Je dis non de William Wilkie Collins

challenge-sherlock-running_wallpaper_a-year-in-england-okMon résumé :

Emily Brown est pensionnaire dans l’établissement de Miss Ladd, elle vient de terminer ses études. Orpheline (son père est mort depuis quatre ans), n’ayant pour seule parente qu’une tante qu’elle aime tendrement, il lui faut gagner sa vie : elle a trouvé un emploi de secrétaire auprès de Sir Jarvis Redwood. Mais tout ne se passe pas exactement comme prévu.

Mon avis :

Quel regard portera-t-on sur notre littérature dans deux cents ans ? Sera-t-elle considérée comme le reflet de notre société, admirera-t-on encore le talent des auteurs des plus loués de l’année 2015 ? Je n’ai pas la réponse, évidemment. William Wilkie Collins est un auteur qui me semble faire l’unanimité auprès des spécialistes de la littérature anglaise mais, à mes yeux, ses livres contiennent tous les préjugés et les clichés de son époque. Je m’attends déjà à ce que l’on me réponde : « oui, mais tout le monde pensait ainsi, ce n’est pas choquant !  » Heureusement que tous ne pensaient pas ainsi et que des idées nouvelles ont eu cours, que des combats sont été menés, sinon, nous ne vivrions pas dans notre société et je ne tiendrai pas ce blog aujourd’hui.

Pas très littéraire, mon billet ? J’y viens, j’y viens. Wilkie Collins, en avance sur son époque d’un point de vue littéraire, joue avec son lecteur en l’entraînant là  où l’on ne s’y attendait pas tout en faisant en sorte que le lecteur en sache plus que les personnages. Est-ce à dire que l’auteur n’éprouve aucune tendresse pour les personnages qu’il a crée ? En tout cas, il se montre extrêmement dur avec ses personnages féminins.

Emily, Francine, Cecilia, trois jeunes filles sur le point de faire leur entrée dans le monde ou dans la vie active. Emily est l’héroïne de l’histoire, celle qui n’ayant ni famille ni fortune, devra gagner sa vie telle Jane Eyre ou Agnes Grey. Bon. Cela ne l’inquiète pas plus que cela, tant elle a un caractère « uni », tant elle est incapable de voir le mal là où il se trouve, tant elle est incapable de causer le moindre tort à quelqu’un. Il est facile, dans ce cas, de voir à quel point on pourrait lui faire du mal – et je n’ose imaginer ce que le marquis de Sade aurait fait d’un tel personnage. Mais… Emily ne comprendrait même pas si on lui faisait du mal, elle qui pense que ses proches ne lui mentiraient pas, et que les promesses sont forcément tenues. Emily serait-elle un produit de son éducation, dans un charmant pensionnat coupé du monde, sans lien avec le peu de famille qui lui reste ? Peut-être.

Cecilia est sa meilleure amie, et elle aussi est d’une naïveté incommensurable. Elle est riche, elle a une famille, elle peut se permettre quelques caprices culinaires – Cecilia aime manger et se laisse gouverner par son estomac. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Francine, le troisième personnage féminin d’importance.

Francine de Sor me rappelle l’univers de George Sand et celui de la comtesse de Ségur. Elle est l’antithèse absolue d’Indiana, élevée à la Réunion pour l’une, dans les Indes occidentales pour l’autre : Francine n’a que mépris pour Sapho, l’esclave qui l’a élevée. Elle n’éprouve aucune émotion pour cette métisse qui a reçu une très bonne éducation et resta toute sa vie considérée comme un simple bien matériel  : « Outre la peinture, le dessin, le modelage, elle savait le chant et la musique. Que de talents pour une esclave qui n’en avait que faire ! » « Sapho – c’était son nom – a été payée fort cher quoiqu’elle ne fût plus jeune », voilà les gentillesse que Francine réserve, de manière posthume, à celle qui a pris soin d’elle, et qu’elle a largement tourmenté. Voir, comme effet de réel, les extraits du journal qu’elle l’a forcée à tenir.

Francine, ou le lien cause/conséquence. Son éducation a été négligée donc elle est devenue ce qu’elle est, une jeune fille opiniâtre et cruelle, ou son caractère a-t-il fait que ses parents, ne ressentant que de la répulsion pour elle, ont négligé son éducation ? Je ne puis m’empêcher de ressentir dans ce texte, de manière implicite, le fait que la naissance détermine le caractère, et non l’éducation, les soins prodigués. Francine distingue les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre. De la même manière, elle est la reine noire, là où Emily est la reine Blanche.

D’autres personnages gravitent autour d’elles, et si les personnages masculins sont aussi nombreux que les féminins, ils n’ont guère voix au chapitre. D’ailleurs, si Francine et Emily sont construites de manière antithétiques, il en est de même pour les autres personnages. Mistress Ellmother, exemple même de la fidélité et de la droiture, garde le silence sur les lourds secrets qui lui ont été confiées alors que Mistress Rock raconte ses malheurs en long, en large et en travers au point que l’on s’étonne que personne ne lui demande de se taire. Même les deux gentlemen qui sont au coeur de l’intrigue sont opposés par leur physique et leur manière.

Et oui, il y a eu crime quatre ans avant que ne débute l’intrigue. Un homme, James Brown, a été assassiné par un autre, très efféminé, qui depuis court toujours. L’enquête n’a rien donné, sans doute parce que les enquêteurs n’ont pas été ni assez perspicace, ni assez observateurs pour comprendre que rien n’est plus facile que de changer d’apparence. A croire que l’Angleterre victorienne est peuplé d’êtres naïfs et innocents. Et un peu antisémites aussi. Je ne vous parle pas non plus de la misogynie, présente à toutes les pages du roman ou presque. Il faut tenir les jeunes filles, les femmes, dans l’ignorance la plus complète – pour leur bien. Emily découvrira cependant la vérité – elle finit toujours par apparaître, Emily a bien raison sur ce point.  Je ne puis m’empêcher de penser que les hommes sont presque tous très égoïstes. Je dis « presque » parce que, en terme de personnages romanesques, il est des exceptions qui confirment les règles.

 

 

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11 réflexions sur “Je dis non de William Wilkie Collins

  1. C’est étrange mais je ne lis pas que du bien de cet auteur depuis que je blogue, j’étais « presque » prête » à lire La femme en blanc (ou qqch comme ça) et puis…à chaque fois un billet mitigé me retient ! Mais alors là après celui-ci, je pense que je vais avoir du mal… On peut être le témoin d’une époque pas franchement favorable à tous, c’est évident mais l’écrivain se doit de garder un certain recul (pour ne pas dire de la hauteur) face aux évènements et aux « clichés ». J’y viendrais certainement un jour pour me faire une opinion mais je n’en meure pas d’envie… 😉

    • J’attendais beaucoup de cet auteur, j’en avais entendu beaucoup de bien.La femme ou la dame en blanc (les deux titres circulent) m’a laissé un bon souvenir, la Pierre de Lune un peu moins, pas le bouleversement prévu.
      Les femmes sont toujours au centre de ses romans, mais elles sont toujours « mineures », d’autres personnes décident ce qui est bon pour elle et leurs révoltent restent très limitées.

      • C’est bien ça le problème : moi aussi j’en attends beaucoup mais je vais de Carybde en Scylla à chaque fois que je lis un billet alors je freine ! 😉

      • J’ai lu un bon billet sur Le secret (de toute façon, le secret est le thème central des romans de Wilkie Collins) mais je n’ai pas accroché au roman. J’en ai également abandonné un autre – un système de valeur trop éloigné du mien.

      • C’est ce qui me fait bien peur je crois « ce système de valeurs » trop éloigné, justement… 😉 Même en replaçant les choses dans leur contexte parfois c’est too much…

  2. Connais pas… mais en effet, une majorité des gens « pensait ainsi à cette époque » mais heureusement, pas tout le monde ! Mais j’aime les ouvrages qui me replongent dans les moeurs de certains sociétés, on voit ainsi l’évolution (si évolution il y a, parfois, elle n’est que de façade).

    Je ne note pas le titre, mais je note le joli logo 😛

    • N’est-ce pas ? Le logo est superbe ! 😉
      Pour se replonger dans cette époque, je conseille plutôt Dickens. Si la société est strictement la même dans les romans de Dickens et de Collins, je ressens un bouillonnement chez Dickens, une volonté de remettre en cause certaines règles. Collins situe le plus souvent ses romans dans un milieu aisé, ce n’est pas le cas de Dickens.

      • Je dois lire Dickens, je devais déjà le faire pour la première année du I Love London de Titine (elle aurait dû comprendre déjà que j’étais une dingue, dès qu’on me parlait de l’Angleterre) mais je l’ai pas fait, je devrais remédier à ça !

  3. Je n’ai pas lu ce roman de Willie Collins même j’aime en général ce qu’il écrit. Quand je lis ton billet, je me dis qu’il ne traite pas mieux les hommes que les femmes dans son roman. Il y a au moins une parité dans le traitement !

  4. Pingback: A year in England – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

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