Archive | 4 juin 2015

Ecrit en lettres de sang de Sharon Bolton

couv6893667Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Pocket pour ce partenariat.

Mon avis :

Je commencerai par un conseil : ne lisez pas le quatrième de couverture. Il vous en dit beaucoup trop (presque la moitié du roman) et vous délivre, grâce au commentaire du Daily mirror, une information inutile : « Rien ne peut vous préparer à l’extraordinaire retournement final » . Le propre du genre policier est justement de nous offrir un dénouement surprenant, pourquoi le rappeler au lecteur ?

Nous sommes plongés très vite dans le vif du sujet, puisque Lacey Flint, jeune policière, trouve une femme en train d’agoniser, après avoir été sauvagement agressée. La victime mourra dans ses bras, sans que la jeune femme ait pu faire quoi que ce soit pour la sauver. Les événements s’enchaînent rapidement (arrivée des secours, de la police) et pourtant, j’ai senti comme un flottement dans la narration. En effet, le récit se focalise sur Lacey, c’est à travers ses yeux que nous voyons presque tous les événements, et certains de ses propos laissent à penser que, même si elle paraît innocente, étrangère à l’agression qui vient d’être commise, elle cache quelque chose – peut-être des choses insignifiantes, et les « révélations » qu’elle fera plus tard montrera qu’elles le sont. Cette retenue n’inspire pas la confiance totale que le lecteur a d’habitude envers le narrateur. De plus, les policiers restent des policiers (lapalissades) et ne peuvent que se demander si elle n’est pas LA coupable – n’est-elle pas la dernier personne à avoir vu en vie la victime ?

Bref, rien n’est facile pour Lacey, surtout qu’un deuxième crime est commis. Elle ne peut plus se taire : elle fait le lien entre ses deux crimes et ceux qui ont eu lieu plus d’un siècle plus tôt, sans doute les crimes les plus connus au monde, ceux commis par Jack l’Eventreur. Et oui, Jack a été sa grande passion pendant son adolescence, de quoi la faire regarder encore plus bizarrement par le commandant Joesbury. Curieux enquêteurs, que ceux chargés de cette enquête : Joesbury devrait être en congé, après sa dernière mission (il en garde encore des cicatrices). Quant à Dana, qui dirige l’enquête, elle est plus que cabossée par la vie, entre cicatrices (elle aussi) et anorexie. Je n’ai garde d’oublier Emma Boston, la journaliste, auxiliaire à part entière pendant un temps au moins, qui fut cabossée par la vie également.

La narration se poursuit, linéaire, et respecte scrupuleusement les codes du genre : relevé d’indices, suspects, fausses pistes, tâtonnement en tout genre, policiers qui paient (et largement) de leur personne. Je n’ai garde d’oublier les rapprochements entre l’affaire du présent, et l’affaire du passé, ce qui permet également d’exposer quelques théories sur celles-ci. Mais cela entraîne également la perte du questionnement habituel : quel est le mobile ? Pourquoi avoir choisi ces victimes ? Un lien les unirait-il ? J’ai eu l’impression que la culture du tueur en série, du « copycat » était tellement ancrée dans les esprits qu’elle inhibait les raisonnements les plus simples. Autre « tradition », mise en place avec le succès des séries télévisées : les scènes d’autopsie. Elles m’ont semblé vraiment longues, vraiment « sanglantes » s’acharnant sur les détails, sans jamais rendre leur humanité aux victimes. Et c’est presque dommage, parce que l’auteur, à l’image de ce qu’a pu faire J.K. Rawlings dans Une place à prendre, montre l’Angleterre des laissés-pour-compte, ceux que l’on entend pas, que l’on ne voit pas, ceux, ou plutôt celles qui ne portent pas plaintes quoi qu’il arrive, parce qu’elles sont résignées, parce qu’elles savent qu’on ne les écoutera pas, parce que leurs agresseurs ne risquent rien ou presque. Message d’espoir ? La narratrice vient de cette Angleterre-là et a choisi son métier pour aider les autres. Y a-t-il encore un espoir une fois le roman refermé ?

Ecrit en lettres de sang  est un roman qui emprunte à la fois au passé, tout en s’inscrivant dans l’actualité du genre policier. Je pense que les fans de thriller ne bouderont pas leur plaisir.

 

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