Archive | 22 août 2015

Les projets d’un scénariste

– Alors, et cette nouvelle série sur laquelle tu travailles ? demanda Franck, médecin légiste, à son frère, scénariste de son état.

-Je ne suis pas le seul, il y a aussi Hugo. Nous avons justement eu une réunion de travail ce matin. Le projet a un nom de code « entre nonosse ». En fait, au début, il s’appelait « entre nous », puis, pour une série policière, j’ai trouvé que le titre était un peu niais. Hugo a proposé « inter nos », j’ai trouvé que même pour un nom de code, c’était obscur, alors c’est devenu « entre nos nonosses », qui ne veut rien dire et ne laisse rien deviner.

La réunion de travail avait été encore plus animée que prévu. A défaut d’un scénario construit, Christophe Hecq vous livre ici des morceaux choisis de cette tempête pour un cerveau et demi.

– L’action se passe dans un aéroclub ! s’exclama Hugo.
– Le héros est célibataire, veuf, divorcé ? Christophe se chargeait de lancer des pistes, et de voir ensuite laquelle serait suivie – jusqu’au prochain embranchement.
– Les trois ! Son grand amour l’a quitté pour un autre, il a refait sa vie puis a divorcé, son grand amour est décédée.
– Mort naturelle, accident, meurtre ?
– Meurtre maquillé en accident – cela nous laisse le temps de réfléchir à un développement potentiel de ce point.
« Developpement potentiel » est le groupe nominal préféré d’Hugo.
– Des enfants ?
– Elle aura eu des jumeaux, non, non, trop commun, des triplés ! Lui découvrira qu’il a un enfant caché.
– Tu ne crois pas que c’est un peu téléphoné ?
– Mais on nage dans les clichés avec cette série ! Comme si, avec une saison de six épisodes, on pouvait envisager un crime par semaine dans une école de pilotage. Les clients potentiels partiraient en courant, et toute chance de développer son entreprise s’envolerait.
– Spirituel, commenta Christophe froidement.
– Merci. Bon, depuis quand tient-il cette école ?
– Douze ans, cela me paraît bien. Et ce serait au cours d’un stage dans son école que le premier meurtre aura lieu. Alors qui, pourquoi, et comment ?
– L’avion qui se plante faute de carburant.
– Pas très sérieux, école discrédité !
– J’y suis : il est empoisonné, il ressent les premiers effets du poison, et se pose en catastrophe. On a de bonnes bases pour commencer !

Trembler te va si bien de Risa Wataya

91169466Présentation de l’éditeur :

« Etô Yoshika, vingt-six ans. Nationalité japonaise, groupe sanguin B, employée à K.K. Maruei, facilement acnéique. Copain zéro, économies zéro. Loyer mensuel : 75 000 yens. Ce que je déteste : les glandeurs. Ce que j’aime : le ragoût de bœuf. Ma passion du moment : chercher sur Wikipédia les espèces animales éteintes. »
Yoshika a la tête dans les étoiles et deux amoureux. C’est une jeune ingénue qui cherche sa place dans l’univers et se demande parfois si elle n’est pas elle-même une espèce en voie d’extinction. Elle raconte avec une telle drôlerie ses incertitudes amoureuses que ça crépite à chaque ligne comme une étoile lointaine, ou comme un tube au néon sur le point d’imploser.

Mon avis :

C’est comme si nous retrouvions l’héroïne d’appel du pied qui aurait grandi. Ou pas. Dans le Japon contemporain, il est important pour une femme de se marier – même si les mariages me semblent très largement arrangés par les parents, par les amis. Etô a 26 ans, est employée de bureau, appelle régulièrement ses parents qui ne lui offrent pas toujours le soutien nécessaire – sa mère est entièrement soumise à l’avis de son mari.

Et l’héroïne est amoureuse. De la star du lycée, Ichi, qui n’a jamais fait attention à elle mais qu’elle va tout faire pour revoir, lors d’une soirée d’anciens élèves. Qu’elle paraît pourtant asociale, cette Etô, qui ne semble pas maîtriser les codes et se met à l’écart, malgré elle. Mais Ni, un collègue, est amoureux d’elle et lui demande de sortir avec elle ce dont elle n’a pas envie : pas avec un garçon qui ne s’intéresse qu’à sa petite personne ! Du moins, c’est l’avis d’Etô, et la suite du récit nous montrera que ce n’est pas si simple que cela.

Et oui, le point de vue de ce court récit est subjectif, et Etô « voit » vraiment le monde avec des oeillères et des lunettes tantôt roses, tantôt noires. L’avenir n’est pas vraiment rieur quand, à 26 ans, elle se dit qu’elle passera sa vie dans cette même entreprise, avec ses mêmes collègues, et pas vraiment d’intérêt pour tout ce qui l’entoure.

Moment de vie d’une jeune fille d’aujourd’hui, Trembler te va si bien nous interroge sur le malaise de la jeunesse japonaise actuelle.