Archive | 18 juin 2015

La trace dans l’ombre de Patricia Wentworth

9782264026521FSMon résumé :

Jonathan Field est un bienfaiteur, il s’est occupé de sa nièce Georgiana, et maintenant qu’il a découvert l’existence de Mirrie, autre nièce, orpheline et désargentée, il entend bien prendre soin d’elle. Et pourquoi pas en faire son unique héritière ? Colérique, un peu monomaniaque (il collectionne les empruntes digitales), il suffit d’un rien, d’une fausse accusation pour qu’il déshérite Georgiana et lègue tout à Mirrie. Tout ? Est-ce aussi simple, avec un homme aussi colérique ?  Surtout qu’il est retrouvé assassiné peu de temps après. L’inspecteur Abbott enquête, bientôt rejoint par Miss Silver.

Mon avis :

Autant vous le dire d’entrée de jeu : si vous voulez découvrir cette auteur et son héroïne, ce n’est pas son meilleur roman à mes yeux. Pourquoi ?

On y retrouve tous les ingrédients qui font le succès des auteurs anglaises – il est beaucoup de points communs entre les romans d’Agatha Christie et de Patricia Wentworth. Une famille, élargie, un huis-clos (Jonathan a été assassiné dans son bureau), un petit village où les commérages sont fréquents sans être envahissants, des domestiques fidèles et peu bavards, le souvenir de la Seconde guerre mondiale et du Blitz, un enquêteur rigoureux et une charmante vieille dame qui sait écouter et paraît totalement insignifiante. A la place de miss Silver, on pourrait croire que je parle de Miss Marple ! La grande différence est que la première est une détective, dûment embauchée et rémunérée, qui avertit ces clients qu’elle recherche la vérité, non à les protéger.

Reste à savoir ce que l’on fait de ses ingrédients. Jonathan m’a rappelé plusieurs personnages d’Agatha Christie, ces vieux messieurs à qui une jeune fille, surtout si elle ressemble à un jeune chaton égaré et trempé, fait beaucoup d’effets. Je pense notamment au héros de Un cadavre dans la bibliothèque – le courage et la lucidité en moins, le tempérament colérique en plus. Non, Jonathan, la victime, tel qu’il est présenté ici, n’est pas le plus sympathique des héros, bien que certains traits laissent à penser qu’il peut avoir du recul face à ses actes – parfois. Si ce n’est qu’il perd la vie avant que l’on ait pu s’attacher à lui – ou mesurer jusqu’à quel point il peut être influençable.

Mirrie, elle, est une jeune fille naïve, privée de tout dans sa jeunesse. Naïve, oui, mais pas innocente : elle sait tirer partie de ses apparentes faiblesses pour survivre, dans un milieu familial particulièrement strict. Faut-il lui jeter la pierre pour autant ? Non : elle ne cherche jamais à nuire à autrui – mais ce n’est pas nécessairement le cas de ceux qui l’entourent.

Et c’est là que le roman me déplaît vraiment, et je vais spoiler un peu (vous êtes prévenus). J’ai trouvé rapidement qui pouvait bien être le coupable, parce qu’il correspond véritablement à une logique de l’écriture de romans policiers de cette époque. Le coupable ne peut être qu’un intrus, quelqu’un qui en-dehors du cercle de famille qui vient apporter le chaos, quelqu’un qui a déjà commis des actes graves – comme une gradation vers le crime. Et comme si un criminel était forcément isolé dans la société. Faiblesse du récit ? Oui, bien sûr, même l’inspecteur Abbott a ses moments de faiblesse, lui qui accuse promptement – même miss Silver qu’il accuse de manquer de lucidité. C’est dire qu’il n’est pas au mieux de sa forme.

Restent les romances, parce qu’il est rare qu’un roman policier de Patricia Wentworth ne se conclut pas par un mariage, ou par une réconciliation. Il est finalement peu question d’amour mais d’argent – à partir de quelle somme d’argent peut-on se marier et vivre sans trop d’efforts ? A partir de quelle somme une jeune femme est trop riche pour qu’un jeune homme pauvre l’épouse ? Des questions qui taraudent les personnages, et trouvaient des résolutions plus cocasses chez Agatha Christie (voir Pourquoi pas Evans ?).

Un des derniers romans de Patricia Wentworth, mais pas son meilleur.

Journal d’un louveteau garou XVIII

Cher journal

J’ai fait un cauchemar cauchemardesque – et même au-delà – la nuit dernière. Figure-toi, si tu y parviens, parce que c’est vraiment aussi dur que de mordre un vampire millénaire, que j’ai cauchemardé que Valère, mon petit frère, et Gentiane se mariaient (il paraît que les énormes disputes pendant l’adolescence garantissent un couple solide à l’âge adulte) et avaient une dizaine de louveteaux, tous roux ! Pire : je devais servir de louveteaux sitter, et les écouter jouer de la cornemuse à longueur de journée (et oui, Gentiane est une louve écossaise), quand ils ne couraient pas partout dans la maison (bizarrement, dans mon « rêve », ils ne mettaient pas le museau dehors).

Bon, la première rencontre Valère/Gentiane s’est plutôt bien passée. Il faut dire que Valère avait pris la précaution de lui cueillir un bouquet d’orties (Gentiââââne ââââdore le thé aux orties et c’est la nouvelle boisson à la mode, d’après Louvetelle magazine, à ne pas confondre avec Louvetelle Girly, nettement moins intellectuel). Elle les a acceptées et a juste flanqué une grosse bourrade à mon frère, qui a fini dans le buisson le plus proche. Je l’aurais bien conduit à l’infirmerie, mais à par répéter « Gentiââââne », il me semblait en forme. Puis, depuis le stupide accident survenu voici quelques mois déjà, l’infirmier ne souhaite pas trop ma présence dans son local. Je suis pourtant guéri, je n’ai plus du tout envie de le mordre, encore moins de le manger !

Sur ce, je te laisse cher journal, demain, nous passons l’épreuve d’histoire des arts lupin.

Anatole Sganou, 4e Bleu.