Pain, éducation et liberté de Petros Markaris

9782021125436Présentation de l’éditeur :

2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés. C’est alors qu’un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d’envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s’être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l’époque pour formuler sa revendication : « Pain, éducation, liberté». Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l’extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.

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Mon avis :

Le roman a été écrit en 2012, imaginant une Grèce qui aurait renoncé àl’euro pour retrouver le drachme. Politique fiction ? Oui, mais le drame grec est bien réel, et s’inscrit dans son histoire.

Charitos fête le jour de l’an en famille, une famille qui se veut unie en dépit d’un présent peu réjouissant et d’un futur plus confus encore. Son salaire est suspendu pour trois mois – si tant est que ce qu’il touchait jusque là puisse être considéré comme un salaire digne de ce nom. Sa fille, que son ami Zissis, grand résistant dans le passé et le présent, a convaincu de rester au pays, ne gagne aucun salaire. Son gendre est réduit à la portion congrue alors qu’il est médecin. Pour survivre, rien ne vaut l’union – et la simplicité. De France on imagine mal à quel degré de pauvreté sont parvenus les grecs. Conserver sa dignité est une lutte quotidienne pour ceux qui n’ont plus rien.

La crise n’empêche pas les crimes – et le premier meurtre commis touche directement un ancien révolutionnaire, un de ceux qui a résisté lorsque la junte militaire a pris le pouvoir. Mais qui peut en vouloir à ses héros modernes ? Et bien… des personnes qui savent pertinemment que la crise n’est pas arrivée toute seule en Grèce, et qu’il a bien fallu que cette génération, ceux qui sont sur le point de prendre leur retraite, ait participé à ce qui est aujourd’hui la débâcle grecque.

Ce n’est pas que Charitos enquête mollement, non, il fait ce qu’il peut avec les moyens du bord, laissant sa chère voiture au garage parce que, de toute façon, il manque un peu d’essence pour la faire rouler. Il est stupéfait par le fossé qui s’est crée entre les générations, entre les parents et leurs propres enfants, qui tiennent à réussir par leur propre moyen plutôt que de suivre les traces de leurs pères. Et il semble que, parfois, donner des cours à des détenus alors que l’on est soi-même incarcéré soit le début d’une existence réussie.

Pain, éducation, liberté est le portrait d’une génération désabusé, parce qu’elle a déjà tout perdu avant même que sa vie n’ait commencé.

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5 réflexions sur “Pain, éducation et liberté de Petros Markaris

  1. C’est le même auteur que pour « désespérance/désespoir » ? Je vais aller vérifier ! C’est sûr que c’est intéressant d’avoir des témoignages aussi proches (dans le temps). Je n’imaginais pas une telle pauvreté ! Bouh !

    • Oui, c’est le même auteur, ce livre est la suite directe de celui pour lequel je parlais de désespérance/désespoir.
      Moi non plus, je ne l’imaginais pas, ces romans, en dépit de quelques modifications, semblent très proches de la réalité.

  2. Pingback: *** « Pain, éducation et liberté » de Petros Markaris | Le Hibou et le Papou

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