Archive | 3 août 2015

Sienne, aux origines de la Renaissance

Je suis allée aujourd’hui à l’exposition Sienne, aux origines de la Renaissance, qui se tient aux Musée des beaux-arts de Rouen jusqu’au sept septembre.

Tout commence par une guerre contre Florence, que gagne Sienne en 1260. Sienne se met alors sous la protection de la Vierge et ses représentations se multiplient. Elle est « hodegetria », c’est à dire que Marie désigne l’enfant Jésus comme chemin vers le salut. Les peintres utilisent souvent la chrysographie, c’est à dire que le manteau de Marie est orné de motifs en or. Elle peut aussi être peinte en « Maesta », c’est à dire en majesté.

Dans le même temps, l’influence de la spiritualité franciscaine humanise les représentations des saints. Les peintures sont destinés à renforcer la dévotion des fidèles, aussi fallait-il rendre les saints représentés proches des gens, quitte à les vêtir comme de riches siennois du XIVe siècle.

Pour illustrer cette volonté d’humaniser les saints, de faire que les croyants se sentent proches des hommes et des femmes qu’ils ont été, j’ai choisi de vous présenter quatre tableaux, et de parler (juste un peu… je ne suis pas une grande biographe).

Je commence par l’un des artistes majeurs de Sienne : Duccio. Il est très attentif au monde réel, avec des jeux d’ombres et de lumières sur les visages et des drapées qui tombent de façon verticale. Sa peinture se démarque des icônes, et se fait narrative. Il raconte ainsi la vie de saint François d’Assise ou du bienheureux Giocchino « Piccolomini » qui appartenait à l’ordre mendiant des servites de Marie (fondé en 1233 en Toscane).

Voici une oeuvre signée Ambroggio Lorenzetti, qui m’a frappée. Marie regarde son fils (et non le spectateur), son regard est doux, et non grave comme dans d’autres représentations. Elle est vêtue avec des draperies orientales aux motifs coufiques (=calligraphie) qui étaient à la mode à Sienne et montraient les échanges avec l’Orient. Jésus tient un chardonneret dans la main, la couleur de l’oiseau symbolise la Passion à venir.

Voici une autre partie de retable que l’on doit non seulement au talent de Limmo Memmi, beau-frère de Simone Martini (deux grands artistes qui ont marqué Sienne) mais aussi au talent du restaurateur :

1518458286_39772a5219_bCette icône représente Marie-Madeleine mais, au XIXe siècle, on tenta de faire passer cette oeuvre pour une représentation de la Vierge Marie. Le manteau fut donc peint en bleu, couleur qui permettait de reconnaître à coup sûre la Vierge sur un tableau. Si les couleurs d’origine furent retrouvées, ce ne fut pas le cas du pot à onguent, signe distinctif de Marie-Madeleine.

L’art du retable se développe en effet à Sienne entre le XIIIe et le XIVe siècle. Retable vient des mots latins « retro tabulam », « derrière la table ». AU XIIIe siècle, il a une forme rectangulaire, les différentes scènes sont séparées par des bandes décoratives. Au XIVe siècle, le polyptyque à compartiment s’enrichit d’une prédelle. Les éléments décoratifs inspirés par l’architecture gothique se développe. Ces oeuvres valaient parfois extrêmement chères. Le polyptyque de Borgo San Sepolcro, peint par Sasseta pour le maître autel de l’église du couvent de Sienne, valait le prix de cinq à six maisons à Sienne.

Stefano di Giovanni dit Sassetta a sans dote été l’élève de Paolo du Giovanni, un des grands artistes siennois. Sa première oeuvre connue est un polyptyque réalisé pour la corporation des lainiers. Il a également représenté saint Jérôme dans le désert – et le désert est inspiré directement par le désert siennois d’Accona, ce qui permettait aux siennois de se « reconnaître » dans un tableau. Il a aussi peint l’ascète Bernardin de Sienne, après sa béatification. Il a retouché le tableau après sa canonisation.

Pour terminer cet article, voici la première oeuvre connue de Simone Martini, disciple de Duccio, avec cette Vierge à l’enfant que je trouve très humaine (Jésus serre le doigt de sa maman).

Si vous passez à Rouen en août, ne ratez pas cette exposition.

Pandémia de Franck Thilliez

couv63722610Présentation de l’éditeur  :

Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur. En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes. Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Mon avis :

J’aime bien rédiger, de temps en temps, des avis qui ne servent pas à grand chose. Les fans de l’auteur, de Franck Sharko et de Lucie Hennebelle se seront déjà procurés le livre et l’auront lu, les autres non, et mon avis n’y changera rien. Pour ma part, je n’avais lu qu’un roman de cet auteur, il y a très longtemps – mais là, je dois dire que j’ai été absolument scotchée.

Je l’ai lu en 24 heures – dans le train, dans un parc, et même pendant les entractes de la dernière représentation de l’Alvin Ailey compagny à Paris. Il est vraiment très difficile de lâcher ce livre, tant il est efficace. L’intrigue est si bien construite que je n’ai pas senti sa construction. Elle s’appuie sur le volume précédent ? Ne pas l’avoir lu ne m’a pas gêné, tant les rappels sont suffisamment bien intégrés à ce roman pour que je ne me sois jamais sentie perdue.

Dois-je préciser que les personnages, je parle bien sûr de Sharko, de Lucie, de Nicolas et de Camille, sans oublier Amandine et son mari Phong sont attachants ? Ceux qui suivent la série sont déjà au courant. Et pourtant, Amandine, et son besoin de tout contrôler, de protéger à tout prix son mari gravement malade tout en prenant des risques inconsidérées pour elle-même peut paraître déroutante – n’est-ce pas une autre manière de le protéger à toute force, mais aussi de le garder pour elle toute seule ?

Et il y en aurait encore à dire sur ce livre, même si je pense qu’il est plus important de le lire que de le chroniquer. Les formes de délinquance et de terrorisme qu’il décrit sont particulièrement angoissantes, et nous questionnent. Serions-nous prêts si une épidémie de grande envergure survenait ? Pas vraiment. Sommes-nous vraiment aptes à lutter contre les nouvelles formes de délinquance ? On fait ce qu’on peut. Sommes-nous toujours bien informés ? Bien sûr que non ! A l’heure des chaînes d’info en continue qui rabâchent les mêmes informations en continue, il serait reposant de croire que nous savons tout – et nous serions alors vraiment très naïfs.

De même, les personnages, Franck Sharko en tête, sont persuadés que le mal existe – tout comme, de l’autre côté de l’Atlantique, Maura Isle, l’héroïne de Tess Gerritssen. Et ceux qui le font ne sont pourtant pas persuadés de le faire – il est encore des personnes, et pas forcément très loin de nous, qui pensent que certaines personnes ont plus le droit de vivre que d’autres.

Pandémia, un roman bien construit, bien écrit, qui donne à réfléchir.