Le quinconce, tome 1 de Charles Palliser

Présentation de l’éditeur :

Nous sommes dans l’Angleterre du début du XXe siècle – celle des romans de Dickens – et nous découvrons avec le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, la cruauté qui fonde les castes sociales et celle qui déchire les êtres. A l’occasion d’une rencontre avec une gamine de son âge, Henrietta, fille des chârelains de l’endroit, il croit comprendre que sa mère et lui, pauvres parmi les pauvres mais attachés au maintien d’une improbable dignité, sont mystérieusement apparentés aux propriétaires du vaste domaine voisin: Hougham, lieu de sinistre réputation s’il en est. Mais il s’agit là d’un secret qu’il vaut mieux ne pas trop creuser si l’on tient à avoir la paix- car « l’ennemi » dans la terreur duquel vit sa mère pourrait bien être plus réel qu’il n’y paraît…

Merci à Babelio et aux éditions Libretto pour ce partenariat.

Mon avis :

 L’action se passe dans un petit village anglais, quasiment coupé du monde. Rien d’étonnant : nous sommes au début du XIXe siècle, la révolution industrielle n’a pas encore commencé, et seule le passage de la diligence sur la grand route vient troubler le calme de ce village. Parfois, des étrangers traversent le village, il ne manque pas d’être repérés, puis chassés : ces chemineaux n’ont rien à faire ici.

Attardons nous dans cette belle maison, justement, là où ce chemineau vient de se faire rembarrer de la belle manière. Y vivent une femme seule, et son fils John, le narrateur de cet histoire, tout jeune garçon dont le lecteur suivra la croissance. Ils sont entourés par la nourrice, la cuisinière, une jeune servante, un jardinier aussi, occasionnellement. La jeune femme pourrait respirer la tranquillité – pas du tout. Les ordres sont stricts, son fils ne doit parler à aucun étranger (cette consigne n’est pas si différente de celles que donnent les parents contemporains à leur progéniture), son fils n’a pas le droit de s’aventurer dans telle ou telle partie du village. Il ne peut non plus poser des questions sur son père, ou sur le père de Sukey , la jeune domestique superstitieuse. Ses interdits lui pèsent-ils ? Il est un enfant, un enfant solitaire, qui n’a pour compagnon de jeu que sa mère, les lectures qu’elle ou sa nourrice lui font. Aussi transgresse-t-il parfois, les interdits, se questionne-t-il sur tout ce qui l’entoure, attentif aux symboles et aux objets.

Le quatrième de couverture compare ce roman à Dickens, et je ne puis qu’être d’accord. Il montre la misère noire qui sévissait jusque dans les villages les plus paisibles, la difficulté à simplement vivre – et je ne parle même pas « vivre décemment » pour les domestiques trop âgés pour servir, ou pour les jeunes domestiques en charge de leurq nombreux frères et soeurs. J’ai surtout pensé aux Contes des deux villes, pour les procédés narratifs (ah ! ce narrateur omniscient qui s’introduit jusque dans les logis les plus secrets de la capitale anglaise, qui suit pas à pas des êtres qui pourraient être des disciples de Fagin) et à David Copperfield, pour les descriptions particulièrement évocatrices, qui s’intègrent parfaitement au récit et  pour le destin contrarié de John. Sa mère a la douceur de celle de David, la naïveté aussi, sans pour autant être tombée dans les griffes d’un nouveau mari. Ses adversaires n’en sont pas moins redoutables, et elle semble terriblement démunie, terriblement seule aussi – et les paroles de Bissett sonnent comme autant d’inquiétantes anticipations.

Ce tome 1 du Quinconce est terriblement prenant. Quelles nouvelles épreuves attendent la mère et son fils dans les tomes suivants ?

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8 réflexions sur “Le quinconce, tome 1 de Charles Palliser

  1. J’ai lu la série il y a longtemps, j’avais comme toi été fascinée et je ne pouvais pas m’arrêter. Pourtant, j’ai eu la sensation de ne pas saisir toutes les subtilités de la construction du récit. Je crois que l’auteur joue beaucoup avec le lecteur.
    J’attends la suite de tes billets avec impatience.

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