Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus.

Présentation de l’éditeur :

1945. Saint-Pierre-de-Chaillot, l’une des paroisses les plus huppées de Paris. Toute l’aristocratie, beaucoup de la politique et pas mal de l’art français se pressent pour enterrer la duchesse de Sorrente. Cette femme si élégante a traversé la guerre d’une bien étrange façon. Elle portait en elle un secret. Les gens du monde l’ont partagé en silence. « Ce sont des choses qui arrivent », a-t-on murmuré avec indulgence.
Revoici donc la guerre, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Natalie de Sorrente. À l’heure où la filiation décide du sort de tant d’êtres humains, comment cette femme frivole va-t-elle affronter la révélation de ses origines ?
Les affaires de famille, ce sont des choses qu’on tait. La littérature, ce sont des choses qu’on raconte. Dans ce roman où l’ironie est à la mesure du fracas des temps, Pauline Dreyfus révèle une partie du drame français.

Mon avis (bref) :

J’ai beaucoup aimé ce livre.

Mon avis (très développé) :

Il est parfois lassant de répéter qu’un blog est avant tout personnel, et que son auteur (moi, en l’occurence) est parfaitement libre d’écrire son opinion, même si elle doit commencer par de longues digressions personnelles. Ceux qui n’ont pas envie de me lire peuvent s’en dispenser, tout comme ils peuvent se dispenser de m’infliger leurs commentaires. Merci d’avance.

Il est des personnes que l’aristocratie fascine, que la pureté de la généalogie émoustille, et qui déplore, en des termes bien moins courtois que les miens, que les altesses actuelles galvaudent ce sang si précieux. Certes, je ne pense pas qu’ils soient très nombreux, mais ils existent, et je ne m’imagine pas en train de discuter avec eux sur cette notion de pureté, parce que je me fâcherai très vite. Il est des personnes pour déplorer que la grande époque, décrite par Pauline Dreyfus dans son roman, celle où l’on donnait des bals magnifiques avec des invités triés sur le volet, n’existe plus. Tant de fastes, tant de luxe ! Que cet âge d’or soit terminée est une véritable malédiction. Il en est encore qui, comme l’héroïne, ne se préoccupe que de la mode, de ce qu’il faut porter cette saison, et attendent avec ravissement les dernières collections. Mon désintérêt quasi-total pour la mode est venu à l’adolescence, quand aucune des marques vedettes « pour ado » n’avaient prévu de tailles assez grande pour vêtir quelqu’un qui portait du 40. Vingt ans plus tard, je n’ai guère changé (sauf de poids) et suis bien incapable de frémir pour une longueur d’ourlet (sauf quand celui de ma robe noire s’est décousue par accident).

Où veux-je en venir ? Pauline Dreyfus a bien du talent pour m’avoir séduite en choisissant comme sujet ce milieu doré, qui traversa la guerre comme un long exil forcé dans son propre pays, avec comme leitmotiv « ce sont des choses qui arrivent ». Cette formule couvre bien des réalités, de l’adultère à la naissance d’un enfant adultérin, à la nécessité de côtoyer certains invités, ou à la disparition de certains amis. Le tout n’est même pas que les apparences soient sauves, comme si certains pouvaient épier un signe, un geste, non, le tout est que rien ne vienne déranger ces existences mondaines si remplies de bals, de réceptions, de représentations. Une vie très lisse, en somme, faite de conversations brillantes et vides, d’unions dans lesquels on égrène la généalogie de chacun, très fier de descendre d’un roi ou d’un prince, gommant toutes les aspérités de son arbre, un peu comme un chirurgien rabotant un nez bossu. Tout pour les apparences, et rien au-delà, puisqu’il n’y a rien.

Il ne s’agit pas non plus, dans ce roman, de ressentir de la sympathique pour ces personnages : ils n’en ont pas besoin. Je sais pertinemment que les familles aisées cachent autant de drames que les autres mais là… Non, aucun drame véritable ne touche Nathalie, et même si elle découvre le secret de familles que tous lui avaient caché, elle n’en a jamais subi les conséquences, elle n’en a jamais souffert, allant même jusqu’à reproduire (force de l’insconscient ?) ce que sa mère avait fait. En analysant, il est évident que Nathalie découvre ce secret au pire moment. Elle a été fragilisée par la naissance de son fils, dont elle se remet mal – et à la complaisance d’un médecin qui a met sous morphine pour supporter les douleurs post-césarienne. Elle vient de perdre sa mère, dont elle n’était pas proche, mais qui lui assurait une filiation certaine. Elle dont la seule identité était constituée par la généalogique qu’elle transmettait fièrement à sa fille n’en a plus, et il lui est difficile de reconstruire quelque chose qu’elle ne s’est jamais donnée la peine de construire.

Il lui est dur, aussi, pour la première fois de sa vie, de se questionner sur ce qui se passe autour d’elle. Oh, il ne faut pas s’attendre à une révolution, il ne s’agit pas même de le pousser très loin, mais de se demander ce que l’on reproche aux juifs, et ce qu’on leur fait, une fois arrêté. Personne ne se pose ses questions, autour d’elle, surtout pas son mari, même s’il connaît les ascendances véritables de sa femme (que personne ne peut prouver). Tous acceptent les lois sans y s’interroger dessus, croyant, et répétant ce que le gouvernement, avec Pétain à leur tête, leur dit, non parce qu’il est bien plus facile de ne surtout pas réfléchir mais parce qu’ils n’ont pas l’habitude de le faire. Pour eux, la menace n’est pas chez eux – certains gradés sont même des camarades de mondanités – elle vient de l’extérieur, elle est communiste, et les allemands sont parfaits pour la repousser.

Ce sont des choses qui arrivent … Oui. Il faut tout faire pour qu’elles ne recommencent plus.

challengerl2014

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6 réflexions sur “Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus.

  1. J’aime beaucoup quand tu fais des digressions et que tu allonges tes billets (chacun ses goûts) ! 😉 Un point de vue intéressant et un livre qui pourrait me plaire ! J’ai lu il y a peu (je ne sais plus où) que les secrets de famille avaient un impact sur les deux générations qui suivent, mais c’était un avis…

    • C’est en réponse à un commentaire sur le billet « Pour l’amour de Claire ». Plutôt que de rentrer dans le cadre, j’ai alors envie de déborder.
      La psychogénéalogie pense que cela peut même durer bien plus longtemps si le « problème » n’est pas mis à jour. J’ai trouvé, dans ma famille, une belle lignée d’orphelin depuis 1830, brisée aujourd’hui – une bonne thérapie n’y est peut-être pas étrangère.

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