Archive | 27 juin 2015

Dernière énigme d’Agatha Christie

518bJKbl00L._SY344_BO1,204,203,200_Mon résumé :

Giles et Gwenda ont tout pour être heureux, ils viennent de se marier, s’établissent en Angleterre. Alors, pourquoi Gwenda est-elle si inquiète ?

challange-agatha-christie

Mon avis :

Ce livre est dans ma PAL depuis je ne sais combien de temps – la preuve, le premier brouillon de cet article date du 27 octobre 2012, période à laquelle j’enchaînais les lectures de romans d’Agatha Christie, n’en finissant un que pour en reprendre un autre. J’ai commencé la lecture de ce roman hier soir, j’en ai lu les deux tiers, et je l’ai terminé ce matin.

Dernière énigme est la dernière enquête qui met en scène Miss Marple, ce qui ne veut pas dire qu’elle a perdu de ses qualités, ou que l’intrigue en est dépourvue. Au début, tout semblait pourtant calme et serein. Nous avions en face de nous un charmant couple de jeunes mariés, Giles et Gwenda. Ils sont orphelins tous les deux, ont grandi en Nouvelle-Zélande et ont décidé de s’établir en Angleterre. Giles a tellement confiance en sa femme qu’il la charge d’acheter une maison. Elle est immédiatement séduite par celle qu’elle découvre, au Sud de l’Angleterre. Puis, petit à petit, des phénomènes étranges surgissent : Gwenda veut faire percer une porte, elle existait déjà, mais avait été murée. Elle souhaite placer un escalier dans le jardin, il existait déjà, il était recouvert de terre. Elle pense à un papier peint bien particulier pour la chambre, il a été recouvert d’une affreuse peinture beige, mais il était là, et bien là. Le paroxysme est atteint au cours d’une soirée théâtre pendant laquelle Gwenda voit une femme se faire étrangler dans le hall de sa maison.

Prémonition ? Folie ? Nous sommes chez Agatha Christie, et si le hasard, les coïncidences existent, il ne faut pas crier à la folie trop tôt, mais chercher des explications rationnelles. Heureusement, Miss Marple, la tante de lointains cousins de Giles, est là au bon moment, prête à écouter, à chercher des explications, et à les trouver – partiellement. Elle met en garde les jeunes gens : remuer le passé, ce n’est pas bon. A une époque où les séries télévisées sont friandes de cold case, il semble qu’Agatha Christie maîtrisait déjà bien son sujet – et pas seulement dans Dernière énigme !

Pas de policiers, pas d’enquêtes officielles, même dix-huit ans plus tôt, puisqu’il n’y a pas eu de meurtres – juste une femme qui quitte son mari, un mari qui meurt peu après, et une petite fille, née d’un premier mariage, confiée à la famille de sa mère. Un mari, une femme, qui se sont rencontrés sur le bateau qui les ramenait des Indes – ou l’art de rester anglais en toutes circonstances, que l’on soit dans une plantation de thé, dans son régiment, ou dans un charmant petit village au bord de la mer.

Il peut s’en passer des choses, dans ses charmants petits villages paisibles. Il peut s’en passer, des choses, dans ses couples que l’on estime paisibles, unis. La passion, la jalousie, peut prendre bien des visages. Le danger aussi – et s’en prémunir n’est pas toujours facile. Dernière énigme est avant tout une étude de la nature humaine, de ses passions, de ses qualités, de ses défauts, poussés parfois jusqu’à leur paroxysme. Aller au devant des apparences, oui. Mais se préserver, ne pas se mettre en danger est aussi important. Jusqu’où peut-on aller pour retrouver ou conserver sa tranquillité d’esprit ? Une question à laquelle Agatha Christie répond de manière variée, étonnante, n’allant pas vraiment là où le lecteur pouvait s’attendre. Un roman policier peut aussi avoir un dehors paisible, et dissimuler le pire. Magistral, comme toujours.

4264735417100142514.to_resize_150x3000Challenge sous les toits de l'univers 3

 

La piste du crime de William Wilkie Collins

2230510041Mon résumé :

Valéria Woodwill a tout pour être heureuse. Mais quel secret peut bien dissimuler Eustache, son mari ? Elle tâchera de le découvrir, au risque de compromettre son mariage et son bonheur.

Mon avis :

Il est des livres qui vieillissent moins bien que d’autres. La piste du crime est de ceux-là.

Le roman, que j’ai lu en ebook sur la liseuse, est racontée par une narratrice. Soit. Mais elle n’est pas une héroïne de Jane Austen, non. Elle est toute engoncée dans ce qu’elle peut et ne peut pas faire en tant que femme et affligée du plus vieux défaut féminin : la curiosité.

Elle était pourtant heureuse, en se mariant. Dès les premières pages, le lecteur sait pourtant qu’un événement est survenu qui a gâché son bonheur, puisque l’écriture est rétrospective. Il faut cependant le quart du roman, des atermoiements, des coïncidences un peu tirées par les cheveux pour que l’on découvre le « secret » de son mari, en même temps que Valéria. Rien ne serait sans doute arrivé si celle-ci n’était orpheline : des parents auraient demandé plus de renseignements sur leur futur beau-fils, et ne se seraient pas contentés de si peu. Rien ne serait arrivé non plus s’il avait eu confiance en sa femme. Celle-ci ayant découvert son secret, il la quitte, ne supportant plus de vivre avec elle. Vous avez dit « lâcheté » ? Non, délicatesse d’esprit ! Pour lui prouver son amour et sa bonne foi, Valéria va donc tout tenter pour innocenter son mari – mieux qu’un tribunal n’a su le faire trois ans plus tôt.

Ne croyez pas que le rythme s’accélère, Valéria passe son temps à présenter ses excuses pour sa témérité, à exprimer sa honte face à ce qu’elle a fait, à subir (et à suivre) les conseils des autres – je dois cependant dire que certains sont fort judicieux. Et les cent pages suivantes restent tout aussi statiques. Valéria lit, Valéria rencontre un ami de son mari, un personnage dont la difformité physique induit nécessairement (autre temps, autre idée) une déformation morale, une folie, dirait-on, bref, un être peu fréquentable, entouré de personnes à qui le qualificatif « d’humains » est à peine concédé.

Oui, il y aura quelques rebondissements, et si l’enquête nous mènera de l’Écosse à New York, l’héroïne se rendra en Espagne, au chevet de la petite nature qui lui tient lieu de mari. Les émotions violentes peuvent faire du mal à ce pauvre chéri. Tiens, déjà, à l’époque, on tenait compte du moral pour la guérison ? Magnifique ! Par contre, que sa femme, enceinte, s’épuise à son chevet, ne pose pas de problème – les femmes sont des infirmières nées, après tout.

Oui (bis), on saura qui est le coupable ! Ou la coupable. Encore heureux, au bout de 400 pages de lecture (sur 422). J’ai presque eu envie de dire « tout ça, pour ça ». Ce sont des choses qui arrivent…

captu127101223565100142514.to_resize_150x3000