Archive | 19 janvier 2016

Sur une majeure partie de la France

Présentation de l’éditeur :

Comment raconter cette impression de dépossession quand je retourne à la campagne ? Une campagne où je n’ai pas grandi mais où j’ai fait grandir en moi, lors des weekends et des vacances, la certitude que la beauté était en péril ?Inspiré par mes souvenirs, j’ai voulu dérouler les destins parallèles de deux enfants, Quentin et Gary, sur une période de trente années, dans un village situé à moins de 80 kilomètres de Paris, passé du paradis à l’enfer.Enfant sensible, Quentin aime profondément la nature ; Gary, lui, inquiète déjà par sa sauvagerie et son agressivité.
Mon avis :

J’ai reculé depuis plusieurs jours déjà pour écrire cette avis, que je pensais poster le 14 janvier. Je sais bien que je ne vais pas me faire que des amis après sa lecture, mais tant pis !
Le premier chapitre m’avait plu : l’auteur, avec sa famille et ses proches, part à la campagne, dans un lieu qu’il avait beaucoup aimé enfant. Là, il retrouve, presque par hasard, des personnes qu’il a connue dans sa jeunesse, et apprend qu’un jeune homme qu’il estimait beaucoup a séjourné en prison, puis a quitté la région. Pourquoi, comment Quentin s’est -il retrouvé en prison ? Tout le reste du roman, en un récit rétrospectif, va nous le faire découvrir.
Et c’est là que le bas blesse. Nous avons trois, parfois quatre récits qui se juxtaposent ou se superposent. Quentin, le gentil garçon sensible (mouais), Gary, le méchant garçon qui devient vendeur de drogue, Anne, grand amour de Quentin, et bien sûr Franck, le narrateur/personnage principal dont le récit apparaît comme un contrepoint. En effet, Franck a beau aimer la nature, il est avant tout un enfant de la ville. Quoi qu’il arrive, quelque dégringolade que connaisse le village où il passe ses week-end en famille avec ses parents, il repart ensuite à la ville, sans que les événements qui ont eu lieu n’affectent réellement son destin. Il aime la campagne, oui, certaines pages laissent transparaître son admiration devant sa beauté. Une autre, par contre, m’a franchement gênée. Je la cite, et vous laisse juge à votre tour, tout en essayant de ne pas commenter toutes les deux propositions : « Ce que j’aimais de cette époque, c’est que personne ne me disait où était le Bien, comme on l’assène aujourd’hui à l’école et dans les médias. Je pouvais tuer tous les animaux que je croisais sur ma route, tout le monde s’en fichait, la fin du monde ne hantait personne. La psychanalyse s’occupait peu de nous.Je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire : il ne faut pas tuer les bêtes, il n’y en a plus beaucoup. Ou bien : ne jette pas de papier au sol, ça pollue. J’aimais avoir le choix : je finissais souvent par faire le bon. J’aimais que ça vienne de moi ».
Je vous parlerai à peine de Quentin, ce garçon si sensible, dont le père tue les chats à coups de fusil ou de pelle – sans que cela ne choque personne, bien entendu. J’adore cet amour de la nature et cette sensibilité sélective. Oui, bon, certes, Quentin protège son frère, protège les siens (enfin, presque tous). J’ai eu l’impression tenace, finalement, que tout le mal qui déferlait sur la campagne provenait de la ville, voire de plus loin encore, comme si Quentin, Benoit, n’étaient pas responsables de leur propre destin. La violence était déjà là, la volonté de s’en sortir (ou pas) en se débrouillant aussi. La reconstitution du passé des personnages est parfois pesante.
Sur une majeure partie de la France est un roman de la campagne écrit par un citadin.

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