Le pays du lieutenant Schreiber d’Andrei Makine

97827510Quatrième de couverture :

« Je n’aurais jamais imaginé un destin aussi généreusement ouvert sur le sens de la vie. Une existence où se sont incarnés la fidélité et le courage, l’intense volupté d’être et la douleur, la révolte et la sérénité. Un homme qui a vécu à l’encontre de la haine, a aimé au milieu de la pire sauvagerie des guerres. Un soldat qui a su pardonner sans rien oublier. »

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Points pour ce partenariat.

Mon avis :

Deux hommes, un huis-clos, ou presque : le narrateur rencontre le lieutenant Schreiber dans son appartement dans lequel le vieil homme le reçoit régulièrement. Il lui annonce une défaite, son livre n’a pas trouvé son public et partira bientôt pilon. Pourquoi, ou presque ? Parce que, depuis cet appartement, le lieutenant Schreiber emmène le lecteur sur les champs de bataille de France, de Russie, sans oublier l’Espagne où il fut prisonnier. Pourquoi ce livre à l’intérieur du livre n’a-t-il pas rencontré le succès ?

Je serai tenter de dire de prime abord que le narrateur a raison : l’époque n’est plus au récit guerrier, au devoir de mémoire, quoi qu’on dise. Le combat qu’il a mené pour faire publier le texte du lieutenant Schreiber est à cet égard exemplaire de la logique économique qui régit l’édition. L’auto-fiction, oui: tant que l’on a quelque chose de croustillant à raconter. Pas le récit lancinant d’un jeune lieutenant qui guide de sa voix deux camarades blessés vers son tank, devenu lieu de survie.

Et pourtant, le livre est absolument magnifique, grâce à cette prose justement qui tient parfois de l’incantation, avec ces noms, ces phrases répétées, pour se fixer dans la mémoire du lecteur. Livre de souvenirs, oui, mais ce ne sont pas seulement les siens que Jean-Claude Servan-Schreiber nous livre à travers la plume d’Andreï Makine, c’est le souvenir de tous ceux dont la vie s’est interrompue en combattant pour la France. Nous voyons presque le livre en train de s’écrire, non dans une posture d’écrivain complaisant, mais dans un travail sur la manière la plus juste de raconter. Dans quelle mesure doit-on « séduire » le lecteur, par des anecdotes plaisantes – qui ne sont justement que des anecdotes, non la description d’une époque, d’un personnage ? Comment être le plus juste possible quand cela n’intéresse plus personne – ou quand tout dire semble devenu impossible ? Le tour de force est aussi de ne pas asséner des vérités toutes faites, ou de donner un simple constat pessimiste. Il est d’amener le lecteur à s’interroger sur ce qu’on nomme aujourd’hui le « politiquement correct » et sur une forme de censure bien-pensante.

Le pays du lieutenant Schreiber – un livre que l’on peut difficilement refermer après l’avoir commencé.

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