Les humeurs d’un réalisateur – III

Il semblerait qu’un petit incident – tout petit – ait interrompu le tournage. Guillaume Berthier, dans son état ordinaire, est amené à auditionner le réalisateur et le scénariste-coach- figurant (entre autres personnes).

Audition du réalisateur stressé :

– Je récapitule, dis-je. Vous avez demandé au scénariste de la tuer ou de la défigurer.

– Dans la série DANS LA SERIE ! Je suis peut-être à bout de nerfs, je suis à bout de nerf, je n’ai trouvé que cette solution pour être débarrassé de cette actrice caractérielle ! Ce n’est pas faute d’avoir cherché, et trouvé des solutions qui n’ont guère fonctionné jusque là, un échec sous toute la ligne.

– Selon vous, qui a fait cela ?

– Barbara elle-même. Elle est timbrée !

Audition du scénariste-figurant-coach, etc, etc….

– Oui, le réalisateur m’a demandé de supprimer son personnage, ou de le défigurer pour qu’une autre actrice la remplace. Je comprends qu’il ait eu une telle demande, cependant, je ne pouvais remanier le scénario comme ça, sans en parler à mes collègues et aux producteurs. Puis… il est impossible d’écrire un tel scénario, sauf à vouloir commettre un meurtre dans la vraie vie. Qui irait mettre de vraies balles dans un revolver chargé à blanc ?

– Vous n’avez pas de meilleurs systèmes de défense ?

– J’ignorai qu’il m’en fallait un ! Je ne suis ni mis en examen, ni placé en garde ç vue. La blessure de Barbara, qui aurait été bien plus grave si l’acteur qui jouait ce truand savait viser, ne m’apporte rien. En tant que responsable du développement de son personnage, je suis au chômage technique pendant plusieurs semaines, sauf à inclure sa blessure dans le scénario.

– Vous êtes donc libre pour un nouveau projet ?

– A moins de terminer le tome 3 de Jubilation et confitures, je n’ai rien de pressé.

Je m’arrêtais de taper notre entretien.

– Vous êtes Diane Delendo, l’auteur de Jubilation et confiture, tarte aux plumes et Toutes les crêpes de mes nuits ?

– Oui, dit-il, un peu gêné. Je ne pensais pas qu’un commandant de la criminelle connaîtrait mon nom de « plume rose », ni mes livres.  C’est Franck qui a trouvé mon pseudo.

-Et [censuré]. Quand je devrais dire à Franck, notre médecin légiste attitré, que j’ai auditionné son frère…..

Audition du malheureux acteur qui lui a tiré dessus :

– Mac, mac, mac…

– Non, ce n’est pas un mac, c’est un pc des plus ordinaires.

– Ma carrière est foutue !

Au regard de son cv, elle n’était déjà pas en très bonne posture.

– Je devais viser à côté, j’ai visé à côté, et je l’ai atteinte ! Qui voudra m’embaucher après cela, alors que je ne sais même pas tirer avec un revolver chargé à blanc !

Le reste de l’audition est à peu près du même tonneau, impossible d’en tirer quoi que ce soit d’autres.

Audition de l’accessoiriste :

– Trente-cinq ans, vous entendez, trente-cinq ans de métier. Alors, non, je n’ai pas confondu -ce n’est pas possible. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre qu’en plus, ce n’est pas le même poids ! Si je tenais la personne qui a fait cela, je le condamnerai à des travaux d’intérêts généraux à l’hôpital – pour lui montrer les dégâts que font de vrais balles.

J’avais l’impression qu’on n’était pas plus avancé, sauf à interroger l’actrice elle-même – dès que les médecins jugeront qu’elle peut l’être.

 

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