Archive | décembre 2014

La chambre des officiers de Marc Dugain

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Mon résumé :

1914, mobilisation générale. Parmi les conscrits, Adrien Fournier, jeune ingénieur. La guerre, il ne la verra pas. Première mission de reconnaissance, et un obus marquera la fin de la guerre pour lui. Non, il n’est pas mort, son visage a été tranchée comme par une hache. Amené à Paris, au Val de Grâce, seul hôpital capable de soigner ses blessure, il est le premier occupant de La chambre des officiers.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

J’ai lu beaucoup de premiers romans cette année, et rares sont ceux que j’ai pu qualifier de coup de coeur, de parfaites réussites. Vous me direz… On sait, désormais, que Marc Dugain est un auteur connu, reconnu, qui n’en est plus à son coup d’essai. Oui, mais quand La chambre des officiers est paru, on ne le savait pas, on pouvait simplement le prévoir, tant ce roman est époustouflant.

Il est rétrospectif, d’abord. Dès la première page, on sait qu’Adrien, bien que mobilisé, ne verra pas la guerre des tranchées. Pourquoi ? Comment ? Les pages suivantes nous le révèlent, avant de nous raconter sa guerre. La sienne, et celle de ses amis.

Elle ne désemplit pas, cette chambre des officiers. Certains n’y font que passer, parce que leurs blessures sont moins graves que prévues, parce qu’ils n’ont pas survécu, parfois même pas repris connaissance. Parmi les survivants, deux hommes prendront une grande importance dans la vie d’Adrien : Paul Weil et Henri de Penanster. Oui, il serait facile de dire que les trois hommes sont devenus amis parce qu’ils sont des gueules cassées. Ils sont devenus amis parce qu’ils ont la volonté de vivre, malgré tout, la volonté de ne pas se plaindre, la volonté de ne pas achever le travail commencé par les allemands, la volonté d’aider aussi les nouveaux arrivants. Eux aussi mènent leur guerre, contre ceux qui désespèrent, contre le regard des autres aussi. Les infirmières, les médecins, qui s’acharnent à redonner leur humanité aux patients, par des gestes simples (mais auxquels il fallait penser, comme donner à Adrien une ardoise pour qu’il puisse « parler ») se sont habitués à leur visage, et affronter le monde extérieur, c’est aussi se confronter aux regards des autres. Comme une nouvelle bataille. L’une des plus importantes, peut-être.

Ce roman ira jusqu’au bout de l’amitié entre les trois hommes, jusqu’au retour à une vie que l’on peut qualifier de « normale » : un travail, un mariage, des enfants. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, aussi, et voilà deux anciens soldats qui montent au front pour en sauver un troisième. Combattre est toujours possible, transmettre aussi : la dernière phrase du roman est à ce titre exemplaire.

La chance que tu as de Denis Michelis

9782234077416-XMa présentation :

Un jeune homme se rend, véhiculé par ses parents, dans un domaine. Ceux-ci lui ont trouvé un travail. Il ne mesure pas « la chance qu’il a ».

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

Hier, je suis allée à Paris, j’ai assisté à la représentation du Misanthrope de Molière, avec l’excellent Loïc Corbery en Alceste. Dans le train du retour, j’ai lu La chance que tu as. Et je n’ai pas du tout aimé ce premier roman.

Ce roman serait-il un conte ? Si oui, ce serait le troisième que je lirai cet année, et, dans un tout autre registre, le troisième à montrer les dures réalités du monde du travail pour les jeunes qui vivent encore au crochet de leurs parents.

Conte ou fable, finalement, sans morale, si ce n’est les phrases assénées au personnage principal, sans nom, sans âge, qui ne sait même plus ce qu’il fait ou ce qu’il ne fait pas, qui perd la notion du temps, qui se perd, se fait exploiter, et finit par se fondre dans le décor. Il subit humiliation sur humiliation, avec ou sans (dé) gradation et ne proteste pas, ne réplique pas. Avec « la chance que tu as », tu ne vas pas en plus te plaindre, tout le monde n’a pas de travail, etc, etc…

Les chapitres, courts, les personnages, nommés, désincarnés, bourreaux après sans doute avoir été victime en leur temps, montrent que le monde du travail est impitoyable, absurde, comme le montre aussi l’absence de liens logiques entre certains épisodes. Rien de neuf sous le soleil, donc, mais l’impression tenace d’avoir perdu mon temps à lire ce livre. challengerl2014

Le frelon noir de James Sallis

couv6436548.gifPrésentation de l’éditeur :

Pendant une période agitée d’activisme, de colère et d’âpre tension raciale, un sniper fait monter d’un bon cran la pression d’un été étouffant de La Nouvelle-Orléans en flinguant les passants comme des cibles de foire. La sixième victime, une femme, est abattue pendant qu’elle marche au côté de Lew Griffin. Elle est Blanche, il est Noir. Il a le cœur durci par l’injustice et la boisson et, même s’il vient juste de rencontrer son infortunée compagne, Griffin sait que c’est à lui de trouver le tueur avant qu’un cinglé ne jette la dernière allumette dans une déjà très volatile poudrière urbaine.

100142514.to_resize_150x3000Mon avis :

La découverte d’un auteur peut provoquer un choc, et celui-ci en est un – pas autant que la découverte de l’oeuvre de Ken Bruen, mais presque. Avoir enchainé un roman de Ian Rankin et celui-ci prouve une chose : la lecture de deux bons romans à la suite ne nuit ni à l’un, ni à l’autre, bien au contraire.

Etre noir à la Nouvelle Orléans (ou dans tout autre état américain) en ce début des années soixante signifie ne pas avoir beaucoup de droit, sauf celui de se faire arrêter par la police sans véritable raison, et relâcher quand elle y aura pensé (ou si elle y pense). Bien sûr, certains militent activement pour l’égalité des droits, d’autres usent de la violence pour que rien ne change, comme ce sniper que la police ne parvient pas à arrêter.

L’enquête n’est pas vraiment le coeur de l’action, plutôt le portrait de cette Amérique des années 60 bien loin des jolies clichés polychrome. Pas de rock, pas de créatures de rêves en bikini, mais des hommes, des femmes, qui peinent à trouver du travail, à s’imposer dans une société qui n’en a rien à faire d’eux. Fait intéressant, on sent que le récit est rétrospectif, puisque le narrateur nous donne des indications sur son avenir, sur celui des personnages qui l’entourent et sur le contexte historique (s’il indique que le premier Kennedy a été assassiné, c’est qu’il sait déjà que le second le sera). C’est sans doute aussi pour cette raison que le ton est si désabusé, et non rempli d’espoir en des lendemains meilleurs. Ne croyez pas cependant que Lew soit un contemplatif, qui attend que les problèmes trouvent ou non leur solution. Il est plutôt du genre à aller au devant du danger – et des problèmes qui vont avec.

Un auteur dont je poursuivrai la découverte dans les jours à venir.

Le bal des louveteaux – préparation.

– Je ne la sens pas cette soirée ! s’était exclamé le CPE.

– Rassurez-vous, tout se passera bien, répondit Gaël de Nanterry, directeur du pensionnat et neveu de l’alpha de la meute du Sud, j’ai pris quelques précautions élémentaires.

– Ah, bon ?

L’avantage d’avoir un directeur qui a grandi dans une meute, dont la maman est médecin spécialisée dans la lycanthropie et qui est lui-même lycanthropologue et vampirologue, c’est que l’on évite des catastrophes.

-C’est à dire ? reprit le CPE.

Gaël de Nanterry énuméra quelques précautions :

– pas de sapin dans la salle de bal ! En cas de crise, des louveteaux peureux pourraient grimper dedans, et bonjour la chute.

– pas de chaise en bois, pas de table en bois, pas d’estrade en bois : si les choses dégénèrent (et un bal des louveteaux sans dispute n’est possible que dans une crèche, et encore), tout ce qui est en bois sera immédiatement mordu, cassé, brisé, au mieux, ou sera utilisé comme armes. Reste le parquet, mais en trente ans de bal, Gaël n’avait jamais vu de garous arracher le parquet. Que du plastique : difficile à casser, à mordre, le goût n’est pas terrible, et puis… Entendre votre adversaire dire : « même pas mal », c’est rageant.

– Pas d’orchestre. En cas de réconciliation (et elle survient assez vite), tous sont pourtant d’accord pour dire que si les musiciens avaient été meilleurs, avaient joué des morceaux plus lupins… la bagarre n’aurait pas eu lieu ! L’orchestre a alors intérêt à courir très vite.

– Mais, reprit le CPE.. Qui passera de la musique ?

– L’ancien alpha de la meute du Nord. Il a beau avoir pris sa retraite depuis plus de quinze ans… Il impressionne toujours autant. Et il en a déjà maté de très coriaces. Je me rappelle d’un bal où deux loups s’étaient violemment empoignés, au point de casser… trois fenêtres avant d’être séparés par ses soins et envoyés dans le décor. Il a promis d’être très gentil avec les louveteaux – il sera secondé par monsieur Trukenski.

Le CPE se sentit un peu rassuré… à l’idée de ne pas assurer le service d’ordre.

a_Nina_encore_des_moutons_d'hiver_et_des_pierres_!

Meurtres au palais de Magdalen Nabb

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Résumé :

L’adjudant Guarnaccia assiste à la fête du Calcio Storico de Florence, lorsqu’il est entraîné par un étrange personnage jusqu’à une porte menant dans la tour d’un palais. Dans l’une des salles gît le cadavre de son maître, l’époux de la célèbre marquise Ulderighi. Suicide ? Meurtre ? Ou simple accident ? Tous les occupants de la noble demeure, la marquise en tête, aspirent à une conclusion rapide de l’enquête et notre adjudant aurait tout intérêt à valider la thèse de l’accident. Mais l’atmosphère pesante des lieux et la personnalité de ses habitants attirent vite les soupçons de Guarnaccia. Car même s’il risque sa carrière en l’affirmant, il est convaincu que le palais séculaire a été le théâtre d’un acte criminel.

Mon avis

Il n’est crime plus difficile à résoudre que celui sur lequel personne ne veut que l’on enquête. Le mari de madame la marquise est mort ? Et bien soit ! Que vient donc faire la police dans cette affaire ? La marquise est la dernière descendante d’une des meilleures et des plus anciennes familles de la ville. On dit même qu’elle serait victime d’une malédiction, le palais serait hanté ! Ce n’est pas que la marquise vit au moyen-âge et pense encore que la police est à ses ordres, comme ses domestiques, non, la marquise vit hors du temps et n’a que faire des sordides contingences actuelles.
Et Guarnaccia ? Il sent la tragédie, et veut aller au delà des apparences. Des années, à vivre, à enquêter à Florence lui ont permis d’acquérir le doigté nécessaire pour savoir comment enquêter – en toute discrétion. Comment savoir aussi quand il faut se taire. Certains morts méritent de reposer en paix.
Meurtre au palais est un huis-clos tragique, où raison et folie se cotoient.

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Love stage de Mikiyo Studa

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Présentation de l’éditeur :

Sena Izuma est le dernier né d’une famille composée uniquement de personnes célèbres et talentueuses. Malheureusement pour lui, il est loin de respecter la norme familiale. Sena est un Otaku fan de «Magical Girl LalaLulu» et ne rêve que d’une chose : devenir un mangaka ! Cependant, un jour, il finit par apparaître malgré lui dans une publicité. Ne pouvant refuser, cette expérience restera un très mauvais souvenir pour lui. Dix ans plus tard, Sena voit son passé refaire surface quand il retrouve Ichijou Ryouma, un jeune acteur très populaire, avec qui il avait tourné LA fameuse publicité …

Merci à Babelio et aux éditions Taifu comics pour ce partenariat.

Mon avis :

Que signifie « être normal » ? Izumi, le héros de ce yaoi, considère qu’il est le seul membre de sa famille à l’être, parce qu’il n’est pas un artiste. Mais si l’on admet qu’être « normal » signifie « qui n’a rien d’exceptionnel » ou « qui est conforme au plus habituel », Sena, qui refuse de devenir acteur, ou chanteur comme tous les autres membres de sa famille, est-il réellement normal, à leurs yeux et à ceux (munis de lunettes) de Rei Sagara, qui gère la maison de production de la famille ? D’ailleurs, il souhaite pratiquer un métier artistique, puisqu’il veut devenir mangaka. Premier  problème (et de taille) : il ne dessine pas très bien. Second problème : ses parents, son frère aîné aiment beaucoup Izumi et ne veulent surtout pas qu’il devienne un otaku, un de ses adolescents qui passent ses journées (et ses nuits) enfermés dans sa chambre, à lire des mangas, à jouer à des jeux video, bref, à être totalement coupés du monde. Ils ne veulent que le bien du petit dernier, et n’ont pas renoncé à en faire un artiste.

Vous me direz, pour l’instant, on n’est pas vraiment dans le yaoi. Je vous rassure, on y vient. En effet, à la liste des problèmes que rencontre Izumi, s’en rajoute un autre : il a tourné dans une publicité dix ans plus tôt, grimé en fille. Nécessité fait loi : on n’avait que lui sous la main, et il a parfaitement fait l’affaire. A l’heure actuel, le gentil garçon qui lui tenait la main dans la publicité est devenu adulte, il est célèbre et il veut bien tourner une nouvelle publicité… avec sa partenaire de l’époque. Et c’est là que tout se gâte… ou presque.

Et oui, l’intrigue n’est pas si simple, parce que les personnages ne le sont pas. Comment admettre que la fille dont on est amoureux est en fait un garçon ? Et une fois qu’on l’a admis, que faire ? Renoncer ou accepter ? Et le garçon-fille (pour emprunter le terme à une chanson d’Indochine), comment réagit-il ? Le graphisme qui le définit montre sa jeunesse, son immaturité aussi, lui qui ne peut se passer de ses doudous, et se demande bien ce qui lui arrive. Mine de rien, sa famille le surprotège et l’expose à la fois, tout en devant faire face aux conséquences. D’ailleurs, par un procédé de mise en abîme pas si inattendu que cela, Izumi se voit comme un personnage de BL (Boy’s Love, soit une catégorie de Yaoi).

Ce premier tome pose beaucoup de question sur la place au sein de la famille, sur le fait de grandir, de s’accepter (ou pas) et d’accepter aussi le regard des autres sur vous. Bâti sur un quiproquo, l’intrigue est plus intéressante, plus profonde qu’elle n’y paraît et marque pour moi un retour à la lecture des mangas.

Journal d’un louveteau garou – X

Cher journal

C’est la veille de Noël, je ne t’apprends rien.

Surtout, c’est la veille du bal des louveteaux. Le constat est simple : Mathieu et moi, en dépit d’un entraînement acharné, nous valsons aussi mal qu’au premier jour. Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, nous avons une épidémie au pensionnat, une épidémie de quoi ? Une épidémie de puces ! Heureusement, les poux nous sont épargnés – la condition de garou a tout de même du bon.

Nous sommes fins prêts pour accueillir le père Noël. Comme tous les ans, nous espérons qu’il court vite. Je sais de source sûre qu’un copain de mon petit frère Valère a commandé un bâillon. Très bonne idée. J’espère qu’il saura en faire un bon usage.

Sur ce, journal, je te laisse, je vais méditer jusqu’à ce soir, avec l’aide de quelques macarons.

Anatole Sganou, 4e Bleu. IMG_2364