Journal d’un louveteau garou XXI

Cher journal

Une semaine sans te parler ! Forcément, j’ai été enlevé, avec Mathieu, mon meilleur ami. Nonobstant le traumatisme que nous avons subi (Mathieu dit « nonosse temps »), nous avons aussi semé une belle panique au pensionnat, qui était tout de même considéré comme le plus sécurisé de toute la meute Nord. Du Coussinet tordu est même venu faire un scandale, menaçant de retirer ses petites-filles séance tenante si le coupable n’était pas :
– découvert ;
– châtié ;
– puni ;
– mis hors d’état de nuire.
Oui, les termes sont un tout petit peu synonyme, mais il était très en colère et très inquiet pour « les coussinets de ses coussinets ». Ce doit être une variante familiale de l’expression « les louveteaux de mes louveteaux ». Soliflore, Gentiane et Réséda ont protesté énergiquement, elles sont très bien au pensionnat, et elles sont aptes à se défendre ! Je confirme et je plains le malheureux qui aurait eu l’idée de kidnapper Soliflore.
Tout a commencé quand Mathieu est venu pour me demander des conseils pour rédiger une lettre d’amour pour Amélia Bricard (oui, j’ai dit Soliflore Du Coussinet Tordu à mon petit frère pour qu’il nous laisse tranquille, il s’est contenté de roucouler « Gentiane » pendant deux heures.).
– Je l’aime ! dit Mathieu.
– Oui, mais c’est un peu court.
– Je traverserai une mare à la nage pour elle.
– Tu nages comme une brique !
– J’ai une large marge de progression, c’est ce qu’a dit le professeur.
– L’espoir fait vivre.
Après deux heures de méditation intense, nous sommes donc sortis bras dessus, bras dessous pour aller voir Amélia. Nous avons eu l’idée stupide de couper par les bois, ce que nous faisons très bien de jour, et pas très bien de nuit. Nous nous étions à peine enfoncé dans les fourrés que… bim ! Nous prîmes un bon coup sur la tête.
Nous nous réveillâmes quelques temps plus tard. J’aimerai de décrire les conditions horribles de notre captivité, les atroces souffrances que nous endurâmes, les privations, les coups, les tortures, rien de tout cela. Je crois que nos geôliers ne se doutaient pas qu’ils ne nous garderaient pas longtemps.
Nous restâmes à peu près quatre heures ainsi, à discuter (ils nous avaient juste ligotés, pas bâillonner).

– A leur place, c’est Vincent que j’aurai enlevé. Ou Jorisson. Enfin, surtout Vincent.

Nos frères aînés. Bon, ils sont un peu moins faciles à enlever que nous, parce que ce sont (déjà) des membres actifs de la meute. Surtout Vincent, le frère de Mathieu (oui, il l’a déjà dit) : des pattes (et quelles pattes !) mais surtout une tête, un stratège, bref, il a l’étoffe d’un alpha. Ce n’est pas vraiment notre cas. Et pour vous dire à quel point il est doué, c’est lui qui a ouvert la porte de notre geôle  et nous a fait sortir. Bon, il n’était pas tout seul, mais il a su s’intégrer dans la meute pour nous sauver (et quelle meute !) et c’est bien la preuve qu’il faut déjà compter sur lui.

Je te laisse, cher journal, Valère et Mathieu ronflent déjà, toutes ses émotions les ont épuisés.

Anatole Sganou, 4e Bleu.

 

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24 réflexions sur “Journal d’un louveteau garou XXI

    • C’est vraiment quelque chose que l’on ne montre pas assez : la vie quotidienne des loups et des louveteaux. Bon, je ne l’ai pas précisé, mais les chers petits ont eu droit à un bel os de mouton pour se remettre.

      • Chut ! Surtout pas ce mot et cette image devant eux ! Tu risquerais d’avoir « la ligue pour distinguer canidés et lupins » sur le dos. Non, eux prennent du « loupstix » (le « p » ne servait à rien, les publicitaires voulaient le supprimer, mais leur conseiller technique leur a dit que c’était une erreur). C’est exactement le même produit, mais soi-disant adapté pour les loups.

      • Bien entendu, suis-je bête ! Il faut un truc plus costaud pour le grignotage après les repas ! Les canidés n’étant jamais que des lupins qui ont mal tourné… 😉

      • Des cousins qui ont mal tourné. Ils évitent d’en parler, même dans les réunions de la meute les plus élargies. Et les louves n’acceptent les colliers que signés Cartier.

      • On a tous des membres de la famille qui ont mal tournés… ça risquerait de fâcher tout le monde d’en parler et ça fait digérer mal.

        Cartier ? Bof, commun…

      • Et oui ! Certains loups ont trouvé malin d’appeler leur fille Rachel (brebis) ou Agnès. Là aussi, ça coince lors des réunions de meute.
        Rares sont les louves qui acceptent. La plupart précise : « tu m’as pris pour qui ? Je ne m’appelle ni Ana, ni Bella ! »

      • Les loups connaissent les herbes nécessaires pour se purger lors de leur ballade en forêt. Bon, ce n’est pas très romantique pour un premier rendez-vous, mais on fait ce qu’on peut !

      • Les chiens et les chats aussi… vu qu’on habitait à la campagne, pas besoin d’acheter de l’herbe à chat 😉

        Non, pas romantique quand les chiens vont chercher le dégobillage bien loin…

      • Les miens sont tellement… couillons, qu’il est parfois nécessaire de leur en acheter.
        Maintenant… chaque « espère » doit avoir ses propres codes, même si ce doit être exaspérant : « Chéri, quand tu auras fini de te purger, on pourra peut-être évoquer nos problèmes de couple, non ? »

      • Oui, la purge, c’est bien, mais bon, y’a pas que la dragée Fucca dans la vie !!

        Chez nous, c’est à la débrouille, ils chassent, ils font ce qu’ils veulent, sauf s’attaquer aux hirondelles, sinon, ils subiront les foudres de ma mère, et au soir, c’est réunion « croquettes prix discount » pour tout ce petit monde de chats qu’on ne sait pas caresser. Bizarrement, là, ils nous attendent tous, ça feule, ça fait shhhhhhhhh mais ça te tourne autour pour avoir de la croquette !

      • Et oui, sinon, le romantisme lupin se fait très vite la malle (et traîner une malle en forêt, c’est compliqué).
        Les seuls chats du voisinage sont tous frappés d’obésité, donc je crois que, même si je mettais des croquettes, ils s’en moqueraient éperduement.

  1. Hi hi !!! On s’y croirait ! Ça va ce n’était pas trop long le kidnapping ! J’adore les histoires d’amour qui se profilent ! 😆 franchement s’appeler Soliflore, ce n’est pas un cadeau !!! 😀

    • Non, grâce au flair de la meute ! Et encore, tu n’imagines pas le retournement de situation qui se profile (je ne remercierai jamais assez le vrai Anatole pour cela).
      Je ne suis pas sûre qu’elle voit les choses ainsi, elle se sent si particulière. 😉

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