Archive | février 2016

Au rendez-vous des mariniers de Frédéric Vitoux

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’un restaurant populaire dans l’île Saint-Louis, où l’on prenait ses repas à même le marbre des tables et où la patronne présentait l’addition sur une ardoise. Son enseigne ne trompait pas : Au Rendez-vous des Mariniers…
Au 33, quai d’Anjou, s’y donnèrent rendez-vous, de 1904 à 1953, les habitants du quartier, les patrons des péniches amarrées sur les berges et les blanchisseuses des bateaux-lavoirs tout proches…

Merci aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est plus facile de parler d’un roman que de parler d’un récit. Le personnage principal de ce livre est le restaurant, le bistro plutôt : Aux rendez-vous des mariniers. Ce bistro vécut presque un demi-siècle, quasiment l’espérance de vie d’un homme au XIXe siècle. Trois familles se succèdent à la tête du restaurant, qui chacune imprima sa patte à ses lieux.
Banal restaurant ? Non. Et s’il a intéressé l’auteur, ce n’est pas uniquement parce qu’il est lié à son histoire personnelle. C’est aussi parce qu’il fut le lieu de rendez-vous, pour ne pas dire aussi d’inspiration, d’écrivains de tout bord. Certains sont toujours très connus de nos jours, tels Aragon, qui met en scène le restaurant dans Aurélien ou Simenon, qui, s’il ne le cite pas, a toujours montré son attirance pour le monde des mariniers. D’autres sont injustement oublié, tel Jean de La Ville de Mirmont, poète tué pendant la première guerre mondiale. Il est intéressant de voir comment des créateurs se sont croisés en ses lieux, Dos Passos et Hemingway, qui n’étaient pas encore les auteurs renommés qu’ils sont devenus. Plus étonnant, ce dîner qui réunit Ramon Fernandez, Céline et François Mauriac, en 1933.
Frédéric Vitoux ne prétend pas tout savoir sur l’histoire de ce lieu. Il s’appuie sur une documentation solide pour retracer l’histoire des lieux, et pose des hypothèses, romance un peu, il précise aussi ce qu’il ignore, comme le devenir des premiers patrons des lieus, ceux qui, finalement, ont véritablement crée le rendez-vous des mariniers. Madame Leconte devait être non seulement une excellente cuisinière, mais aussi une maîtresse femme pour avoir su attirer autant de clients différents sur son île.
Le risque est peut-être là, aussi, pour ce livre: que son audience soit limitée parce qu’il parle d’un petit coin de Paris, d’une époque révolue. J’aimerai, pour ma part, qu’il redonne envie de lire certains auteurs.bannière vle2Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016-150x134

Cold in hand de John Harvey

Présentation de l’éditeur (extrait ) :

Le jour de la Saint-Valentin, une confrontation entre gangs rivaux dégénère et une adolescente est tuée. Lynn Kellogg, collègue et maîtresse de Charlie Resnick, est impliquée dans la fusillade. Le père de la jeune fille décédée cherche à lui faire porter le chapeau, l’accusant de s’être servie de la victime comme bouclier humain. Charlie Resnick tente d’aider sa partenaire à se sortir de cette situation.

Mon avis :

Après avoir lu l’avis de Cannibal lecteur, notre Belette du polar sur un roman de John Harvey, j’ai eu envie de découvrir cet auteur. Je suis donc allée à la bibliothèque et j’ai emprunté ce titre, qui était disponible.
Rien ne va bien au Royaume de sa très gracieuse majesté. Des gangs rivaux passent leur temps à se quereller et parfois, il y a un mort. La bonne question n’est pas : que fait la police ? La bonne question est : que font les parents ? Ils sont trop occupés à mener leur vie d’adulte, de couple, voir d’amoureux pour apporter le temps, le soin à leur progéniture, qui n’est pourtant pas là par hasard. Ils ferment les yeux, aussi, parfois, parce que c’est tellement plus facile de dire que l’on ne sait rien, ne voit rien, ne sent rien non plus.
La police enquête, et pas toujours adroitement – avec le recul du lecteur, il est facile de dire que, tout au long du récit, Charlie s’implique trop, en fait trop. Il n’est pas le seul d’ailleurs, comme si la subtilité n’était pas la marque de fabrique de ses messieurs de la police. Sa compagne (pourquoi le quatrième de couverture dit-il qu’elle est sa maîtresse ? Ils vivent ensemble, et n’ont d’autres engagements que le leur), comme d’autres enquêteurs, en plus du traumatisme subi et des menaces endurées, jongle avec plusieurs enquêtes, dont une lui tient particulièrement à coeur : le meurtre d’une prostituée et la protection des deux seuls témoins dont elle dispose. Il est des morts qui ne pèsent pas lourds face à d’autres intérêts.
Et tout bascule, coupant le roman en deux. Non, je ne vous dirai pas comment, mais nous avons des pages particulièrement poignants, crues, réalistes, mettant en scène Charlie, en solitaire. D’autres enquêtes surviennent : il en faut beaucoup pour arrêter les crimes, même les inondations qui ravagent le sud du Yorshire. Et si Charlie est « inapte au travail », il est d’autres enquêteurs qui prennent leur métier à coeur, tout en gardant la distance nécessaire pour faire éclater la justice et la vérité. Dommage qu’ils ne soient pas tous ainsi.

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Brunetti entre les lignes de Donna Leon

Présentation de l’éditeur :

En ce maussade lundi de printemps, le commissaire Guido Brunetti pensait n’avoir rien d’autre à faire que de lire des rapports, quand il reçoit soudain un appel fiévreux de la directrice d’une prestigieuse bibliothèque vénitienne. Plusieurs livres anciens et de grande valeur ont été endommagés, d’autres ont même disparu. Les employés soupçonnent un chercheur américain venu à plusieurs reprises consulter les livres, mais pour Brunetti, quelque chose ne colle pas. Prenant l’affaire en main, le commissaire commence par enquêter sur les visiteurs réguliers de la bibliothèque et en conclut que le voleur n’a pas pu agir seul. Mais quand l’un des suspects est retrouvé mort chez lui, l’affaire prend une tournure beaucoup plus sinistre.

Merci aux éditions Calmann-Levy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Les fans du commissaire Brunetti seront ravis. Le commissaire ne change pas : il est toujours aussi consciencieux, et tant pis si son supérieur a d’autres préoccupations. Ceux qui sont sous ses ordres, à commencer par Elettra, lui sont entièrement dévoués, et effectuent tout ce qu’il leur demande. D’un autre côté, il ne demande jamais rien qui ne soit pour le bien de l’enquête. Heureux en ménage, Brunetti n’a pas non plus de soucis avec ses enfants ou ses beaux-parents : la sérénité de sa vie privée est assez rassurante.
Les thèmes de l’enquête tranchent aussi avec la violence d’autres polars actuels. Pourtant, la violence est bien là, dans le pillage systématique de la culture italienne. Des livres anciens sont mutilés, volés, qui s’en inquiètent véritablement ? Certainement pas les hommes politiques italiens. La culture n’a plus rien à faire là-dedans, au contraire du désir de possession, de la volonté d’épater les autres. Dans le même registre, on peut trouver les dérogations pour le passage des gigantesques bateaux de croisière – et tant pis pour Venise et ses vieilles pierres.
Il n’est pas que les hommes politiques qui en prennent un coup, les hommes d’église ne sont pas épargnés, ceux qui ne le font que par désir de pouvoir, et peu leur importent les dégâts qu’ils causent.
Deux regrets cependant : le dénouement est un peu trop abrupte et j’aurai véritablement aimé revoir certains personnages qui nous quittent au beau milieu du récit.

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Pourquoi le lion est-il le roi des animaux ?

Présentation de l’éditeur :

Pourquoi le lion est-il le roi des animaux ?
Pourquoi la girafe a-t-elle un si long cou ?
Deux histoires pour revisiter, avec humour, la vie de la jungle et ses légendes.

laboxdepandore_partenaire_halloween_sMon avis :

Voici un album qui était contenu dans la box de pandore, box pour enfant de janvier.
Ce livre contient deux très bons contes qui font l’éloge de la différence et du vivre ensemble. Dis ainsi, cela semble presque pompeux. Et pourtant… cette album montre que chacun a ses défauts, mais aussi ses qualités, et qu’il est parfaitement possible de vivre les uns avec les autres. Les illustrations sont très belles, très colorées, et devraient plaire aux enfants.

L’archange du chaos de Dominique Sylvain

Mon résumé :

Une femme est retrouvé morte. Elle a été torturée. Le groupe mené par Bastien Carat enquête.

Mon avis :

Cette lecture est paradoxale. Autant j’ai pris plaisir à lire ce livre, quasiment d’une traite (et vu le sujet, c’est vraiment paradoxal), autant je me dis que si je me penche trop et me mets à analyser l’intrigue, je risque de ne plus vraiment apprécier.
Là, tout de suite, je pense à Pandemia de Franck Thilliez – mais ce roman avait un plus grand souffle épique. Je pense aussi à des séries télévisées – et là, c’est catastrophique.
Le début de l’intrigue – déjà lu. Les liens entre les membres de l’équipe – le vieux briscard qui a été écarté, la jeune recrue qui rue dans les brancards et cache un lourd passé, le chef de groupe très attaché à sa femme… J’en passe et des meilleures. J’essaierai de ne pas vous parler de certaines péripéties, vraiment tirées par les cheveux. Je ne vous parlerai pas non plus du mobile, qui aurait gagné à être creusé davantage, ni de l’identité du coupable, qui était certes surprenante mais aussi décevante, parce que moyennement crédibles. Et je ne puis m’empêcher de repenser aux fameuses péripéties peu crédibles – les policiers français prennent-ils donc si peu de précautions qu’il est facile de les berner ? Les coïncidences existent, mais celles qui apparaissent dans ce roman, j’ai eu l’impression de les croiser une dizaine de fois, dans des séries télévisées.
J’ai oublié de préciser que les enquêteurs avaient presque autant de problèmes psychologiques que leurs suspects. Cela aussi, c’est inquiétant. Je ne parle pas de troubles dus à ce qu’ils vivent au quotidien (voir sur le sujet l’excellent Burn Out de Didier Fossey, ou les romans d’Olivier Norek), non, je parle de troubles indépendants de leurs professions – ou presque, parce que, pour l’un d’entre eux, nous rencontrons les clichés liés à la profession de policier.
Un dernier regret, même si la lecture reste sympathique : mis à part Bastien Carat et Franka les personnages manquent cruellement de charisme.

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La mort et un peu d’amour d’Alexandra Marinina

Mon avis :

Je commence cette série par la fin, ou du moins, par l’un des derniers tomes parus. Anastasia, l’héroïne, qui travaille dans la milice, va se marier. Sans grand enthousiasme, me semble-t-il : son compagnon (ils sont en couple depuis quinze ans) l’a demandé maintes fois en mariage, et c’est seulement maintenant qu’elle accepte, parce qu’elle se rend compte que personne ne la connaît mieux que lui, qu’il sait exactement ce qu’elle aime. Son petit frère Alex s’est débrouillé pour que lui et sa soeur puissent se marier le même jour. Pas dans le même bureau d’état civil cependant, puisqu’ils ne dépendent pas du même (subtilité russe – nous en apprendrons quelques-uns en lisant ce volume). C’est beau, la tendresse fraternelle. Cependant, Anastasia ne veut pas d’une grande fête, juste le minimum – en gros, le mariage ne prendra pas plus de dix minutes, et elle sera vêtue « comme tous les jours ». Note : je ne suis pas très mariage, mais je ne vois pas l’intérêt de se marier si on attache si peu d’importance à la cérémonie.

Tout se passe selon ses voeux. Tout ? Non : elle a reçu une lettre de menace, et si elle l’a signalé à qui de droit, il est hors de question pour elle de renoncer à se marier. Pire : un meurtre est commis juste après son mariage, et un second a eu lieu juste avant. Même si Anastasia est en congé, elle enquête tout de même, elle est même sur plusieurs affaires en même temps. Elle débauche même le photographe de la cérémonie pour l’aider ! Elle découvre ainsi qu’elle n’est pas la seule à avoir reçu une lettre de menace – mais la seule à avoir porter plainte, toutes les autres victimes pensaient connaître la personne qui les avait menacées.

Bien sûr, j’ai lu ce livre avec mon regard d’occidentale – et je n’ai pu m’empêcher de penser à la manière dont l’enquête se serait déroulée si nous avions été en France. Anastasia n’est pas à proprement parlé une enquêtrice, elle est une analyste qui ne va pas (encore) sur le terrain, ce qui explique certaines « bourdes » initiales. Sa vie privée et familiale envahit le roman – en est-il de même dans les autres tomes, ou est-ce seulement à cause de ses circonstances particulières ? Les moyens de communication entre les services sont très minces – même le téléphone fait défaut.

Plus encore, c’est une immense solitude qui se dégage de ce roman. La famille traditionnelle est aux oubliettes. Les mariages sont des sources de conflits entre parents et enfants – et parfois, ce sont les parents les mariés ou les re-mariés. Anastasia elle-même est issue de parents divorcés, et sa mère vit séparée de son second mari, du moins, jusqu’au début du roman. Quant aux couples, ils semblent parfois être davantage un partenariat plutôt qu’une union amoureuse – et les conjoints se méconnaissent souvent profondément.

En fait, peu de personnages sont véritablement sympathiques dans ce roman. Elia et Valeri, le jeune couple dont le mariage a été retardé, ne font pas exception à la règle. Il n’est guère que la mère de Valeri qui sorte du lot – et, malgré tout, Anastasia, capable de véritablement ressentir de l’empathie. Une dernière mention spéciale pour les trois « mafieux » qui complotent au parc avec leurs chiens comme témoin et prétexte.

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L’auteur de ma vie de Claude Arnaud

Présentation de l’éditeur :

Il avait passé sa vie à vouloir être d’autres, à emprunter l’identité de ses frères puis de ceux qu’il aimait. Ayant surmonté la mort de sa mère et le suicide de son aîné, vécu avec un homme puis un autre, il  pensait s’être trouvé. Mais son monde vole en éclats lorsqu’un deuxième frère disparaît en mer et que son père meurt. À tout juste quarante ans, Claude Arnaud devient le patriarche d’une famille de fantômes.
La découverte d’Haïti et l’amour retrouvé, auprès d’une femme, lui permettront de reprendre goût à la vie et d’ordonner enfin, par l’écriture, les morceaux de son existence.
L’histoire de cette renaissance est universelle : elle interroge ce qui, en chacun de nous, subsiste quand tout s’effondre.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est un court récit autobiographique, à la fois symbole de naissance et de mort, dans lequel l’auteur revient sur la disparition de ses frères et sur la construction de son identité.
Ce qui domine est véritablement l’analyse, davantage que des confessions impudiques. Il décrit les fluctuations de sa sexualité, au gré de ses amours, sans jamais sombrer dans le trivial. La complexité du désir et des amours suffit amplement. Il s’interroge sur le fait que ni lui ni ses frères n’ont fondé de famille. Il glisse en passant sur le fait que sa mère souhaitait une fille, sans creuse plus avant, peut-être en parle-t-il dans un autre ouvrage.
Si j’ai parlé de symbole de mort et de naissance, c’est parce que Claude Arnaud revient sur le suicide de son frère aîné, sur la disparition de son second frère. Il cherche non pas à s’apitoyer sur leur sort, mais à les rendre vivant à travers les pages de ce livre. Lui-même dut se remettre en question, reconstruire son identité. Ne prenez pas ce livre pour ce qu’il n’est pas, c’est à dire un manuel de « pensée » et autre « philosophie positive » comme il y en a tant. IL raconte sa reconstruction, laissant le temps passé depuis assurer sa consolidation.
Il nous parle aussi des époques qu’il a traversées, des rencontres qu’il a faites, et du devenir douloureux de certains proches (pas seulement ses frères) comme si mai 68 et le désir de changement avaient aussi miné les êtres qui avait vécu cette période et s’étaient imposé trop de changement pour se construire. Vous l’aurez compris, ce livre n’est pas une lecture toujours plaisante, encore moins facile. Cependant, je pense que ceux qui apprécient cet auteur se laisseront tenter.

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L’enfer de church street de Jake Hinkson

Edition Gallmeister – 234 pages.

Emprunté aujourd’hui, lu et chroniqué dans la foulée.

Présentation (excellente) de l’éditeur :

Alors qu’il est victime d’un braquage sur un parking, Geoffrey Webb propose à l’agresseur de lui donner tout ce qu’il veut à condition qu’ils partagent ensemble cinq heures en voiture jusqu’à Little Rock dans l’Arkansas. Webb a quelque chose à dire et a besoin de se confesser, même avec un forcené.

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Mon avis :

Road movie ? Pas vraiment. Geoffrey Webb est pris en otage, oui, mais le lecteur ne saura pas ce qui se passe pendant le voyage qui part de l’Oklahoma pour nous mener dans l’Arkansas. Nous aurons le départ – arme au poing – et l’arrivée – pas dans de meilleures conditions. Pendant le voyage, nous entendrons le récit de Geoffrey Webb. Je ne dirai pas sa confession : Webb ne cherche pas l’absolution, juste une oreille attentive.

Dire que la famille et l’église en prennent pour leur grade dans ce roman est presque un lieu commun. Parmi les hommes d’église que nous rencontrons, lesquels croient réellement en ce qu’ils disent ? Frère Card, certainement, sa femme aussi, et ils nous montrent que l’extrémisme religieux est partout. Bien que chrétienne, je me suis soudain sentie presque agnostique face à tant de rigidité.  Ou comment l’on en vient à se disputer pour des broutilles tout en se disant croyant (« aime ton prochain comme toi-même » est passé depuis longtemps aux oubliettes). Pour les autres je reste réservée – et je ne parle même pas du narrateur, Geoffrey. Il maîtrise parfaitement le discours religieux, qui est devenu un automatisme langagier chez lui. Mais sa place dans cette petite église n’est qu’une étape pour satisfaire ses ambitions – toutes ses ambitions.

Ce n’est pas le suspens qui monte peu à peu c’est la tension, au fur et à mesure que l’étau se resserre autour de Webb. Il a eu une jeunesse difficile, il nous l’a raconté, ou plutôt il l’a raconté à son preneur d’otage. Ce n’est plus une excuse dans la mesure où quasiment tous les personnages ont eu une jeunesse difficile ! Bienvenue dans l’Amérique bien profonde, celle qui n’a même pas conscience de l’être. J’ai vraiment adoré ce livre, en dépit de toutes les horreurs qu’il racontait – ou grâce à elle ? N’hésitez pas, et venez à votre tour à Church street !

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Enterrez vos morts de Louise Penny.

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Tandis que le Vieux-Québec scintille sous la neige et s’égaye des flonflons du carnaval, Armand Gamache tente de se remettre du traumatisme d’une opération policière qui a mal tourné. Mais, pour l’inspecteur-chef de la SQ, impossible d’échapper longtemps à un nouveau crime, surtout lorsqu’il survient dans la vénérable Literary and Historical Society, une institution de la minorité anglophone de Québec. La victime est un archéologue amateur connu pour sa quête obsessive de la sépulture de Champlain. Existerait-il donc, enfoui depuis quatre cents ans, un secret assez terrible pour engendrer un meurtre ?

Mon avis :

Il est parfois facile de présenter un livre derrière un écran, bien plus facile que si l’on était « dans la vraie vie » et que je doive défendre ce livre avec mes seuls mots, face à des personnes qui ne l’auraient pas lu, et n’auraient pas forcément envie de le lire après avoir entendu mon opinion, pour de très mauvaises raisons.
Enterrez vos morts est un coup de coeur absolu, un livre marquant, un livre que je n’ai pas eu envie de finir. Un livre à lire aussi avec des mouchoirs à porter de main. Même si Louise Penny ne donne pas dans le pathos, l’émotion est là, bien réelle.
« Alors, chaque nuit, Henri, l’agent Morin et lui allaient se promener. » Cette phrase a pour moi une perfection formelle rare, de par sa simplicité, de par tout ce qu’elle signifie en ayant l’air extrêmement simple. Elle fait sens, immédiatement, à la lecture. Peut-être fera-t-elle ricaner parce qu’elle est trop simple, parce que ce qu’elle raconte va à l’encontre de leur croyance. Oui, je fais dire beaucoup à une simple phrase. Et elle n’est pas la seule qui pourrait être analysée ainsi.
Louise Penny dédie son livre à ceux qui accordent des secondes chances et à ceux qui les saisissent. Enterrez vos morts est l’histoire d’une seconde chance – pour Gamache. Avez-vous déjà lu l’histoire d’un enquêteur qui pense s’être trompé, confie à un de ses hommes la reprise d’une enquête qu’il a lui-même mené parce qu’il pense être passé à côté de la vérité ? Non ? C’est pourtant ce que nous raconte ce livre, et pas seulement. Il nous raconte aussi la réalité de la vie au Quebec, avec les dissensions entre les communautés. Tous les québécois ne sont pas francophones, et les anglophones ont bien de la peine à exister, simplement.
Il parle d’un meurtre, aussi, celui d’un passionné, d’un monomaniaque dirait-on, une personne pour qui sa passion était toute sa vie au point de n’avoir que faire de ce qu’on pouvait penser de lui. Augustin a rendu fou tout ceux qui l’entouraient – et qui fut assez fou pour tuer ce doux dingue inoffensif ? Gamache et son ancien maître enquêtent, discrètement, parce que ce meurtre heurte bien plus de sensibilité par les recherches effectuées par la victime que par le crime lui-même. Il montre que l’équilibre au Québec entre les communautés n’est pas solide – du moins, c’est l’impression que j’ai eue, de France.
Et Three Pines, lieu de toutes les enquêtes de Gamache ? Nous retrouvons ce village qui n’est plus vraiment paisible depuis le crime qui a eu lieu six mois plus tôt.  Si Ruth la poétesse reste égale à elle-même, force est de constater que rien ne sera plus pareil dans ce village – même après le dénouement.
Enterrez vos morts est un magnifique roman, et pas seulement un roman policier.

L’encombrant de Willam Olivier Desmond

EncombrantPrésentation de l’éditeur :

Eric Beaulieu, petit brocanteur de son état, est fort embêté lorsque son vieux père ne répond plus à ses coups de fil. Lui serait-il arrivé quelque chose ? ce serait ennuyeux : le paternel a un garage en banlieue, où Eric aimerait assez planquer les deux cents kilos de hasch qu’il restera après es livraisons. De fait, le père s’est mis la tête dans un sac en plastique et en est mort, ce qui est triste. Et dangereux : avertir les flics alors qu’on a toujours pas écoulé la marchandise…

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Mon avis :

Je me présente, je m’appelle Eric, et ce n’est pas que je ne voudrai pas réussir ma vie, c’est que je voudrai qu’elle soit beaucoup plus simple qu’elle ne l’est actuellement ! J’ai la quarantaine, je suis divorcé, une fille (comme souvent dans les romans policiers), une nouvelle compagne nantie d’un petit garçon aux yeux pétillants. J’exerce la profession de brocanteur, mais en vérité, j’arrondis mes fins de mois en trafiquant un peu de drogue. Mes complices sont deux frères qui ont toujours la tête des mauvais jours. Justement, nous étions sur une affaire sans trop de souci quand ils ont voulu engager quelqu’un pour nous aider. Et c’est là que mes problèmes ont commencé.
Je serai sympa, je ne vous raconterai pas tout, parce que j’ai vécu plus de péripéties en ces quelques jours qu’au cours de toute ma vie. Même les trois années chez les paras m’ont semblé moins difficile, c’est dire. Il faut préciser aussi que j’ai dû régler les comptes avec le passé de mon père (qui venait de le rattraper), régler quelques affaires courantes, réparer les gaffes que j’avais commises et m’assurer un avenir non pas tout rose mais sans trop de souci. La vie, ce n’est pas comme les romans policiers, on ne prend pas toujours les bonnes décisions. Je dirai même qu’on ne prend jamais les bonnes décisions et qu’après, on passe son temps à faire du raccommodage.
Je terminerai par un dernier conseil : comptez toujours sur la police, elle peut vraiment être très utile.