Archive | février 2015

Mauvaises eaux d’Inger Wolf

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Présentation de l’éditeur :

Deux femmes disparaissent sans laisser de traces à Ărhus. Le même automne, un paysan découvre dans un de ses champs, sous un tas de pierres, deux valises contenant deux corps de femmes. La peau de la première victime présente une multitude de traces en « Y » comme autant de petites incisions, les cheveux de la seconde sont piqués d’une fleur rarissime qui pousse essentiellement dans les prairies américaines. Le commissaire Daniel Trokic, en charge de l’enquête, devra s’intéresser de près aux rituels d’Afrique noire, aux vieilles mines de charbon danoises et aux sangsues….

Mon avis :

Les bibliothèques nous réservent de belles découvertes. Ainsi, ce livre faisait partie des nouveautés, j’ai tout de suite été attirée par le quatrième de couverture, et je n’ai absolument pas regretté son emprunt.

Daniel Trokic est l’enquêteur attitré de cette série, qui comporte à ce jour trois tomes (et j’attends avec impatience la parution du troisième). Il est originaire de Croatie, il garde le souvenir de ce pays dévasté, par flash. Il a une compagne, Christiane, et pense que la vie de couple, ce n’est pas facile. Il s’entend bien avec deux membres de son équipe, Jasper, joueur de poker quasiment clandestin à ses heures perdues, et Lisa, qui rentre tout juste de congé maternité (son fils a six mois).

Les fans de Camilla Lackberg, je pense, aimeront ce roman. Certaines caractéristiques, la nature des meurtres, le mobile du tueur m’ont rappelé les meilleurs romans de l’auteur suédoise. Maintenant… nous sommes dans le pur roman policier, la vie privée des enquêteurs n’a pas une part importante dans ce roman, non plus que les « intuitions ». Les relevés d’indices, les témoignages, les recherches, sur le terrain ou dans les archives, sont le quotidien des policiers.

Comme c’est presque devenu la coutume, nous entrons dans la tête du tueur. Peu, très peu : les chapitres qui lui sont consacrés sont très courts. Ce n’est pas lui qui est important, ce sont ses victimes, leurs souffrances, la souffrance de celles et ceux qui leur survivent et doivent maintenant vivre sans eux. Le but, bien sûr, est de découvrir l’identité du coupable, non en tant que tel, mais pour l’empêcher de faire une ou plusieurs victimes. Les enquêteurs ne sont pas des personnes animés d’un optimisme foncier, ils ne rêvassent pas en sirotant leur thé. Ils y vont franco, du moment qu’ils ont une piste et des preuves. Il est bon, parfois, de rappeler dans quel ordre les choses fonctionnent, les preuves ne doivent pas se plaquer sur les intuitions des enquêteurs. Ils bousculent, parfois, les personnes qu’ils interrogent, parce que si eux et la procédure ont tout leur temps, ce n’est pas le cas des victimes potentielles.

Pourtant, il était bien joli, ce coin de Danemark où nous a entraîné Inger Wolf. La pêche est bonne (prévoir tout de même un détour par le poissonnier le plus proche si vous souhaitez dîner), la campagne est agréable, la forêt est accueillante, même les pavillons sont sympathiques, on y prend soin des chats errants. Et si la plupart des personnes sont bien ce qu’elles paraissent être, nous découvrons aussi des lâchetés, des errances, des secrets, des coutumes et des traditions qui se mêlent aux découvertes de la science.

Mauvaises eaux, et la maison d’édition Mirobole qui l’édite tout comme elle a édité l’assassinat d’Hicabi Bey d’Alper Caniguz méritent tous les deux le détour.

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Retour de vacances – humeur d’un scénariste.

Revoici le scénariste de Les plumes d’Asphodèle – humeur.

J’avais dit que la reprise serait difficile. Je ne me trompais pas.
Nous avons été réunis tous les quatre, les quatre scénaristes d’une célèbre série télévisée dont j’aurai la correction de taire le nom.
– Le héros de la série a décidé de nous quitter.
Tiens ! Il est plus intelligent que je ne le pensais.
– Il souhaite que son personnage meure, je cite « d’une mort héroïque ».
Je retire ce que je viens de penser.
– Messieurs, je vous laisse donc libre de l’imaginer.

Mouais.
– Il provoque en moi une forte envie de me rendre au cabinet pour satisfaire un besoin naturel.
– Je dirai la même chose, mais en plus bref : il me gonfle, ce crétin prétentieux. Il ne peut tout simplement pas mourir entre deux épisodes ? Comme ça, on enchaîne le suivant avec un bel enterrement, et basta !
– Tu nommes son successeur avant ou après l’enterrement ?
– On verra quand on saura s’il y a un successeur. Pour des questions de parité, ce peut être « une » successeur. Sinon, quelqu’un a une idée neuve ? Parce que les miennes sont toutes usées.
– Qui dit « mort héroïque » dit « mort en protégeant quelqu’un ». Un de ses équipiers ?
– Non, après, on se traînera sa culpabilité sur au moins quatre épisodes, avec le personnage recroquevillé sur son canapé en tenue « cocooning » si c’est une meuf, ou en train d’écluser des bières si c’est un mec. Nan, le mieux, c’est il se sacrifie pour sauver un enfant. C’est juste bête qu’il n’en ait pas – dans l’histoire.
– Idée ! m’écriai-je. Prise d’otages dans une banque, un otage est blessé, il s’offre en échange et… Nan, c’est très bête.
Puis, cela avait été déjà écrit tellement mieux ailleurs. Voir FBI porté disparu pour plus de précision.
– On peut garder le principe de la prise d’otage.
– Mouais, repris-je. Dommage qu’on ne puisse tout simplement pas faire sauter sa voiture. Cela nous évite de nous demander arme à feu ? arme blanche ? dans le cœur ? dans la tête ? Non, parce que ceux qui se prennent une balle dans la tête sont toujours très beaux à la télé, alors que dans la réalité… Franck, mon frère médecin légiste, avait dû reconstituer une victime, et ce n’était beau ni à faire ni à voir.
– Imaginons, je dis bien imaginons
– On ne fait que cela…
– Que ce crétin veuille revenir dans une dizaine d’épisodes, parce que ses projets actuels ont pris l’eau. Non, parce qu’il ne faut pas se leurrer, j’ai lu qu’il était pressenti pour un grand rôle au cinéma. Comment on se dépatouille ?
– On lui crée un sosie ou un frère jumeau. Les spectateurs ont l’habitude. Ils n’attendent même que cela parfois.
– Meilleure idée : il est enlevé, on retrouve le corps des mois après, il est méconnaissable, du coup, ils ne sont pas surs que c’est lui, et cela nous laisse une porte de sortie.
– Objection votre honneur ! Les téléspectateurs regardent les Experts depuis dix ans. Ils savent pour l’ADN et le dossier dentaire, cela ne passera pas.
– Le cabinet de son dentiste a cramé, il a été adopté, donc aucun membre de la famille pour des éléments de comparaison, et comme c’est dommage, on ne possède aucun échantillon de son ADN.
– Adjugé vendu ! Et s’il n’est pas content…
– Qu’il écrive le scénario lui-même !

 

Le dragon d’ivoire de Fatos Kongoli

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Présentation de l’éditeur :

Fortement inspiré de l’expérience de l’auteur, Le Dragon d’ivoire raconte la vie d’un jeune étudiant albanais à Pékin dans les années 60. Il évoque ses rencontres avec la belle Sui Lin et la haine des Chinois pour tous les étrangers blancs. Il sera suivi, épié… son histoire d’amour sera considérée comme de l’espionnage. Peur, chantage et délation sont présents en Chine comme en Albanie. Ce roman poétique est un voyage au bout de l’absurde. On y retrouve les bonheurs d’écriture de Fatos Kongoli et son sens de la métaphore, mais sa force est de faire de l’aliénation, plus qu’un simple témoignage sur la société albanaise, une parabole tragique et grinçante sur la noirceur humaine.

Mon avis :

Le quatrième de couverture de ce roman est pour le coup particulièrement juste, et il devrait être n avertissement pout tout ceux qui se plongerait dans la littérature albanaise.

Que savons-nous de ce pays ? Quasiment rien. Que découvrons-nous à la lecture de ce livre ? Que l’Albanie a eu des échanges avec l’URSS, avec la Chine, que de jeunes albanais sont allés y étudier (tout comme l’auteur en son temps), mais qu’ils pouvaient ne pas y retourner, sans qu’on leur donne d’explications pour ce qui sonnait comme un bannissement. Que ce soit en Chine ou en Albanie, ils sont épiés, espionnés, dénoncés, tout est suspect dans le moindre de leur geste, leur moindre rencontre. Les délateurs, les espions sont anonymes, les mises en garde et les menaces obscures, métaphoriques. Les conséquences sont bien réelles. Est-ce pour cette raison que la fille du personnage principal lui écrit avec tant de détachement, que personne ne s’offusque qu’elle épouse quasiment le premier venu – tant qu’elle est mariée, donc à l’abri. Est-ce le régime communiste qui a privé ainsi les albanais de tous liens amoureux, amicaux, familiaux un peu comme si tous voulaient se venger de leur vie précautionneuse, minutée, en déversant ses rancœurs, ses actes manqués sur d’autres.

J’ai pensé à Kafka aussi, tant les situations sont absurdes, tant les liens de cause à effet sont implicites.

Que dire aussi de la vision de la Chine par les étudiants albanais ? Nous ne savons pas ce qu’ils étudient, nous savons qu’ils sont des idées reçues sur les chinois(es), sur les américains, que tout ce que dit l’organe officiel est forcément vrai. Nous voyons maintes brèves rencontres, maintes occasions perdues, maints petits incidents, alternant chapitres courts et chapitres amples sur le séjour en Chine. Nous avons le personnage principal et un double, qui lui écrit de très longues lettres, avec un destin parallèle au sien, et une vision très différente de ce qu’a été la vie du personnage principal.

De la dimension métaphorique se double une dimension fantastique : il donne voix aux morts, dans la grandeur et la décadence d’un gouvernement. ils sont les témoins involontaires de ce temps qui a passé, de ce temps révolu :  « Toutes ces histoires sont déjà dépassées, chacun de nous les a emportées dans sa tombe. Nous les gardons enfermés dans la prison de notre mémoire d’hommes morts ».

Le dragon d’ivoire est un ouvrage ardu, âpre, pour tous ceux qui s’intéressent à l’Europe de l’Est.

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Le message du pendu de Pieter Von Aspe

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 Mon résumé :

Une famille toute entière a été tuée. Le père aurait tué sa femme et ses enfants avant de se suicider, ce sont du moins les conclusions du légiste, arrivé de Pologne six mois plus tôt et déjà très ami avec Van In. Et si les apparences étaient trompeuses ? Le commissaire brugeois enquête.

Merci à Asphodèle qui m’a offert ce livre pour mon anniversaire.

Mon avis :

Revoilà mon cher Van In ! Et il a des problèmes, oh, là, là, mais alors de gros problèmes. Il est presque à deux doigts du divorce. Non, pas avec Hannelore. Encore que… Ils ont bien de petits soucis de couple, Hannelore prenant la mouche facilement mais rien n’est insurmontable. Non : Van In est à deux doigts de divorcer de la Duvel ! Il supporte moins bien l’alcool qu’avant, et au bout de trois bières… il ne réfléchit plus de manière cohérente. Enfin, suffisamment pour se rendre compte qu’il n’a plus ses capacités d’antan, et qu’il craint de ne pouvoir mener à bien cette enquête.

Elle est en effet particulièrement cruelle : une femme et ses deux enfants ont été sauvagement assassinés, le père a été retrouvé pendu dans les combles. Drame familial suivi d’un suicide ? C’est ce que tout laisse à croire. Van In, cependant, a des doutes, et subodore une réalité bien plus complexe. Pourquoi ce père aimant, cet époux attentif, ce gendre si aimé par son beau-père, qui ne veut pas le voir coupable, aurait abattu toute sa famille avec tant de sauvagerie ? De plus, il était à la pointe de l’écologie, et reversait une partie de ses bénéfices à des oeuvres de charité.

Il faut, littéralement, un autre meurtre pour relancer l’affaire, celle d’une prostituée de luxe, maîtresse du disparu. Comme quoi, il avait des zones d’ombre, qu’il vaut mieux explorer, même si certaines personnes, très haut placé (non, plus haut encore…) ne le souhaitent pas vraiment. Manque de chance (pour elle) : Van In est bien connu des services plus vraiment secrets, il n’est pas le genre à abandonner une affaire. Que faire, que faire ?

Le message du pendu nous plonge à la fois dans les rouages et les magouilles de la politique belge et dans son passé colonial, un peu oublié, sauf par ceux qui veulent récrire Tintin au Congo. Ah, il était joli, le temps des colonies. Dommage que, maintenant, on ne puisse plus tout faire en toute impunité. Dommage aussi que les faibles, les sans-grades, les gens qui n’ont que l’amour pour vivre ne se laissent plus manipuler facilement. Ils mettent tant de temps à bien vouloir mourir. Et Van In qui continue à mettre de la mauvaise volonté à disparaître du paysage. La justice est très lente, aveugle, cause des dégâts irréparable,  elle finit pourtant par triompher. A quel prix.

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Tous les démons sont ici de Craig Johnson

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Indien Crow d’adoption, Raynaud Shade est considéré comme le plus dangereux sociopathe des États-Unis et représente le cauchemar de tout policier. Finalement interpellé, il avoue avoir enterré un cadavre au beau milieu des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, et c’est à Walt Longmire que revient la tâche d’escorter Shade, en plein blizzard, jusqu’au corps. Mais le shérif sous-estime peut-être les dangers d’une telle expédition. Car pour tenter de rétablir la justice, il va devoir braver l’enfer glacial des montagnes et tromper la mort avec, pour seul soutien, un vieil exemplaire de La Divine Comédie de Dante.

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Mon avis :

Si, comme moi, vous êtes fan de Craig Johnson et de son personnage Walt Longmire, vous n’aurez que faire de mon avis, vous vous serez déjà précipité chez votre libraire préféré et vous aurez lu cet opus. Si vous ne connaissez pas cette série policière, je ne puis que vous conseiller de combler cette lacune le plus rapidement possible, en lisant toute la série de préférence.

En effet, il me semble plus difficile de savourer pleinement la lecture de ce tome si vous n’avez pas lu les aventures antérieures de Walt. Il revient à l’endroit où il a déjà largement souffert dans Little Bird. Il évoque les blessures reçues dans le passé, et pas aussi cicatrisées qu’il le croit. Le destin le remet sur le chemin de « l’indien blanc« , qui évoquera avec lui le camp des morts. Oui, j’en dis déjà beaucoup, mais faites-moi confiance : Craig Johnson est un adepte de la polysémie.

Walt se passerait bien de l’affaire qu’on lui confie : escorter un dangereux sociopathe, en pleine tempête de neige. Shade est accompagné d’autres détenus, aux casiers judiciaires moins chargés, moins redoutables. Mais ….quel détenu ne serait prêt à tout pour recouvrer sa liberté, surtout si la mort est au bout du chemin ? Presque tous. Aussi, Walt se montre particulièrement méfiant, attentif au moindre détail, réactif aussi. Comme il le dit lui-même : « si on était bon juge de l’homme que l’on avait en face de soi, on avait une chance de survivre. Dans le cas contraire, on devenait la victime qui recevait les honneurs. La question n’est jamais qui est le plus rapide, le plus fort, le plus résistant, mais plutôt qui, au moment où d’autres marqueront une pause, déciderait d’agir en premier. »

Rédiger la suite de mon avis est difficile, parce que j’ai vraiment été profondément émue par ce récit, moi qui ne m’émeus vraiment pas facilement. Dès que Shade s’évade, avec un paquet d’otages avec lui pour faire bonne mesure – il ne faut pas se leurrer, il n’accorde aucune attention à la vie de ceux qui l’entourent, ce sont juste des utilités – Walt Longmire se trouve confronter à un choix : attendre gentiment les renforts, qui peinent à avancer dans cette tempête, ou se lancer seul à la poursuite de Shade. Vous vous doutez bien qu’il choisit la seconde solution, et tant pis pour les difficultés ou les risques encourus. Walt s’engage dans la montagne avec peu de bagages, si ce n’est L’enfer de Dante et son humour. Comme il le dit lui-même : « Je ne pouvais pas mourir – il y avait trop de femmes qui me tueraient. « 

La suite du récit est vraiment une confrontation, un face à face avec la nature dans ce qu’elle a de plus âpre. Nous suivons pas à pas Walt sur cette terre et ses légendes, jusqu’à l’affrontement final. Avant ceci, aura été distillé une série de confrontations, comme autant d’obstacles que ce petit Poucet meurtrier qu’est Shade aura laissé sur son chemin. Tous les démons sont ici, dit Walt. Heureusement, ils ne sont pas les seuls à être venus.

Un très beau roman.

Pain, éducation et liberté de Petros Markaris

9782021125436Présentation de l’éditeur :

2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés. C’est alors qu’un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d’envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s’être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l’époque pour formuler sa revendication : « Pain, éducation, liberté». Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l’extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.

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Mon avis :

Le roman a été écrit en 2012, imaginant une Grèce qui aurait renoncé àl’euro pour retrouver le drachme. Politique fiction ? Oui, mais le drame grec est bien réel, et s’inscrit dans son histoire.

Charitos fête le jour de l’an en famille, une famille qui se veut unie en dépit d’un présent peu réjouissant et d’un futur plus confus encore. Son salaire est suspendu pour trois mois – si tant est que ce qu’il touchait jusque là puisse être considéré comme un salaire digne de ce nom. Sa fille, que son ami Zissis, grand résistant dans le passé et le présent, a convaincu de rester au pays, ne gagne aucun salaire. Son gendre est réduit à la portion congrue alors qu’il est médecin. Pour survivre, rien ne vaut l’union – et la simplicité. De France on imagine mal à quel degré de pauvreté sont parvenus les grecs. Conserver sa dignité est une lutte quotidienne pour ceux qui n’ont plus rien.

La crise n’empêche pas les crimes – et le premier meurtre commis touche directement un ancien révolutionnaire, un de ceux qui a résisté lorsque la junte militaire a pris le pouvoir. Mais qui peut en vouloir à ses héros modernes ? Et bien… des personnes qui savent pertinemment que la crise n’est pas arrivée toute seule en Grèce, et qu’il a bien fallu que cette génération, ceux qui sont sur le point de prendre leur retraite, ait participé à ce qui est aujourd’hui la débâcle grecque.

Ce n’est pas que Charitos enquête mollement, non, il fait ce qu’il peut avec les moyens du bord, laissant sa chère voiture au garage parce que, de toute façon, il manque un peu d’essence pour la faire rouler. Il est stupéfait par le fossé qui s’est crée entre les générations, entre les parents et leurs propres enfants, qui tiennent à réussir par leur propre moyen plutôt que de suivre les traces de leurs pères. Et il semble que, parfois, donner des cours à des détenus alors que l’on est soi-même incarcéré soit le début d’une existence réussie.

Pain, éducation, liberté est le portrait d’une génération désabusé, parce qu’elle a déjà tout perdu avant même que sa vie n’ait commencé.

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Rave d’une nuit d’été d’Ira Ishida

Mon résumé :

Quand le chef des G-Boys, avec lequel vous êtes ami, vous invite à une « surprise », vous ne vous défilez pas, vous y allez. Quand il vous dit de venir avec votre petite amie (hi, hi) et qu’il sait pertinemment que vous n’en avez pas, vous amenez Eddy, un métis qui adore faire la fête. Mais ce n’est pas pour le plaisir de lui faire partager une rave que le chef des G-Boys a invité Makoto, le démêleur d’embrouilles, non, c’est pour lui montrer qu’une nouvelle drogue a fait son apparition, et qu’elle fait des ravages.

logo-challenge-c3a9crivains-japonaisMon avis :

Voici le dernier volume des aventures de Makoto, toujours vendeur de fruits à Ikebukuro West Gate Park, toujours en train de résoudre des problèmes, avec l’aide bienveillante de sa maman, qui le laisse quitter plus tôt le magasin si nécessaire.
La drogue, ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout le rayon de Makoto. La drogue existe, il en est conscient, mais il ne « pratique » pas, au contraire de la jeunesse japonaise qui en prend pour pouvoir s’amuser jusqu’au bout de la nuit, et même au-delà, quitte à se mettre le cerveau en ébullition, quitte à ne plus se souvenir de ce qu’elle a fait durant tout ce temps. Les conséquences ? Ils s’en moquent. Je n’ai pas dit qu’ils n’en étaient pas conscient, ils savent parfaitement que la mort peut être au bout du chemin. Qu’importe ? Ils ne vivent que pour l’instant présent, et sont prêts à tester toutes les substances possibles – tant qu’elle leur fait plus d’effets que la précédente.
Ajoutez à cela qu’il y a de la « vraie » drogue, presque breveté, et de la « fausse », qui imite celle qui remporte du succès – en étant plus dangereuse. Plus qu’une affaire de drogue, c’est à une affaire de lutte de territoire que nous assistons, entre ceux qui veulent garder le leur, et ceux qui veulent le conquérir.
Et Makoto, dans cette intrigue ? Comme l’écriture est rétrospective, nous découvrons les reproches qu’il s’adresse – après coup, les faits qu’il aurait dû voir, les mots qu’il aurait dû interpréter. Il est particulièrement dur avec lui-même, et ce n’est pas moi qui irai lui reprocher son manque de compassion envers les dealers. « Bien fait pour eux », dit-il, quand ils ont eu peur de mourir, spontanément, comme une colère face aux morts qu’il n’a pu empêcher.
Rave d’une nuit d’été, ou un coup de projecteur braqué sur une jeunesse japonaise désabusée.

 

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