Noyade en eau douce de Ross MacDonald

Mon avis :

Pour ma troisième lecture d’un roman de Ross MacDonald mettant en scène Lew Archer, je dois dire que je crois avoir trouvé (il était temps, me direz-vous) ce qui constitue le centre de ses intrigue : la famille, la sacro-sainte famille américaine. Dysfonctionnelle et maltraitante dans Trouver une victime, décomposée dans Cible mouvante, elle est ici l’endroit où se focalisent toutes les haines, le non-refuge pour les enfants.

Il ne faut que quelques pages pour que tout s’effrite. Maud Slocum, encore jeune, encore belle, demande à Lew Archer d’enquêter sur la personne qui a envoyé une lettre anonyme à son mari. Et oui, elle lit son courrier, et vice-versa. La confiance règne – ou pas. Lew ne comprend pas très bien pourquoi une simple lettre anonyme peut la bouleverser à ce point, ou plutôt, il ne le comprend que trop bien. Aussi, accepte-t-il d’enquêter pour Maude, de manière discrète, et de rencontrer les membres de sa famille. Et quelle famille ! Son mari est un dillettante qui se veut brillant, et n’assume pas ses penchants homosexuels – étant donné l’époque, il est déjà courageux de trouver un auteur qui ose en parler. Sa mère, Olivia Slocum, n’a pas vu son fils grandir – il n’a pas mûri non plus – et a tout fait pour le maintenir dans sa dépendance. Et Cathy, la petite-fille, n’a grandi qu’en entendant les disputes de ses parents, haïssant sa mère, idolâtrant son père, rêvant de fuir avec le chauffeur, qui la fait rêver avec son passé de héros dans l’armée. Une famille qui donne envie de fuir en courant – et je ne dis pas que Lew baisse les bras, non, je dis simplement que la mort d’Olivia, noyée dans la piscine, n’est pas vraiment ce qui facilite son enquête.

Suicide ? Certainement pas. Accident ? Peut-être. Meurtre ? Sûrement. Le chef de la police est bien décidé à attraper, emprisonner, juger le coupable – il en est un qui a le profil idéal, et non, ce n’est pas Lew Archer. Tout pourrait donc se résoudre le mieux du monde, si d’autres intérêts n’entraient en jeu. Qui a l’argent a le pouvoir, et la mort d’Olivia Slocum a redistribué les cartes. Ce qui avait commencé comme une histoire très banale se métamorphose en un parcours sanglant, violent, qui ne laisse personne indemne, pas même Lew Archer. Il faut bien du courage pour quitter sa cage pas vraiment dorée. Il faut bien du courage – au bon moment. Il faut bien de l’amour aussi – pour l’autre, et ce qu’il est réellement. Le soleil de Californie ne suffit pas pour être heureux.

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