Des femmes disparaissent de Christian Garcin

des-fe10Quatrième de couverture

Ce soir de juillet, dans un bar enfumé de Guangzhou, le détective privé Zuo Luo se sent soudain vieux et triste. Tout a commencé avec le souvenir de la belle et douce Sesuko. Submergé par une vague de mélancolie, l’imperturbable Zuo Luo se surprend à remuer un passé aussi lumineux que douloureux. Et pour redonner un sens à son existence, il décide d’enquêter sur les trois femmes qui ont marqué sa vie.

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Points pour ce partenariat.

Mon avis :

Existe-il, en Chine, des hommes comme Zuo Luo et son ami Bec-de-Canard ? Je ne sais pas, mais je l’espère.
A l’heure où l’on se pose la question de l’égalité homme/femme, des différences entre les deux, des différences de salaire aussi entre hommes et femmes, ce roman résout le problème de façon très crue dès la dédicace : la femme a une valeur monétaire, elle rapportera une certaine somme d’argent à ses parents, qui seront bien heureux finalement d’avoir eu une fille. Le mariage, ou la réification de la femme.
Que font-ils de cet argent ? Nous ne le savons pas. Que deviennent ces femmes ? Nous le savons pour plusieurs d’entre elles, celles que Zuo Luo secourt, elles sont au main de paysans brutaux et ne trouvent le salut que dans la fuite : à condition que leur mari de les rattrapent pas ! Et si ce roman se termine par une note d’espoir, il en aura fallu, des chemins détournés, pour y parvenir.
Christian Garcin est un grand maître de la narration : il enchâsse des récits secondaires dans son récit principal. Ses récits peuvent être de deux types, soit ils sont extérieurs à l’histoire, et nous en apprennent un peu plus sur la culture dans laquelle baignent les personnages, soit ils sont intérieurs à l’histoire. Ainsi, le lecteur saura avant le terrible Daijiro ce qu’il est advenu de la douce Sesuko.
L’auteur n’hésite pas non plus à bousculer l’espace, nous entraînant jusqu’aux Etats-Unis pour suivre une piste. Il n’abandonne jamais ses personnages non plus, même quand on peut croire que l’on connaît tout de leur vie. Je pense à Leyun, dont nous ne connaîtrons le douloureux destin que dans les tous derniers chapitres. Cette souplesse narrative, ce jeu avec le cadre spatio-temporel, Christian Garcin l’utilise également dans son tout dernier roman, Selon Christian.
Il n’hésite pas non plus à mélanger les genres : roman historique, sur l’évolution de la Chine aux XXe siècle et le sort réservé aux intellectuels ou aux paysans riches, roman réaliste sur la condition féminine (et la violence subie), (faux) roman policier, roman fantastique, avec des personnages qui semblent suivre Zuo Luo d’un lieu à un autre, et une audacieuse réincarnation. La dernière fantaisie n’est d’ailleurs pas des moindres, puisque le héros de ce roman est devenu personnage d’une série le mettant en scène, en une plaisante mise en abîme.
En dépit de ses procédés d’écriture variés, le récit reste étonnamment fluide et plaisant à lire. J’ai passé un très agréable moment en compagnie de ses personnages, et je ne peux que vous recommander la lecture de ce roman.

Publicités

6 réflexions sur “Des femmes disparaissent de Christian Garcin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s