Archive | 1 juin 2015

Peau de lapin

cvt_Peau-de-lapin_9032Présentation de l’éditeur :

A la supérette, côté animation, cette fois ils ont fait fort ! Deux hommes en noir, cagoule sur la tête et pistolet au poing, sont entrés en criant :  » Haut les mains !  » Le jeu : rester sans bouger le plus longtemps, possible. Le prix : gagner son poids en chocolat. Je ne pouvais pas perdre…

Mon avis :

Faut-il tout dire aux enfants ? A mon avis, oui.  La difficulté est de trouver la bonne manière. On me répondra qu’il faut les préserver. Je ne dis pas le contraire, et c’est bien pour cette raison que je parle de « la bonne manière ». Il est vraiment important que les parents fassent de leur mieux. Nous avons tous entendu, un jour, des témoignages d’adultes qui ont découvert que non, maman n’était pas partie en voyage, elle était morte (et oui, on ne te l’a pas dit pour te protéger), ou que si maman est si souvent absente, c’est parce qu’elle est malade. Et ces témoignages montrent les difficultés qu’ils ont eu, après, pour se reconstruire, difficultés qui, pour certains, perdurent.

Bien sûr, on me parlera de « La vie est belle » de Benigni, à peu près le seul contre-exemple positif que l’on puisse trouver sur « il n’est pas bon de tout dire aux enfants ». Cette oeuvre est l’exception qui confirme la règle, et, dans ce cas précis, la mort était au bout du chemin. Malheureusement, dans la « vraie vie », peu (aucun ?) d’enfants n’est revenu pour nous dire son ressenti.

La situation n’est pas aussi dramatique ici, c’est simplement que le petit héros de l’histoire est un enfant-roi. La preuve ? Rien ne serait arrivé si sa mère n’avait cédé à son caprice (si je n’ai pas de ketchup, je ne mangerai pas les pâtes, ce n’est pas possible). Quelqu’un proteste : qui n’a pas cédé pour faire plaisir à son enfant, ou pour avoir la paix ? N’est-ce pas un peu facile de tout mettre sur le dos de l’enfant ? Non, pas lui, mais sa mère, qui l’élève sans doute seule, et dispose de peu de moyens financiers. Cela explique le fait qu’elle cède si facilement et qu’elle et sa mère participent à tant de concours.

Bon : elle cède, ils vont au magasin du coin, et ils sont pris en otage. Mais Quentin (l’un des prénoms masculins les plus donnés ces dernières années), qui est scolarisé (il a un devoir de calcul à faire, il a donc au moins six ans) ne comprend pas ce qui se passe et croit participer à un jeu. Il y croira jusqu’au bout, et même plus tard, comme le montre la chute. Je suis certaine que des lecteurs vont s’extasier : oh, c’est tellement mignon, rafraîchissant, cette prise d’otage vue par les yeux d’un petit garçon innocent ! Un petit garçon que sa mère ne parvient pas à protéger tant il se croit dans un jeu et ne perçoit pas le danger quand il accepte de suivre le preneur d’otage. Pas question pour lui de perdre ! Et sa mère, qui a justement adopté la méthode « faisons-lui croire que c’est un jeu » se révèle totalement impuissante.

Peau de lapin n’est pas un livre à prendre à la légère, c’est un livre qui doit être le sujet d’une discussion après lecture.