Archive | juin 2015

Saint-Maur-des-fossés, édition 2015

Je suis allée hier au salon du livre de Saint-Maur-des-fossés, j’en suis revenue claquée, mais heureuse.

Après le train, le RER A, la foule : le salon de Saint-Maur fait le plein de visiteurs et, aux heures de pointe, l’attente est longue aux caisses !

Voici mes achats en photo :

IMG_4491Mon premier achat fut Les voisins d’à côté de Linwood Barclay.

Puis, ce fut Les vacances d’un serial killer de Nadine Monfils, une auteur tout simplement délicieuse :

IMG_4493Puis, je pus rencontrer Yasmina Khadra, très entouré lui aussi.

Après une pause crêpe, je poursuivis les achats et les dédicaces, dans un salon très très fréquenté. J’ai donc augmenté ma PAL de Vivre vite de Philippe Besson, Strad de Dominique Sylvain, avec laquelle j’ai pu discuter de sa série Ingrid Diesel et Lola Jost (elle y a consacré dix ans d’écriture), L’air de rien de François Morel, Réparer les vivants de Maylis de Kérangual, très attentive face à ses lecteurs, et Scandale et Calomnie d’Anne Perry.

La dédicace de Dominique Sylvain :

IMG_4492J’ai aussi fait un tour dans la partie « jeunesse » du salon, voici mes achats  :

IMG_4494Ci-dessous, la dédicace d’Anne Plichota et Cendrine Wolf, les auteurs de Tugdual (le tome 3 paraîtra en novembre).

IMG_4495Bon dimanche à tous  !

Journal d’un louveteau garou, XIX

Cher journal
Nous venons de vivre des moments terribles, à savoir : nous avons passé l’épreuve d’histoire des arts lupins. Je ne souhaite cela à personne, sauf à mon petit frère.
J’ai eu la truffe creuse : je n’ai pas pris d’option, je suis resté dans l’histoire des arts lupins purs et durs, avec une liste au cordeau :
– Métamorphose d’Ovide.
– La Belle et la bête (le conte).
– La Belle et la bête (les films).
– Harry Potter (le rôle du professeur Lupin dans la lutte contre Voldemort).
– Le protectorat de l’ombrelle (évolution de l’alpha dans les cinq tomes).

Je ne vous raconte pas comment ont galéré ceux qui ont pris option Troll ou option Vampire ! Non, parce que, dans ce cas, il faut un Troll ou un Vampire dans le jury – et notre professeur vampire n’a pas le don de bilocation, il ne peut faire partie de plusieurs jurys ! Notre principal a donc choisi un de ses patients, enrhumé (principe de précaution). Pas de bol : d’après ceux qui sont passés dans son jury, il avait oublié de se laver depuis au moins trois semaines ! Déjà qu’un vampire sent rarement la rose, mais alors là…

J’étais jury 13, et j’ai attendu patiemment qu’on vienne me chercher – bah oui, je suis arrivé en avance, c’était ça ou rester dans ma chambre à entendre Valère, mon petit frère, en train de lire des recettes de cuisine pour accommoder plaisamment les restes !
Première élève qui sort, elle renifle et ravale ses larmes : « elle m’a déstabilisée avec ses questions. Elle m’a demandé pourquoi je décrivais les robes de Belle en couleurs. Je n’ai pas su répondre : le film était en noir et blanc. »
Deuxième élève qui sort, en pleurs : « j’ai encore raté. Je n’ai même pas réussi à lire mon brouillon ».
Troisième élève : « ça va, j’ai répondu à toutes les questions ! A chaque fois, LA bonne réponse : je ne sais pas, aucune idée, vous êtes sures qu’il y a une réponse à la question.
Quatrième élève : « Même sous la torture, je n’ai rien avoué ! »

Finalement, cela s’est très bien passé…. pour moi. Enfin, je suppose, parce qu’en sortant elles m’ont dit « merci à toi ! ». Je te laisse, cher journal, je viens de croiser Dylan qui parle « d’acharnement thérapeutique » à son égard.

@bientôt !

Anatole Sganou, 4e Bleu.

Le garçon qui détestait le chocolat de Yaël Hassan

chocolatPrésentation de l’éditeur :

Le jeune Joseph trouve dans le grenier familial une malle contenant des affaires appartenant à son grand-père et qui cache un terrible secret. L’auteur de ce roman, Yaël Hassan, nous livre un troublant témoignage sur l’extermination des juifs, librement inspiré de la tragique histoire d’Alex Kurzem, ce petit garçon juif qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, fut la mascotte d’un bataillon de SS sur le front russe.

Mon avis :

Ce livre est un roman de littérature jeunesse, basé sur une histoire vraie : l’auteur donne d’ailleurs les références de l’ouvrage qui l’a inspiré, La Mascotte de Marc Kurzem.

La narration alterne les chapitres du passé et ceux du présent. Le présent nous présente une famille unie, les grands-parents, leurs trois enfants, qui s’entendent bien, des petits-enfants qui rendent visite régulièrement à leurs grands-parents, surtout Joseph, le petit dernier. Il est des rivalités, des chamailleries entre les six petits enfants, rien que de très banal et de très salutaire, finalement, ces petites frictions enfantines leur permettent de tisser des liens, mine de rien. Et c’est un défi, ouvrir une valise mystérieuse qui appartient à leur grand-père qui les unit plus sûrement encore.

Cette valise a un lien avec les chapitres qui nous renvoient au passé. Nous y découvrons un enfant, seul, après le massacre des siens, un enfant qui est amené à se débrouiller comme il peut afin de survivre. Le roman nous raconte alors comment il devient la mascotte d’un régiment nazi, là-bas, en Lettonie.

Ce roman pose-t-il un jugement moral ? Oui, certainement, non e ce qui concerne cet enfant, que les Allemands ont transformé en un mélange d’animal de compagnie et d’enfant de troupe, qui à le renvoyer, le reprendre, et l’utiliser comme un instrument de propagande. Certains lui reprocheront peut-être d’avoir survécu – et qu’aurait-il pu faire d’autres, si ce n’est se laisser tuer ?

Le langage est accessible, les chapitres sont courts, et pourtant l’auteur ne passe pas sous silence les atrocités commises, dans des scènes courtes, intenses, avec un vocabulaire sobre et précis. Cette lecture doit être accompagné (je ne me vois pas laisser un enfant seul face à cette lecture) mais elle ne peut être qu’enrichissante et passionnante.

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La trace dans l’ombre de Patricia Wentworth

9782264026521FSMon résumé :

Jonathan Field est un bienfaiteur, il s’est occupé de sa nièce Georgiana, et maintenant qu’il a découvert l’existence de Mirrie, autre nièce, orpheline et désargentée, il entend bien prendre soin d’elle. Et pourquoi pas en faire son unique héritière ? Colérique, un peu monomaniaque (il collectionne les empruntes digitales), il suffit d’un rien, d’une fausse accusation pour qu’il déshérite Georgiana et lègue tout à Mirrie. Tout ? Est-ce aussi simple, avec un homme aussi colérique ?  Surtout qu’il est retrouvé assassiné peu de temps après. L’inspecteur Abbott enquête, bientôt rejoint par Miss Silver.

Mon avis :

Autant vous le dire d’entrée de jeu : si vous voulez découvrir cette auteur et son héroïne, ce n’est pas son meilleur roman à mes yeux. Pourquoi ?

On y retrouve tous les ingrédients qui font le succès des auteurs anglaises – il est beaucoup de points communs entre les romans d’Agatha Christie et de Patricia Wentworth. Une famille, élargie, un huis-clos (Jonathan a été assassiné dans son bureau), un petit village où les commérages sont fréquents sans être envahissants, des domestiques fidèles et peu bavards, le souvenir de la Seconde guerre mondiale et du Blitz, un enquêteur rigoureux et une charmante vieille dame qui sait écouter et paraît totalement insignifiante. A la place de miss Silver, on pourrait croire que je parle de Miss Marple ! La grande différence est que la première est une détective, dûment embauchée et rémunérée, qui avertit ces clients qu’elle recherche la vérité, non à les protéger.

Reste à savoir ce que l’on fait de ses ingrédients. Jonathan m’a rappelé plusieurs personnages d’Agatha Christie, ces vieux messieurs à qui une jeune fille, surtout si elle ressemble à un jeune chaton égaré et trempé, fait beaucoup d’effets. Je pense notamment au héros de Un cadavre dans la bibliothèque – le courage et la lucidité en moins, le tempérament colérique en plus. Non, Jonathan, la victime, tel qu’il est présenté ici, n’est pas le plus sympathique des héros, bien que certains traits laissent à penser qu’il peut avoir du recul face à ses actes – parfois. Si ce n’est qu’il perd la vie avant que l’on ait pu s’attacher à lui – ou mesurer jusqu’à quel point il peut être influençable.

Mirrie, elle, est une jeune fille naïve, privée de tout dans sa jeunesse. Naïve, oui, mais pas innocente : elle sait tirer partie de ses apparentes faiblesses pour survivre, dans un milieu familial particulièrement strict. Faut-il lui jeter la pierre pour autant ? Non : elle ne cherche jamais à nuire à autrui – mais ce n’est pas nécessairement le cas de ceux qui l’entourent.

Et c’est là que le roman me déplaît vraiment, et je vais spoiler un peu (vous êtes prévenus). J’ai trouvé rapidement qui pouvait bien être le coupable, parce qu’il correspond véritablement à une logique de l’écriture de romans policiers de cette époque. Le coupable ne peut être qu’un intrus, quelqu’un qui en-dehors du cercle de famille qui vient apporter le chaos, quelqu’un qui a déjà commis des actes graves – comme une gradation vers le crime. Et comme si un criminel était forcément isolé dans la société. Faiblesse du récit ? Oui, bien sûr, même l’inspecteur Abbott a ses moments de faiblesse, lui qui accuse promptement – même miss Silver qu’il accuse de manquer de lucidité. C’est dire qu’il n’est pas au mieux de sa forme.

Restent les romances, parce qu’il est rare qu’un roman policier de Patricia Wentworth ne se conclut pas par un mariage, ou par une réconciliation. Il est finalement peu question d’amour mais d’argent – à partir de quelle somme d’argent peut-on se marier et vivre sans trop d’efforts ? A partir de quelle somme une jeune femme est trop riche pour qu’un jeune homme pauvre l’épouse ? Des questions qui taraudent les personnages, et trouvaient des résolutions plus cocasses chez Agatha Christie (voir Pourquoi pas Evans ?).

Un des derniers romans de Patricia Wentworth, mais pas son meilleur.

Journal d’un louveteau garou XVIII

Cher journal

J’ai fait un cauchemar cauchemardesque – et même au-delà – la nuit dernière. Figure-toi, si tu y parviens, parce que c’est vraiment aussi dur que de mordre un vampire millénaire, que j’ai cauchemardé que Valère, mon petit frère, et Gentiane se mariaient (il paraît que les énormes disputes pendant l’adolescence garantissent un couple solide à l’âge adulte) et avaient une dizaine de louveteaux, tous roux ! Pire : je devais servir de louveteaux sitter, et les écouter jouer de la cornemuse à longueur de journée (et oui, Gentiane est une louve écossaise), quand ils ne couraient pas partout dans la maison (bizarrement, dans mon « rêve », ils ne mettaient pas le museau dehors).

Bon, la première rencontre Valère/Gentiane s’est plutôt bien passée. Il faut dire que Valère avait pris la précaution de lui cueillir un bouquet d’orties (Gentiââââne ââââdore le thé aux orties et c’est la nouvelle boisson à la mode, d’après Louvetelle magazine, à ne pas confondre avec Louvetelle Girly, nettement moins intellectuel). Elle les a acceptées et a juste flanqué une grosse bourrade à mon frère, qui a fini dans le buisson le plus proche. Je l’aurais bien conduit à l’infirmerie, mais à par répéter « Gentiââââne », il me semblait en forme. Puis, depuis le stupide accident survenu voici quelques mois déjà, l’infirmier ne souhaite pas trop ma présence dans son local. Je suis pourtant guéri, je n’ai plus du tout envie de le mordre, encore moins de le manger !

Sur ce, je te laisse cher journal, demain, nous passons l’épreuve d’histoire des arts lupin.

Anatole Sganou, 4e Bleu.

La vie al dente : une enquête de Tiziana Dallareva

Présentation de l’éditeur :

Une silhouette sombre suspendue à une grue, sur un chantier désaffecté, trouble la blancheur du paysage enneigé. Le médecin du village vient d’être assassiné, et Tiziana Dallavera, la jeune policière rebecquoise aux prises avec une histoire passionnelle, reprend du service pour mener l’enquête, dans un hiver glacial. Rapidement, un autre corps est découvert, et les policiers se lancent à la poursuite d’un étrange tueur en série, avec pour seuls indices une manne abandonnée et des témoignages discordants. Que cache la terrible solitude des victimes? Quel lien les unit-il donc au-delà du silence?

Merci à Babélio et aux éditions Luce Wilquin pour ce partenariat.

Mon avis :

Je prends la série en cours de route, puisque La vie al dente est la troisième enquête de Tiziana, toute jeune enquêtrice qui semble encore prendre ses marques dans l’équipe qu’elle a intégrée à Rebecq. Cependant, elle n’est plus la dernière arrivée : un petit nouveau, Augustin, très à l’aise avec l’informatique, est arrivé en remplacement d’un collègue défaillant (pour rester politiquement correct).

Bienvenue à Rebecq, chez les policiers de proximité. Ici, on règle avant tout les conflits de voisinage, les petits problèmes. Située à 27 kilomètres de Bruxelles, cette commune exploite un petit chemin de fer touristique et n’est guère habituée à des crimes en série. Et pourtant, c’est l’un des médecins de la ville, connu pour le soin qu’il prenait de ses patients, qui est retrouvé pendu, dans une mise en scène spectaculaire. Qui a pu faire cela à cet homme sans histoire, menant une vie quasi ascétique ? Ce n’est pas la toute jeune associée de son cabinet, jeune femme sans doute efficace mais terne ô combien qui pourra les renseigner, si ce n’est sur le soin que mettait son vieux confrère à ce qu’elle prenne en charge ses patients, rétifs à l’idée de changer de médecin (pour une femme, en plus).

Oui, nous sommes dans une petite bourgade belge, et pourtant, avec Tiziana et les siens, je me suis crue en Italie, avec cette omniprésence des pantagruéliques recettes de cuisine, et cette extravagante famille. Sans eux, sans la chaleur qu’ils apportent au récit, ce coin de Belgique paraîtrait bien morne. Si le bon docteur peut encore gagner notre sympathie, ce n’est pas le cas du pharmacien. Sa pharmacie est une boutique comme les autres, le moyen le plus sûr pour lui de s’enrichir, négligeant les véritables trésors qui vivaient à ses côtés, je veux dire sa femme et ses filles.

Bien que les victimes soient des hommes (et les enquêteurs de se demander s’ils traquent un ou plusieurs meurtriers), nous avons là une affaire de femmes, qui s’imposent parmi les hommes, prennent leur revanche à l’image de Barbara, l’amie de Tiziana. Il est question de mère aussi, de fille, et si les liens sont très forts (dans le bon sens du terme) entre Tiziana et sa mère (et le reste de sa famille, d’ailleurs), il n’en est pas de même pour toutes. Difficile d’être même quand il n’y a pas de père (voir Aurélienne, la préparatrice en pharmacie, qui travaille pour élever ses trois petits) ou quand celui-ci est défaillant, comme le père de Jessy Poubel. S’il y avait de la dignité chez Aurélienne, prête à supporter les humiliations de son patron pour survivre, il n’en est pas avec Jessy et ses soeurs, aux prénoms issus de séries américaines, ou d’émissions de télé-réalité (voir la petite dernière, Nabila). Elles poussent, sans règles, sans notion de droit et de devoir, avec de micro-actes de violences quotidiennes : cris et claques sont leur lot quotidien. Et si elles ont de l’embonpoint, leur corps n’est absolument pas en bon point, de manière presque caricaturale.

On mange beaucoup dans ce roman, la nourriture est le cordon ombilical non coupé qui relit les uns ou autres. Et si la grand-mère de Tiziana prépare des quantités de nourriture pantagruélique, acte d’amour, d’autres réclament leur nourriture à leur mère-compagne, qui s’empiffrent de son côté (manger pour ne pas avoir à communiquer ?) tandis que d’autres, enfin, oublient de se nourrir, comme un lent suicide.

La vie al dente est plus qu’un roman policier. L’enquête est là, et bien là, mais elle n’empêche pas les policiers de mener leur vie, même si ce qu’ils découvrent n’apportent pas la sérénité.

Un roman et une auteur à découvrir.

Bain de lune de Yanick Lahens

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Après trois jours de tempête, un pêcheur découvre, échouée sur la grève, une jeune fille qui semble avoir réchappé à une grande violence. La voix de la naufragée s’élève, qui en appelle à tous les dieux du vaudou et à ses ancêtres, pour tenter de comprendre comment et pourquoi elle s’est retrouvée là. Cette voix expirante viendra scander l’ample roman familial que déploie Yanick Lahens, convoquant les trois générations qui ont précédé la jeune femme afin d’élucider le double mystère de son agression et de son identité.

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Mon avis :

Bain de Lune nous fait pénétrer dans un autre monde que le nôtre. Et pourtant… l’action est contemporaine de ma jeunesse, j’ai eu l’impression que les personnages vivaient dans une époque lointaine. Le poids de l’église, d’abord, ou plutôt des prêtres, qui tentent de lutter contre les religions traditionnelles. Le poids des dirigeants, jamais nommés mais suffisament bien décrit pour qu’on les reconnaisse, là, au loin, qui décident pour tous, qui à détruire et dévaster tout. Le poids des petites puissances locales, qui ont su s’acoquiner avec le pouvoir. La violence, l’insécurité sont omniprésents. Faut-il rester ? Faut-il partir ? Certain(e)s ont fait ce choix, laissant les leurs dans l’incertitude. La plupart sont restés, (sur)vivant de leur mieux, peinant à nourrir et plus encore à soigner leurs enfants.

Puis, il y a ses chapitres en italiques. Ils ne sont pas des retours dans le passé, non, ils nous ancrent dans le présent en nous faisant entendre la voix d’une morte – la voix d’une assassinée, comme on le comprend très vite. D’ailleurs, certains jetteraient bien son corps à la mer, pour ne surtout pas à avoir à savoir, à découvrir qui a tué. Les puissants contre les pauvres, depuis quatre générations ou presque.

C’est avec une langue éminemment poétique que Yannick Laurens nous conte cette histoire. Il faut vraiment se laisser porter par ce texte, même si parfois, ce qui est narré est véritablement dur. Il faut aussi parvenir à se retrouver parmi ces personnages, ces noms, ces prénoms aussi, et l’arbre généalogique placé à la fin du roman n’est vraiment pas superflu.

Bain de Lune, ou une immersion réussie dans la culture haïtienne.

 

L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder


Présentation de l’éditeur :

LONDRES, 1861
SIR RICHARD BURTON
Un grand explorateur et un érudit de talent. Sa réputation a été salie et sa carrière ruinée. Il est dans de sales draps.
ALGERNON CHARLES SWINBURNE
Un jeune poète prometteur et avide de sensations fortes, disciple du marquis de Sade. Le cognac causera sa perte. C’est le cadet de ses soucis.
Les deux hommes sont au cœur d’un empire déchiré par les conflits. D’extraordinaires machines envahissent un monde soumis à des lois des plus répressives. Tandis que certains défendent une société fondée sur le génie créateur, d’autres repoussent les limites de la conscience en ayant recours aux drogues, à la magie et à l’anarchie.
Lorsque des loups-garous terrorisent l’East End londonien et que des jeunes filles deviennent la proie d’une effroyable créature nommée Spring Heeled Jack, le duo n’a plus d’autre choix que d’agir. Au plus vite.

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Mon avis :

Que se passerait-il si le cours du temps se retrouvait changé, si un événement bouleversait la société tout entière et entraînait des modifications absolument inimaginables ? Et bien c’est ce que le premier volume des aventures de Burton et Swinburne est sur le point de nous raconter.

Nous avons affaire à un monde envahi par la technologie – pas une technologie en avance sur son temps, non, une technologie totalement inventive, qui n’est pas sans poser, déjà, des problèmes éthiques (et je ne parle pas seulement de l’usage qui est fait de certains animaux). Jusqu’où est-on prêt à aller ? Très loin. Bien plus loin que Richard ou Algernon ne pourrait l’imaginer.

Ce dernier, je l’adore véritablement. Poète, très souvent imbibé, masochiste, il est surtout un ami absolu pour Richard, pour lequel il est prêt à tout, y compris à sortir complètement de sa condition de poète. Richard, lui, a dû se remettre non seulement de l’échec d’une de ses missions d’exploration mais de la trahison de celui qui était son ami à ce moment. Aussi, accepte-t-il un nouvel « emploi », avec des missions particulièrement périlleuses. Pas insensible à l’humaine condition, conscient du poids de ses responsabilités et de ses conséquences, Richard n’hésite pas à se remettre en question, à prendre davantage de précautions – non pour lui, mais pour les autres.

Ce roman est d’une extrême richesse, d’une extrême fantaisie tout en étant très bien construit. Que son épaisseur ne vous rebute pas, vous passerez d’excellents moments en sa compagnie !

Mémé goes to Hollywood de Nadine Monfils

url111Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Pocket pour ce partenariat

4e de couverture:
JCVD. Quatre consonnes, zéro voyelle. Et pour Mémé Cornemuse: le fantasme absolu. Ah! Epouser Jean-Claude Van Damme… Entre le dieu du coup de pied retourné et la spécialiste du délire à main armée, c’est sûr, c’est l’évidence. Et voilà notre délinquante sénile en route vers l’âme soeur, à Hollywood! A cheval, en voiture, à baraque à frites ou cargo transatlantique, peu importe, pourvu qu’il y ait des homicides collatéraux et des chansons d’Annie Cordy..

Mon avis :

C’est une chose bien étrange que d’entreprendre d’écrire un avis sur Mémé goes to Hollywood. Dès le début, je sens qu’il est nécessaire d’utiliser un ton non conventionnel pour parler de cette héroïne qui n’a que faire des conventions.

« J’irai au bout de mes rêves » est la bande-son à laquelle j’avais pensé de prime abord. Pas assez belge (le roman est bourré de références au plat pays), pas assez déjanté. Puis, Mémé ne va pas au bout de ses rêves, elle vit dedans ! Pour elle, s’unir à JCVD, son idole, est une évidence ! Une toute autre auteur aurait joué sur les fameuses conventions littéraire, et n’aurait jamais fait se rencontrer Mémé et Jean-Claude, s’amusant à faire courir son héroïne après une proie intouchable, démontrant ainsi… sa folie douce. Nadine Monfils va jusqu’au bout de son postulat – mais quel chemin pour en arriver là !

Que de rencontres aussi ! Conseil : si jamais votre route devait croiser celle de Mémé, écoutez-là bien attentivement, approuvez, quoi qu’elle ait fait mais sans monopoliser la parole, et prouvez que vous êtes fan d’Annie Cordy ou de JCVD – voire des deux à la fois. Il est tout sauf reposant de la côtoyer, et ceux qui n’ont pas définitivement perdu l’usage de la parole ou de leur raison après cette rencontre peuvent en témoigner. Ce roman ne mesure que 250 pages, mais il accumule les situations les plus improbables avec maestria, sur un ton très cru. Mémé n’appelle pas un chat un chat, elle est capable de trouver des termes encore plus évocateurs.

Mine de rien, elle nous interroge, cette Mémé, sur l’actualité. Pas seulement sur le festival de Cannes qui vient de se refermer – les références ne sont pas qu’une questions de mode, mais sur des problèmes de société, disant leur quatre vérités aux opposants du mariage pour tous, et démontrant par l’absurde qu’avoir un papa et une maman n’était pas un gage d’équilibre.

Mouvementé, pas reposante du tout…. Mémé réservera-t-elle à ses fans de nouvelles aventures ?

Journal d’un louveteau garou XVII

Cher journal

Deux mois sans te parler ! Il s’en est passé des choses, mais j’aurai tout le temps, pendant les grandes vacances qui approchent à grandes pattes, de te raconter tout ceci (y compris notre catastrophique sortie à l’opéra). Mais là…. mais là…. c’est une autre catastrophe qui a surgi !

– Gentiane !

– Valère, tais-toi !

– Gentiaaaaaaaaaaaaaane !

– Valère tais-toi ou dis quelque chose d’intelligent !

– « La gentiane appartient à la famille des gentianacées et comporte une trentaine d’espèces. Parmi elles…. »

Laissons là mon frère, mais tu as saisi le problème : Gentiane Du Coussinet Tordu est annoncée au pensionnat ! Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Il est dû à une maladie qui leur abîme les coussinets et les rend impropres au combat. Il paraît même que les griffes leur en tombent ! Bref, quand Jacques-François Du Coussinet Tordu a appris, un peu tardivement, que notre principal intérimaire était aussi un lycanthropologue, et non un sinistre andouille crétinique comme son prédécesseur, il a ré-inscrit ses petites filles dans notre établissement. Nous supporterons donc à partir de lundi Soliflore, Réséda, Gentiane et Hermeline Du Coussinet Tordu, qui seront là, et bien là.

Je précise que Valère est plus collant avec Gentiane qu’un mélange miel/caramel/sève de pin sur une fourrure lupine fraîchement lavée, et que Gentiane déteste autant mon petit frère que les carottes cuites à la vapeur ! Les dernières semaines seront dures.

Je te laisse, cher journal. Mon petit frère a repris ses vocalises.

Anatole Sganou, 4e Bleu.