elles auraient unis dès le berceau le petit-fils de l’une avec la petite-filles de l’autre, et si les intéressés n’étaient pas contents, tant pis pour eux. Il y aurait eu un roman, mais bien différent. Alexandre, Guillaume, Céline, Marco, Sophie et Laurent sont libres d’aimer qui ils veulent, ils sont libres aussi de choisir les études qu’ils veulent, selon leurs aspirations – et certaines m’ont paru bien archaïques. J’aurai aimé voir une confrontation entre Céline, qui ne fait des études que pour trouver un bon partie, et Marie, le grand amour d’Alexandre. Celle-ci est un personnage qui détonne, pas seulement à cause de son passé familial – ses parents ont dû fuir leurs pays – mais parce qu’elle est acharnée à suivre sa ligne de conduite sans jamais en dévier, quel que soit les pots cassés. Marie, c’est le personnage qui est toujours en action, qui fonce parce qu’elle ne peut pas se permettre de prendre son temps, elle n’a pas ce luxe contrairement à Alexandre et les siens.

En dépit des embûches, d’une vie sentimentale pas toujours simples, Alexandre et les siens ont de la chance. Ils peuvent (presque) toujours compter les uns sur les autres. Sous des apparences heureuses, ils ont eu des blessures d’enfance (indifférence ou dépression des parents) qu’ils ont surmonté, tout en en gardant des traces qui guident leurs choix de vie. Ce qui les sauve ? (Et le verbe n’est pas trop fort) Le fait d’être capable d’en parler, de dire que cela ne va pas. Le fait d’agir aussi, là où une autre génération se serait tues, avec des conséquences plus dramatiques.

Hier encore, c’était l’été est un roman contemporain qui met en valeur ceux qui ont décidé de vivre leur vie plutôt que de la subir.  A l’opposé d’autres productions (je pense surtout au cinéma) où l’on voit de jeunes adultes incapables de choisir, rendus passifs dans un monde moderne où tout paraît très (trop) facile, ce livre prend le temps (l’intrigue principale s’étire sur presque dix ans) et nous montre que tout vient à point à qui sait attendre.

premier roman

La dorade me donne le hoquet de Jesse Eisenberg

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je suis une ex-accro aux séances de cinéma – pas un film vu en salle depuis janvier, et je dois dire que cela me manque ! J’avais considérablement diminué le rythme de visionnage depuis deux ans, donc je ne peux pas vraiment dire que je sois fan de l’acteur Jesse Eisenberg – je crois même n’avoir vu aucun de ses films, c’est vous dire. Non, ce qui m’a attiré dans ce recueil de nouvelles, c’est le titre. Et certaines nouvelles de ce recueil sont toute aussi surprenantes.
Ainsi, la toute première nouvelle est à mes yeux la plus réussie. Le jeune narrateur accompagne inlassablement sa mère dans les différents restaurants où celle-ci l’entraîne. Volonté de découvrir de nouveaux lieux, de nouveaux mets ? Pas du tout, plutôt celle de faire payer (dans les deux sens du terme) son ex-mari, parti avec une autre femme et qui mène désormais une vie… ni plus heureuse, ni plus épanouie que celle qu’il menait avec la mère de son fils. Celui-ci regarde les adultes et leurs travers, leurs pauses sans naïveté, avec une pointe d’ironie bienvenue. Je ne vous parle même pas des conventions gastronomiques, ou des modes alimentaires, à la limite du sectarisme, qui sont passés en revue. Ses têtes à têtes avec sa mère lui permettent de mieux la comprendre, d’aller au-delà des apparences : « une vie pénible à deux est préférable à une existence facile mais solitaire. » Un texte que j’ai pris plaisir à lire et à relire.
Autre réussite : Ma colocataire m’a volé mes nouilles. Ou comment donner la parole à une jeune femme névrosée qui aurait parfaitement sa place dans un film de Woody Allen. Si l’on rit de ses excès, on ne peut que s’interroger sur sa solitude, amoureuse et affective – ses parents ne semblent pas lui avoir donné toute l’attention qu’elle méritait et mérite encore – et sur l’incompréhension qu’elle rencontre. Ses écrits vont jusqu’au bout de ses délires – je l’aurai bien suivie encore un peu.
Les autres nouvelles, regroupées selon des thématiques, sont moins abouties, courtes vignettes qui ont en commun une abondance de paroles, et une incompréhension de la part de ses interlocuteurs. Je retiens surtout les adeptes de la théorie du genre qui poussent jusqu’à l’absurde ces principes et m’ont rappelé d’autres personnages de la littérature (ou pire, de la vie bien réelle) qui appliquent à la lettre leurs croyances, leurs préceptes, en oubliant qu’en face d’eux se trouvent d’autres hommes, d’autres femmes qui veulent juste profiter de leurs loisirs en paix.

La dorade me donne le hoquet est un recueil de nouvelles qui nous questionnent sur notre solitude, à une époque où l’on n’a jamais été aussi connecté aux autres.

Cet été là, de braise et de cendres d’Alain Vircondelet

Présentation de l’éditeur :

Alain Vircondelet signe ici le premier roman qui met en scène Marguerite Duras.
Il raconte la naissance de l’écrivain, au sortir de la guerre, au cours de l’été 1945. Elle séjourne auprès de son mari, Robert Antelme, en convalescence en Haute-Savoie, revenu depuis quelques semaines seulement des camps. Dionys, son amant, les rejoint. Ce n’est plus la guerre et c’est encore la guerre. Hiroshima, Nagasaki, les derniers combats. La solitude et la douleur. Comment renouer avec la paix, et surtout écrire ? L’écriture est, pour elle, la vie, « rien de plus sauf elle, la vie » ?Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est fréquent de faire d’un personnage historique, voire d’un romancier, un personnage de romans. Je pense notamment à ces romans policiers qui transforment des écrivains connus en enquêteurs, comme dans la série des Oscar Wilde de Gyles Brandeth. La situation est différente ici puisqu’il ne prétend pas transformer Duras en personnage, mais révéler un pan de la vie du personnage Duras. Ce livre a été écrit par un spécialiste de Marguerite Duras, plus encore devrais-je dire, par un passionné de l’écriture de Marguerite Duras, de la femme qu’elle a été. Il suffit de lire pour cela l’imposante biographie finale. Il suffit aussi de lire ce livre, qui ne sombre pas dans l’écueil de l’anticipation.
Duras avant Duras, Duras et ses contradictions, Duras pendant la guerre, quand celui qui était alors son mari fut déporté puis revint, avant de revenir à la vie, alors qu’elle-même était amoureuse d’un autre homme.  Les pièges de l’anticipation sont évités. Même si le lecteur sait que cette jeune femme deviendra une des plus grandes écrivains du XXe siècle, il n’est pas fait allusion aux oeuvres futures, aux succès, aux amours non plus. Mais il parle des circonstances qui ont fait naître le désir d’écrire, le désir d’écrire autrement, des compromissions aussi que Marguerite fit pour être publiée. Nous voyons l’oeuvre de Duras en 2016, nous avons oublié qu’être publié pendant la guerre, ou juste après la guerre nécessitait des compromissions (avec l’ennemi), du matériel (pourquoi user du papier pour une écrivain inconnue ?) ou entraînait des prises de risques importantes. Marguerite fréquenta collaborateurs et résistants, cherchant à savoir ce qu’il était advenu de son mari, le retrouvant presque par le fait du hasard.
Le rythme est lent, comme est lent le retour à la vie de ceux qui sont revenus, de Robert. Les descriptions de la campagne montre que la nature est toujours là, belle, apaisante. La guerre n’est pas terminé pour autant, l’épuration débute, les bombardements se poursuivent, ailleurs.
Cet été-là, de cendre et de braises offre un éclairage romanesque sur les premières années d’écrivain de Marguerite Duras. Je pense cependant qu’il touchera essentiellement les passionnés de l’oeuvre de Duras.