Le condamné à vivre, recueils de textes de Klaus Mann

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Ma présentation :

Ce recueil comporte seize textes, articles, hommages, poèmes, écrits par Klaus Mann entre 1930 et 1949.

Mon avis :

Je suis une fan de Klaus Mann, de ses romans, de ses engagements aussi. Lui et sa soeur Erika ont très tôt pris position contre le nazisme, engageant leur père à prendre position lui aussi (voir à ce sujet le roman La décision).

Seize textes, d’inégales longueurs. Le plus long est le tout dernier, publié de manière posthume en anglais un mois après le suicide de l’auteur, en allemand, traduit par sa soeur Erika en juillet 1949 : elle disposait certainement du manuscrit original de son frère. Dans « La crise de l’esprit européen », Klaus Mann s’interroge sur l’avenir de la littérature et de la pensée européenne. De grands auteurs se sont donnés la mort, d’autres sont méconnus, certains sont desservis par leur appartenance politique (le communisme fait peur). Comment se relever de ce qui s’est passé ? Le peut-on seulement ? Lui-même n’a pas de réponse, et n’apporte pas de notes d’espérance.

Klaus Mann était fasciné par la mort, par le suicide. Ces textes rendent hommage à Virginia Woolf, Stefan Zweig, René Crevel, mais aussi son ami Wolfgang Hellmert, à qui il dédie deux poèmes, ou Ernst Toller, dramaturge allemand. Klaus Mann renonce à écrire des panégyriques de circonstances, quitte à revenir sur des propos optimistes qu’il a tenus. Ainsi, comme il le dit au sujet d’Ernst Toller : Ce que j’avais dit à propos des oeuvres de Toller qui feraient un retour « triomphal » en Allemagne dès que le Troisième Reich s’effondrerait, y croyais-je vraiment ? D’abord, je n’ai jamais fait grand cas des pièces de Toller. Et ensuite, pourquoi retourneraient-elles en Allemagne ? Pour qui ? Y a-t-il quelqu’un qui les attende ? Se serait-il senti contraint de mourir si quelqu’un attendait ses pièces en Allemagne ?… Pauvre Toller. Il est mort parce qu’il s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de retour, ni pour lui, ni pour les oeuvres. 

Le jeune homme combattif n’est pourtant pas devenu un homme résigné. Inlassablement, il dénonce, il n’a pas peur de dire, ni de nommer. L’expression « théorie du complot » n’existait pas à l’époque, pourtant elle apparaît bien dans les propos des allemands qui ne voulaient pas croire en l’existence des camps de concentration. « Propagande », disait-on. Dès 1930, il s’adresse à Stefan Zweig dans « Jeunesse et extrémisme », lui reprochant de voir dans la montée du nazisme une simple révolte de la jeunesse. Dans « N’oubliez pas ! » il invite à lire les écrits des dignitaires nazis, pour mieux les combattre. Connaître son ennemi, pour réfuter ses thèses, est encore aujourd’hui indispensable à mes yeux.

Se pose aussi la question de la langue, de la difficulté non seulement d’avoir quitté son pays mais aussi de devoir abandonné sa langue maternelle dans « Le problème de la langue ». Klaus Mann revient sur ce qu’il a été, sur ce qu’il n’aurait jamais cru faire (abandonner sa langue maternelle pour de l’anglais, devenir « américaniser », penser en anglais, traduire en anglais). Il se pose non seulement la question de Pourquoi écrire ? mais aussi pour qui ? Klaus Mann se montre toujours préoccupé de l’avenir de son pays plus encore que du sien.

Que le destin de Klaus Mann, dont les écrits furent trop longtemps interdits dans son propre pays, ne nous fasse pas oublier ses oeuvres et son engagement. J’inscris tout naturellement ce livre dans mon challenge Histoire de famille, puisque c’est par admiration pour la famille Mann que je l’avais crée.

 

 

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4 réflexions sur “Le condamné à vivre, recueils de textes de Klaus Mann

  1. Quelle famille torturée mais, il y avait matière à l’être … Un billet superbe Sharon, je sens que je vais me pencher sur les écrits de cette famille … la contagion me gagne ! 😉 J’ai un peu peur de la difficulté des textes, ils sont durs à lire ou pas ?

  2. Un des plus grands auteurs du XXè siècle, pas tant par la « qualité littéraire » (bien qu’il ait une très belle écriture), mais il est surtout un observateur lucide de ses contemporains.

    J’ai beaucoup travaillé sur Klaus Mann ; ce titre « le condamné à vivre », est étrange car ce livre, tiré de Escape to Life se traduit habituellement par « condamné à vivre », sans le « le », ce qui est une modification de sens importante.

    A lire en parallèle, à ses journaux – où il est moins « complaisant » avec les gens qu’il fréquente.

    Ses problèmes de toxicomanie (morphine, héroïne) ont beaucoup contribués à le décrédibiliser, surtout dans sa lutte et ses démarches aux USA.

    ET, ne le cachons pas, j’ai une immense tendresse pour ce dandy engagé – ma référence, rien moins. Je finirai par monter et jouer ses textes, j’y travaille depuis l’INSAS.

  3. Grâce à toi je découvre cet auteur et la richesse littéraire de cette famille. Ce que tu dis sur le rapport à la langue maternelle m’intéresse particulièrement et me ramène à un autre auteur que j’aime beaucoup, Elias Canetti. Lui avait fait le choix de sa langue maternelle.

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