Condor de Caryl Ferey

Présentation de l’éditeur :

Condor, C’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…
Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

Mon avis :

Ai-je aimé, n’ai-je pas aimé ? Difficile à dire. J’ai éprouvé des sentiments mitigés à la lecture de ce roman, roman noir,oui, mais dont certaines péripéties m’ont semblé un peu précipitées.

Oui, j’anticipe peut-être un peu en disant cela, pourtant, je suis souvent restée au bord de la route, avec ses personnages très nombreux, que l’on ne croisera parfois que fort peu de temps. La violence est partout, elle prend par surprise, personne n’est à l’abri – un gilet pare-balles, des gardes du corps peuvent toutefois s’avérer utile.

Qui choisir, parmi tous ces personnages ? Esteban, l’un des héros (je n’ai rien contre ce prénom, mais entre celui-ci et le titre, Condor, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux Cités d’or !). Gosse de riche, ayant fait de très bonnes études dans de très bonnes universités, il se consacre aux causes perdues. Oui, on dirait presque un cliché, et pourtant : il mène une vie des plus mouvementées, ne travaillant que quand cela lui chante, se perdant dans des tourments intérieurs qu’il jette sur papier, sans qu’ils aient jamais de fin, sans que lui n’en veuille vraiment la fin. Son associé est aussi son compagnon de tourments – pas les mêmes, la psychanalyse n’a pas fini de tout mettre en oeuvre pour en venir à bout. Et qui pourra en venir à bout ? Je vous ai présenté ces deux hommes, mais il faudrait aussi parler de Patrizio, de Stefano, de Manuela, de Gabriella.

Le plan Condor est le symbole de l’injustice subie au Chili – de tous ceux qui ont disparu et dont on a effacé les traces. De ceux qui ont survécu, ont pu fuir parfois, ou ont survécu en trahissant. Quant aux tortionnaires, aux bourreaux, ont-ils été inquiétés ? Non. Réponse simple et courte. Les injustices commises au Chili ne se sont pas arrêtés avec la dictature, comme le montre le sort des indiens Mapuche, ou celui des mineurs. Qui pour aider les laissés-pour-compte ? Peu de monde – et il en faut moins encore pour que la vie s’arrête.

L’intrigue est parfois difficile à suivre, pas tant à cause des retours dans le passé (et des tortures commises, subies) que des nombreux fils narratifs qui finissent par se rejoindre, tout en laissant un goût d’inachevé. Je ne pense pas qu’une suite soit possible, mais j’ai eu l’impression que cette intrigue était une parenthèse dans la vie, dans la « formation » de Gabriella – victoire d’un côté, impuissance de l’autre.

Condor est un roman noir, très noir, plus qu’un roman policier, puisqu’une grande partie de la police est corrompue, et que l’autre partie n’a guère les moyens d’enquêter. Il ne manque guère qu’une femme fatale pour que nous ayons tous les ingrédients du roman noir – si ce n’est que Gabriella ne  l’est pas, que Véra, l’épouse d’Edwards, est vite oubliée. Il n’est guère que Manuela qui pourrait se placer dans cette catégorie, même si elle est un personnage bien plus complexe que le lecteur ne peut le croire.

Condor, ou le portrait désespérant d’un pays qui n’en a pas fini avec son passé.

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6 réflexions sur “Condor de Caryl Ferey

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