Archive | 4 juillet 2015

La nuit au pensionnat des louveteaux

22 h 00 : Gaël de Nanterry, après avoir réglé quelques problèmes administratifs (et oui, les louveteaux n’ont pas d’heure), s’apprête à profiter de sa soirée en compagnie d’un bon livre. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un compagnon.

23 h 00 : Alma, la professeur fantôme, rentre dans son bureau.

« J’ai frappé mais vous m’avez pas entendu. Je crois qu’il y a un petit problème dans la forêt. Enfin, juste un tout petit. Et pourtant, ce n’est pas la pleine lune. »

23 h 12 : Gaël, dans la forêt, soigne un loup… en mauvaise posture.

« J’en ai vu beaucoup, mais alors beaucoup dans ma carrière, mais vous allez m’expliquer très vite comment vous vous êtes fait cela. Oui, je suis gay, et alors ? Là, je suis surtout lycanthropologue et je puis vous assurer que jamais, au grand jamais, je n’ai eu à soigner une déchirure musculaire de la cuisse parce qu’un loup garou s’est envoyé en l’air dans une posture acrobatique ! Mon langage vous choque ??? C’est la meilleure ! Moi, ce qui me choque, c’est l’étendu de votre déchirure, et je ne vous parle pas de l’état de vos ligaments !

Non, je ne connaissais pas la posture dite de la roche en fusion éruptive, je vous conseille vivement de ne plus recommencer. Et vu votre état, même le yoga le plus simple qui soit vous est fortement déconseillé. »

02 h 00 (oui, soigner un loup garou blessé dans sa chair et dans son orgueil de mâle, c’est long) :

« Non, Nikki, tu ne me déranges pas. Comment vont tes louveteaux ? Ils font presque leur nuit ! C’est une excellente nouvelle. Oui, je comprends que ton fiancé soit un peu nerveux à l’idée qu’ils commencent à crapahuter partout. Oui, je comprends aussi que ton travail ne te manque pas trop : quatre louveteaux, c’est du plein temps !

02 h 50 : nouvelle visite d’Alma.

« Je ne sais pas ce qu’ils ont ce soir, mais je n’ai toujours pas trouvé un coin tranquille pour me promener. Et c’est bien pire que la dernière fois !  »

03 h 10 : Gaël est d’un naturel calme, posé, sensible. Néanmoins, c’était du jamais vu.

« Il est plus de trois heures du matin, la température est de 27 ° et pourtant, vous êtes gelés ! Je peux savoir pourquoi ? Le « Touaille-Lette Moon ? Non, ne m’expliquez pas, j’ai compris : vous vous êtes inspiré d’un roman pour ado – si, si, c’est un roman pour ado – et vous avez passé la nuit avec votre copine et un vampire. Pardon, avec deux vampires. La prochaine fois que vous voulez vous rafraichir, prenez un sorbet de sang, c’est bien meilleur pour votre santé. »

04 h 12 : Gaël a l’impression que la nuit n’en finit plus de lui révéler des surprises. Il retrouve François, le nouveau gestionnaire

– Mon pauvre François, il te faut une radio en urgences, je pressens une fracture du crâne. Oui, je sais que tu as la tête dure, mais je crains d’avoir raison. Comment est-ce arrivé ? Tu as tenté le loup moutonné duveteux ou le saut de la carpe gréco-romaine ? Ah ! Tu as piqué les derniers gâteaux de ta copine en fouillant dans son sac à main. Je comprends. Non, cela ne m’est jamais arrivé, si j’ai faim, je cherche plutôt dans les placards.

4 h 58 : Gaël espérait enfin dormir, quand Valère Sganou, 6e Bleu, fit irruption, encore plus perturbé que d’habitude (autant dire que la barre était placée haute).

« Calme-toi, Valère, calme-toi, et explique-moi lentement ce qui ne va pas. »

– Anatole, mon frère, il a été enlevé ! Je me suis réveillé, il n’était plus dans la chambre. Il avait promis d’aider Mathieu à rédiger une lettre pour sa copine. C’était tellement ennuyeux que je me suis endormi. Il n’est plus là, et Mathieu non plus.

– Mathieu Chépa ? (meilleur ami d’Anatole, et maladroit hors-pair).

– Oui ! J’ai pensé qu’ils étaient allés porter la lettre à Soliflore Du Coussinet Tordu, mais elle m’a assuré qu’elle n’a vu personne. Ils ont quand même pas pu se perdre ! hurla Valère.

Gaël réveilla tous les professeurs valides et se mit à la recherche de ces galvaudeux de batteuse.

a Nina un vampire du Tas de Pierres suicidaire !

 

Je dis non de William Wilkie Collins

challenge-sherlock-running_wallpaper_a-year-in-england-okMon résumé :

Emily Brown est pensionnaire dans l’établissement de Miss Ladd, elle vient de terminer ses études. Orpheline (son père est mort depuis quatre ans), n’ayant pour seule parente qu’une tante qu’elle aime tendrement, il lui faut gagner sa vie : elle a trouvé un emploi de secrétaire auprès de Sir Jarvis Redwood. Mais tout ne se passe pas exactement comme prévu.

Mon avis :

Quel regard portera-t-on sur notre littérature dans deux cents ans ? Sera-t-elle considérée comme le reflet de notre société, admirera-t-on encore le talent des auteurs des plus loués de l’année 2015 ? Je n’ai pas la réponse, évidemment. William Wilkie Collins est un auteur qui me semble faire l’unanimité auprès des spécialistes de la littérature anglaise mais, à mes yeux, ses livres contiennent tous les préjugés et les clichés de son époque. Je m’attends déjà à ce que l’on me réponde : « oui, mais tout le monde pensait ainsi, ce n’est pas choquant !  » Heureusement que tous ne pensaient pas ainsi et que des idées nouvelles ont eu cours, que des combats sont été menés, sinon, nous ne vivrions pas dans notre société et je ne tiendrai pas ce blog aujourd’hui.

Pas très littéraire, mon billet ? J’y viens, j’y viens. Wilkie Collins, en avance sur son époque d’un point de vue littéraire, joue avec son lecteur en l’entraînant là  où l’on ne s’y attendait pas tout en faisant en sorte que le lecteur en sache plus que les personnages. Est-ce à dire que l’auteur n’éprouve aucune tendresse pour les personnages qu’il a crée ? En tout cas, il se montre extrêmement dur avec ses personnages féminins.

Emily, Francine, Cecilia, trois jeunes filles sur le point de faire leur entrée dans le monde ou dans la vie active. Emily est l’héroïne de l’histoire, celle qui n’ayant ni famille ni fortune, devra gagner sa vie telle Jane Eyre ou Agnes Grey. Bon. Cela ne l’inquiète pas plus que cela, tant elle a un caractère « uni », tant elle est incapable de voir le mal là où il se trouve, tant elle est incapable de causer le moindre tort à quelqu’un. Il est facile, dans ce cas, de voir à quel point on pourrait lui faire du mal – et je n’ose imaginer ce que le marquis de Sade aurait fait d’un tel personnage. Mais… Emily ne comprendrait même pas si on lui faisait du mal, elle qui pense que ses proches ne lui mentiraient pas, et que les promesses sont forcément tenues. Emily serait-elle un produit de son éducation, dans un charmant pensionnat coupé du monde, sans lien avec le peu de famille qui lui reste ? Peut-être.

Cecilia est sa meilleure amie, et elle aussi est d’une naïveté incommensurable. Elle est riche, elle a une famille, elle peut se permettre quelques caprices culinaires – Cecilia aime manger et se laisse gouverner par son estomac. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Francine, le troisième personnage féminin d’importance.

Francine de Sor me rappelle l’univers de George Sand et celui de la comtesse de Ségur. Elle est l’antithèse absolue d’Indiana, élevée à la Réunion pour l’une, dans les Indes occidentales pour l’autre : Francine n’a que mépris pour Sapho, l’esclave qui l’a élevée. Elle n’éprouve aucune émotion pour cette métisse qui a reçu une très bonne éducation et resta toute sa vie considérée comme un simple bien matériel  : « Outre la peinture, le dessin, le modelage, elle savait le chant et la musique. Que de talents pour une esclave qui n’en avait que faire ! » « Sapho – c’était son nom – a été payée fort cher quoiqu’elle ne fût plus jeune », voilà les gentillesse que Francine réserve, de manière posthume, à celle qui a pris soin d’elle, et qu’elle a largement tourmenté. Voir, comme effet de réel, les extraits du journal qu’elle l’a forcée à tenir.

Francine, ou le lien cause/conséquence. Son éducation a été négligée donc elle est devenue ce qu’elle est, une jeune fille opiniâtre et cruelle, ou son caractère a-t-il fait que ses parents, ne ressentant que de la répulsion pour elle, ont négligé son éducation ? Je ne puis m’empêcher de ressentir dans ce texte, de manière implicite, le fait que la naissance détermine le caractère, et non l’éducation, les soins prodigués. Francine distingue les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre. De la même manière, elle est la reine noire, là où Emily est la reine Blanche.

D’autres personnages gravitent autour d’elles, et si les personnages masculins sont aussi nombreux que les féminins, ils n’ont guère voix au chapitre. D’ailleurs, si Francine et Emily sont construites de manière antithétiques, il en est de même pour les autres personnages. Mistress Ellmother, exemple même de la fidélité et de la droiture, garde le silence sur les lourds secrets qui lui ont été confiées alors que Mistress Rock raconte ses malheurs en long, en large et en travers au point que l’on s’étonne que personne ne lui demande de se taire. Même les deux gentlemen qui sont au coeur de l’intrigue sont opposés par leur physique et leur manière.

Et oui, il y a eu crime quatre ans avant que ne débute l’intrigue. Un homme, James Brown, a été assassiné par un autre, très efféminé, qui depuis court toujours. L’enquête n’a rien donné, sans doute parce que les enquêteurs n’ont pas été ni assez perspicace, ni assez observateurs pour comprendre que rien n’est plus facile que de changer d’apparence. A croire que l’Angleterre victorienne est peuplé d’êtres naïfs et innocents. Et un peu antisémites aussi. Je ne vous parle pas non plus de la misogynie, présente à toutes les pages du roman ou presque. Il faut tenir les jeunes filles, les femmes, dans l’ignorance la plus complète – pour leur bien. Emily découvrira cependant la vérité – elle finit toujours par apparaître, Emily a bien raison sur ce point.  Je ne puis m’empêcher de penser que les hommes sont presque tous très égoïstes. Je dis « presque » parce que, en terme de personnages romanesques, il est des exceptions qui confirment les règles.