Archive | février 2016

Justices, tome 1 : les deux ligues de Renaud De Vriendt

Présentation de l’éditeur :

Camille, un jeune garçon de onze ans dont les parents ont mystérieusement disparu, a été recueilli par « Justice Pour Tous », une ligue de super-héros. Malheureusement pour lui, ces derniers n’ont de super que le nom et leurs étranges pouvoirs vont s’avérer particulièrement inadaptés à l’aventure qui les attend. En effet, quand le fantasque « M le Mystère », après avoir kidnappé plusieurs citoyens de Nova City, invitera tous les supers de la ville à venir récupérer les malheureux au sein même de son repaire, Camille n’écoutera que son courage et se jettera dans la gueule du loup.

Merci à Babelio et aux éditions Kennes pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman plaira aux jeunes lecteurs, j’en suis certaine ! Et il est hautement recommandable, même si je suis presque certaine que des grincheux n’aimeront pas toujours la syntaxe utilisée par Camille. Je ne ferai pas un débat là, maintenant, tout de suite, mais il est dommage de se laisser arrêter pour si peu !
Camille est un petit garçon, comme il est parfois obligé de le répéter, tant certains camarades de classe sont lourds. Il serait temps de leur enseigner ce qu’est un prénom épicène ! Et oui, c’est parfaitement le moment, puisque Camille ne manque pas de nous informer de l’enrichissement de son vocabulaire, la preuve avec sa définition de « s’époumoner », dans une note de bas de page particulièrement instructive :
Alors, s’époumoner, c’est pas compliquer à comprendre. Bon, vous avez déjà entendu crier ?… Oui ! Hurler ?… Aussi ! S’époumoner, c’est mille fois plus fort que ça ! C’est crier tellement fort que les sourds, les morts et même les extraterrestres peuvent vous entendre. Donc autant vous dire que, vu que j’étais vachement prêt de la bouche de Max… ben j’ai eu très mal aux tympans !
Les parents de Camille ont disparu, et ses tuteurs sont un peu particuliers : deux super héros qui ne maîtrisent pas leur super pouvoirs. Certes, il y a bien un vieux majordome, à croire que tous les super héros ou presque en ont un, mis peuvent-ils vraiment empêcher Camille de n’en faire qu’à sa guise ? Note personnelle : au moins, cela évite au jeune héros de devoir trouver des prétextes pour se livrer à ses folles aventures avec Max, son tout nouveau meilleur ami (mais que font ses parents, à celui-ci ? ).
Et pour vivre de folles aventures, il va en vivre, permettant ainsi à son lecteur de ne jamais s’ennuyer. Si l’inventivité est toujours présente, la violence ne l’est pas nécessairement : les « victimes » se relèvent après une bagarre…
Les deux ligues invite aussi le jeune lecteur à aller au-delà des apparences : la leçon n’est pas aussi banale qu’elle le paraît, puisque, justement, beaucoup trop de personnes s’attachent au paraître.
Je suivrai avec plaisir les prochaines aventures de Camille et des siens.

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Peabody se mouille de Patrick Boman.

Mon avis :

Attention, policier atypique ! Josaphat Peabody menait une vie tranquille en Inde, aussi tranquille que peut l’être celle d’un policier anglais dans une colonie anglaise sous le règne de la reine Victoria, quand il a subi une disgrâce qui l’a envoyé au fin fond de l’Inde. Voilà pour le tome précédent. Dans ce tome-ci, ce n’est pas tellement mieux : il est au service d’un des six cents princes que compte l’Inde, et il n’est pas tombé sur le plus futé de tous. Un meurtre a même été commis, et personne ne se presse véritablement pour tenter de le résoudre – sauf Peabody. Je ne vous parle même pas de l’autre représentant de la couronne britannique, le très pincé Batterbury-Woods, qui attend sa très belle fiancée (du moins, son portrait est magnifique et il ne cesse de le regarder.

Peabody ne manque pas d’humour, ses méthodes sont tout sauf orthodoxes. Son physique n’est pas celui d’un jeune premier, ses espoirs non plus, mais j’ai vraiment apprécié le temps que j’ai passé avec lui, le voir mener par le bout du nez ceux qui étaient sensé l’espionner. Après quarante années passées en Inde, Peabody connaît bien la musique, mieux sans doute que le pasteur et sa jeune femme qui n’auront de cesse de trouver un climat plus clément – mais ce n’est pas Peabody qui le leur reprochera.

Plus qu’un roman policier, Peabody se mouille nous montre les luttes de pouvoir qui peuvent se jouer partout, même dans une toute petite principauté – et comment des puissances extérieures peuvent y mettre leur grain de sel. Quant aux promesses de changement après une révolution de palais, je vous laisse imaginer ce qu’elles deviennent une fois la révolution effectuée.

J’ai déjà commencer à lire le tome suivant, au titre fort évocateur : Peabody secoue le cocotier.

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L’assassinat de Gilles Marzotti de Christophe Desmurger.

.Présentation de l’éditeur :

Raoul est un écrivain qui commence à être reconnu, il vit avec sa compagne Nicole et dirige une entreprise prospère. Il est plein de projets et d’énergie. Mais il ne peut s’empêcher de dépenser plus qu’il ne gagne. Hanté par les dettes et les crédits, il leur donne un visage, celui de son banquier Gilles Marzotti.

Merci aux éditions Fayard et à Marie, leur attaché de presse, pour ce partenariat.

Mon avis :

Le titre compte double. Est-ce Gilles Marzotti qui est assassiné ou est-ce lui qui assassine ? Il est un personnage récurrent dans ce roman, celui qui ancre le narrateur dans le réel économique contemporain, celui qui va également focaliser toute la haine contre lui. Gilles Marzotti, un banquier ordinaire.
Le roman commence quasiment par la fin, et c’est là que nous rencontrons le narrateur. Quitté par Nicole, la femme qu’il aime, séparé par la force des choses de son fils Matteo, Raoul est un romancier qui ne parvient plus à écrire. Aussi, tout le reste du roman, en dépit de moments de joie certains (la parution de son roman, la naissance de son fils) ne peut qu’aboutir à cette désillusion finale. Reste à savoir justement comment Raoul en est arrivé là.
Raoul et Nicole, Nicole et Raoul, deux artistes aux prénoms hors du temps – seul Matteo, leur fils, est bien ancré dans les années 2000. A travers eux, l’auteur posent la question de la création artistique : Raoul et Nicole ne vivent pas hors du temps, d’ailleurs Raoul apprécie d’offrir à sa compagne des signes de réussite sociale, que ce soient des vacances ou une belle voiture. Leur paradoxe est là : ils sont des artistes, mais aussi des consommateurs. Leur situation est tristement banale : l’un ne sait pas gérer un budget, l’autre ne semble pas s’y intéresser, du moins pas avant que les difficultés n’interviennent, leur fibre artistique n’a rien à voir là-dedans puisqu’ils ne se sont pas endetter pour créer mais pour avoir un certain confort (et pour avoir été aussi négligent).
La création est bien là, mais passe au second plan face à la dépression dans laquelle plonge Raoul. Elle n’est pas nommée puisqu’il est dedans et qu’elle l’empêche de voir, de comprendre. En même temps, le fait de nous focaliser sur Raoul nous empêche véritablement de connaître ceux qui l’entourent : lors du dénouement, il n’y a pas que Raoul qui sera surpris, le lecteur aussi. Il permet aussi d’utiliser des ellipses : nous ne pouvons pas savoir toutes les étapes de la dégringolade de Raoul, puisque lui-même se voile la face.
Reste la question de l’assassinat de Gilles, ou plutôt de savoir ce qui fait de nous un assassin ? Est-ce l’acte en lui-même ou le fait de le désirer ? Pour moi, la réponse est évidente – et ce n’est pas le questionnement du narrateur qui me fera changer d’avis.

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Traitors gate d’Anne Perry

Présentation de l’éditeur :

Sir Arthur Desmond, mentor du commissaire Thomas Pitt, est retrouvé mort dans un club londonien. Accident ? Suicide ? Son fils n’y croit pas et demande à Thomas d’enquêter.
Pendant ce temps, au ministère des Colonies, un traître divulgue à l’Allemagne des informations sur la politique anglaise en Afrique. Or, Desmond travaillait aux Affaires étrangères et avait porté des accusations contre le gouvernement au sujet des colonies. Les suspects : un groupe d’hommes très influents et fort soucieux de leur réputation. C’est alors que le corps d’une aristocrate londonienne est découvert dans la Tamise… Thomas Pitt et sa femme vont risquer leur vie dans cette intrigue qui mêle souvenirs, amitié et affaire d’État. C’est toute l’expansion de l’Empire qui est en jeu.

Mon avis :

Il est des auteurs qui nous promènent pendant une centaine de pages avant de commencer leur intrigue. Rien de tel avec Anne Perry : dès les premières pages, nous sommes plongés dans le vif du sujet. Et quel sujet ! Le mentor de Thomas Pitt est décédé, son fils ne peut croire à un accident, et il prie Thomas Pitt d’enquêter. Lui non plus ne croit pas à une mort naturelle, en dépit du verdict qui est donné, et le commissaire est loin d’être une buse. S’il n’a pu sauver son mentor, il peut au moins veiller sur son fils (les accidents arrivent vite…) et rendre la justice, même si rares sont ceux qui la désirent.

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas tant sur l’Angleterre en tant que telle que nous renseigne cette enquête, mais sur son expansion coloniale. Les luttes de pouvoir se poursuivent bien loin des îles britanniques, et voir un autre pays européen accroître ses colonies est impensable. Autant dire que tous les coups sont permis. Jamais, je crois, dans une enquête, je n’aurai autant senti le danger qui planait autour de Pitt, et la nécessité de mener l’enquête à bien, afin de se prémunir contre lui. Et pourtant, ce n’est que le début : Pitt aura encore de redoutables adversaires à contrecarrer.

Une des meilleures enquêtes de Thomas Pitt.

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Le bourreau de Hyde Park

Présentation de l’éditeur :

La découverte de corps décapités dans Hyde Park fait resurgir une peur que les Londoniens n’avaient plus ressentie depuis Jack l’Éventreur. Et si , Thomas Pitt, récemment promu commissaire, ne trouve pas très vite le coupable, on ne donne pas cher de sa tête ! Un premier cadavre est retrouvé sur un bateau, puis un second dans un kiosque à musique. Les indices sont biens maigres. Y a-t-il un point commun entre les victimes, un officier de marine respecté et un musicien ?

Mon avis :

Thomas Pitt a été promu commissaire, ce qui ne plaît pas à tout le monde : n’est-il pas un « homme du peuple » ? Sa première enquête ne s’annonce pas facile, puisqu’aucun faux pas ne lui sera pardonné. Charlotte, de son côté, décore leur nouvelle maison. Est-ce à dire qu’elle cède à la frivolité ? Point. Elle partagera d’ailleurs les inquiétudes de son mari. Londres n’est plus une ville sûre. L’a-t-elle seulement été ?

Ce n’est pas tant que le rythme de l’enquête est lent, c’est que l’enquête est tout sauf facile à résoudre. Pas de mobile apparent, pas de point commun entre les victimes, et les personnes qui ont découvert les corps auraient fortement aimé être ailleurs ! En revanche, le lecteur peut à nouveau, et comme dans tous les romans d’Anne Perry, découvrir une analyse fine de la société de l’époque, de la place des femmes, de leurs droits, pour ne pas dire plutôt leur absence de droit, y compris au sein de leur foyer. Je ne vous parle pas non plus de la place des hommes, du moins de ceux qui ne correspondent pas à ce que la (bonne) société attend d’eux.

Le bourreau de Hyde Park est une enquête de Thomas Pitt très réussie.

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Jeu de miroirs d’Andrea Camilleri

Mon résumé :

La rivalité entre les deux familles mafieuses de Vigatà semblait terminer. Et bien non ! Elle continue, sur fond de trafic de drogue. Mais ce n’est pas le problème principal de Montalbano : il doit d’abord s’occuper de deux explosions qui, si elles n’ont fait aucune victime, n’en demeurent pas moins hautement problématique. N’oublions pas non plus la charmante nouvelle voisine de Salvo, qui lui manifeste beaucoup (trop) d’intérêt.

Mon avis :

J’aime les romans d’Andrea Camilleri, et peu m’importe le résumé ou les critiques : je les achèterai et les lirai le plus rapidement possible. Jeu de miroirs n’a pas fait exception à la règle, et je ne le regrette pas. J’aime retrouvé Mimi, Fazio, et bien sûr l’inénarrable mais finalement indispensable Catarella.
Il semble pourtant ne strictement rien se passer – ou presque. Des explosions, sans aucune victime, sans mobile apparent, ou plutôt avec un mobile que l’on a pris tant de peine à dissimuler que Montalbano se doit de ne surtout pas se laisser éblouir par tout ce qu’on lui montre.
A ce petit jeu, sa toute nouvelle voisine est experte. Elle fait tout pour l’attirer dans ses bras, de manière subtile d’abord puis… nettement moins. Le problème pour Montalbano n’est pas tant d’être dupe – il ne l’est pas, et peut aussi bien enquêter sur sa propre vie privée que sur une enquête policière. Le problème est de résister – la chair est forte, elle ne se laissera pas dominer si facilement par la raison.
Comédie ou tragédie ? Au début de l’intrigue, la première domine. On peut presque entendre les portes claqués, dans le chassé-croisé des maris et des amants. Même les appels de Livia, l’éternelle fiancée, vire systématiquement à la scène de ménage. Puis, peu à peu, la tragédie s’insinue dans l’intrigue, comme si, en dépit du temps qui passe, en dépit des nouvelles manières de s’enrichir en contournant la loi ou de pourrir la vie des enquêteurs en utilisant les moyens de communications modernes, certains regrettaient le bon vieux temps des bons vieux règlements de compte.
Jeu de miroir plaira aux fans du commissaire – et j’espère qu’il lui permettra d’en avoir d’autres !

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Nid de guêpes d’Inger Wolf

nid de guêpesMon résumé :

Le corps d’un adolescent, disparu depuis deux jours, a été retrouvé, atrocement mutilé. Daniel Trokic et les siens enquêtent.

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Mon avis :

Si ce livre avait été ma première rencontre avec l’auteur, je ne pense pas que j’aurai poursuivi l’aventure. Premier tome à être paru en France, mais pas le premier à avoir été écrit, Nid de guêpes me semble moins abouti que les autres volumes.
Il est question de meurtre, d’un tueur en série potentiel, d’un homme qui s’est échappé d’un asile psychiatrique mais que tout le monde décrit comme « gentil » et de la vie personnelle des enquêteurs. Certes, on ne peut empêcher les policiers d’avoir une vie personnelle – même si dans la vie réelle, tout est un peu plus compliqué – mais je trouve que Lisa a vraiment beaucoup de soucis en même temps, entre le décès de sa mère, ses disputes avec son compagnon et son désir d’avoir un enfant. Je parle de « vie réelle » parce que les enquêteurs revendiquent ce réalisme, se gaussent des experts, que tout le monde suit au Danemark, quand ils ne se moquent pas ouvertement des films policiers très peu réalistes. Alors pourquoi ai-je cette impression d’étrangeté, de ne pas être dans une enquête crédible ?
Peut-être parce que le lecteur passe plus de temps avec d’autres personnages qu’avec les enquêteurs ou les personnes interrogées – à vrai dire, assez peu, les interrogatoires, l’analyse des preuves ne sont pas le point fort de ce roman. Non, nous passons plus de temps avec Sander, qui souffre de troubles mentaux et de l’assassin : pour ce dernier, je me passerai volontiers des chapitres dont il est le centre. Sander enquête, lui aussi, sur l’origine de ses cauchemars, sur son passé, ce qui occupe une bonne partie du roman.
Il est question aussi d’enfants et de parents. On ne peut qu’être choqué par la maltraitance dont sont victimes certaines enfants, et du manque de suivi psychologique après les tourments qu’ils ont enduré. La maltraitance peut être plus insidieuse – et même si la police arrête certains « trafics », je suis assez d’accord avec ce que dit Daniel Trokic : Trokic avait parfois du mal à saisir exactement pourquoi les gens faisaient des enfants. Alors que c’était leur choix, leur responsabilité, ils passaient leur temps à se plaindre des soucis que leur apportait leur progéniture. Et ils continuaient à faire grossir la masse de cette nation d’enfants gâtés et surprotégés infoutus de glisser une pièce de monnaie dans un distributeur de tickets de bus et qui deviennent hystériques à la moindre contradiction.

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet de Reif Larsen.

Mon résumé :

TS Spivet est passionné par la cartographie. Il cartographie tout, note tout. Un beau jour, il reçoit un appel inattendu du prestigieux musée Smithsonian qui lui annonce qu’il a reçu le très prestigieux prix Baird et qu’il est invité à venir faire un discours. Pensant que sa famille ne le comprendra pas, TS entreprend la traversée des Etats-Unis.

Une lecture commune rédigée avec deux jours de retard, avec Mon univers des livres , Entre les pages , et Linda.

Mon avis :

Il est difficile de parler de ce livre de littérature jeunesse, tant il est bien plus que cela. Il nous parle à la fois de la famille, de l’Amérique des cow boys taiseux, des grandes plaines et des insectes inconnus. Il nous parle d’un jeune garçon prodige qui effectue un voyage initiatique à travers l’Amérique, comme les vagabonds des rails, un garçon qui va vers son futur et découvre le passé de sa famille. Un garçon qui a perdu son frère et qui, pourtant, vit constamment en se souvenant de lui. Livre à part et inclassable, il est autant à lire dans le texte que dans tout ce que l’auteur a construit, écrit à côté de ce texte principal. Plus qu’un livre à chroniquer, un livre véritablement à lire.

Les séries policières

Je profite de ce mois du polar pour parler des séries policières qui envahissent nos écrans télévisées. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est difficile de trouver une série non policière, mais presque.  Quel que soit le jour de la semaine, il est possible, j’en suis presque sûre, d’en trouver une à regarder. D’ailleurs, pendant que je mets la dernière touche à cet article, je  regarde un épisode de Maigret avec Bruno Cremer. Et si certaines séries sont excellentes, d’autres sont désolantes. Voici le genre de phrase ou de situation que je ne supporte plus de voir ou d’entendre.

« J’ai besoin d’être seul(e). » Réplique valable pour n’importe quelle série ou téléfilm, quand le scénariste ne sait plus comment terminer la scène.
« J’ai l’intuition qu’il/elle n’est pas coupable. » A se demander ce que l’enquêteur a appris à l’école de police. Ou comment il a eu son concours. Suivre son intuition, et ne conserver que les preuves qui la confirment, n’est-ce pas le début d’une erreur judiciaire ? Petite précision : cette phrase est très souvent prononcée par une femme.
– L’enquêteur a de gros problèmes familiaux, qui occupe une bonne partie de l’épisode. C’est très méchant, mais je m’en fous un peu.
L’enquêteur n’a pas de problèmes familiaux, mais sa vie de famille occupe une bonne partie de l’épisode. Il faut bien meubler la vacuité du scénario.
La fliquette fait une fausse couche/accomplit un acte héroïque qui provoque la fausse couche. Oui, c’est en contradiction avec ce que j’écris plus haut, mais cela simplifie la vie des scénaristes.
– L’enquêteur a une tumeur au cerveau, en fin de saison, et l’on ne sait s’il survivra. Il serait intéressant de confronter les statistiques et la réalité.
Le présumé coupable/le suspect principal est abattu par la police/se suicide. Du coup, d’un simple point de vue judiciaire, l’affaire risque de ne jamais être résolue, puisque sans procès, le suspect ne sera jamais, aux yeux de la loi française, un coupable. Je vous laisse compter, si vous en avez la patience, le nombre de séries françaises qui ont recours à ce dénouement.
Et vous, qu’est-ce qui vous agace dans les séries policières ?

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Cripple creek de James Sallis

Présentation de l’éditeur :

John Turner est un ancien taulard, ancien flic, un temps thérapeute, au passé fait de meurtres et de violence et qui s’est finalement réfugié près d’un lac où il n’aspire qu’à l’oubli. L’endroit semble idéal. A peine installé pourtant, il devient l’adjoint du shérif local et arrête un chauffard qui traversait la ville ivre mort avec 200000 dollars dans son coffre. Au petit matin, alors que personne n’a été prévenu, le prisonnier est  » extrait  » de sa cellule par un commando qui blesse grièvement deux policiers. John Turner, bien loin de se douter qu’il va libérer les chiens de son passé, part sur la route à la poursuite de cet inconnu désormais en cavale.

a sharon pour logo polar2(1)Mon avis :

Livre lu d’une traite – et fort passionnant. Un an s’est écoulé depuis Bois mort, et il ne s’est pas passé grand chose dans cette petite ville perdue du fin fond du Tennessee. Ou plutôt, il ne s’est passé que des événements très ordinaires, la vie quotidienne dans une ville banale. Puis survient l’événement qui secoue tout le monde : une évasion ! Personne ne croyait que c’était possible, pas même John Turner. Ce qui frappe est réellement la brutalité des faits. Nous ne sommes pas dans une série télévisée, ni dans un film, rien n’est lisse, et la violence peut faire irruption, laisser de vastes dégâts,et s’en retourner plus loin.
Alors oui, John Turner est confronté à son passé….même si son enquête n’a rien à voir avec son passé. Passé bien vivant, passé mort, il ne s’agit pas de régler ses comptes avec lui mais de vivre avec lui, et avec tous les souvenirs qui envahissent John. Ses souvenirs, les souvenirs des autres, de l’époque où il était thérapeute, souvenirs qu’on lui raconte, et pour lesquels il doit vite passer le relais – le présent est déjà assez difficile sans que le passé n’interfère.
Dans cette Amérique profonde, vivre les armes à la main semble naturel. Se venger pour un oui pour un non, comme au bon vieux temps de la conquête de l’Ouest aussi. Combien de paumés, de laissez-pour-compte pourrait-on recenser ans ce roman ? Comment trouver un métier, le garder, quand on est confronter à beaucoup trop d’horreurs ? Reprendre la route est tentant parfois – tant qu’il y a quelque chose au bout de la route, une rencontre, un amour, bref, autre chose que la mort, véritablement inséparable de la vie dans ce second tome de la trilogie du Tennessee. Un roman à recommander à tous ceux qui veulent voir et lire l’Amérique autrement.

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