Archive | 31 décembre 2014

Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wod

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Présentation du livre :

Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée du campus, Oscar est attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant de la chapelle de King’s College. Subjugué malgré lui, il ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme capte son attention. Iris n’est autre que la soeur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

Comme le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, je suis quasiment en retard pour rédiger mon avis sur ce pavé (496 pages) et surtout, j’ai beaucoup de mal à le rédiger. Non que je ne l’ai pas aimé, c’est juste que j’ai vraiment du mal à mettre des mots sur mes impressions.

Tout d’abord, mon personnage préféré est vraiment Oscar, lui qui est seul contre tous ou presque. Oscar pourrait passer pour un naïf, un candide dans cet univers universitaire, lui qui a arrêté ses études très tôt, en partie parce que ses parents souhaitaient qu’il devienne très vite indépendant, qu’il mène une vie comme la leur (une meilleure position dans la société ? Vous plaisantez !) et qu’il leur offre un jour ce dont ses parents pourront être fier : un petit-fils. Dans un tel contexte socio-culturel, il est presque miraculeux qu’Oscar cherche à se cultiver, comme un moyen de couper définitivement le cordon avec ses parents. Leur opinion sur la lecture est à ce titre très significative : Pour eux, les livres étaient facultatifs, un truc que des professeurs de lettres débraillés imposaient aux enfants à l’école. Oscar avait été élevé dans l’idée que s’il restait dans sa chambre plongé dans des histoires et des mondes imaginaires, c’était qu’il n’appréciait pas la vie qui était la sienne. Dire qu’Oscar exerce le métier d’aide-soignant est réducteur : il aime vraiment prendre soin des autres.

Le roman pourrait être celui de son apprentissage, il est celui de la manipulation et du narcissisme – et ce n’est pas de son côté qu’il faut chercher cela, mais de celui d’Eden Bellwether, qui donne son nom au roman. Il est son opposé, et plus encore : fils aîné, aimé, choyé, adulé (je pourrai continuer à empiler les adjectifs), il fascine ses parents, sa soeur, ses amis, qui lui passent tout. « Je lui faisais entièrement confiance », dit sa soeur en parlant de leur enfance. Pas un ne s’oppose réellement à lui, à ses théories, sa folie, dirai-je. Oh, il y a bien Oscar, dès qu’il a conscience, du moins, de la manipulation exercée par Eden. Mais qui est-il pour cela ? Un tout jeune aide-soignant face à des étudiants hautement qualifiés et surtout, à une famille unie, prête à tout pour protéger son fils prodige.

Bien sûr, dès l’ouverture du roman, le lecteur savait que la tragédie serait là, et plus le récit se déroulait, plus l’on pouvait se demander comment et pourquoi elle allait survenir. Au fil du roman, et de ses chapitres, de petits événements annonçaient la tragédie, et les manipulations d’Eden jetaient le trouble sur cette linéarité retrouvée du texte. Le doute sera toujours là, comme si, finalement, Oscar n’avait pas été choisi au hasard dans cette histoire où se côtoient le génie et la folie. Et l’amour aussi, même si ce sentiment, à aucun moment, n’est assez fort pour protéger ceux qui sont aimés, ni même pour rendre heureux ceux qui l’éprouvent, si ce n’est pour un très bref laps de temps.

Oui, le complexe d’Eden Bellwether est un premier roman, mais il est avant tout une oeuvre singulière et troublante, où se détachent de fortes personnalités. Je me rends compte, en achevant ce billet, que je n’ai parlé à aucun moment de musique, ni de son pouvoir hypnotique (je rédige pourtant mon texte en écoutant la musique de chambre d’Henry Purcell). Mais que nous raconte ce roman, si ce n’est comment l’une des plus belles créations humaines puissent servir à sa plus grande folie ?

Il fallait noter ce livre sur 5 selon ces critères :

– Qualité de l’écriture : 5/5
– Plaisir de lecture : 4/5
– Originalité du livre : 5/5

Lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2014 de Price Minister.Logo MRL PM2014

 

Moriarty d’Anthony Horowtiz

Mon avis :

« Quelqu’un croit-il réellement à ce qui s’est produit aux chutes de Reichenbach ? De nombreux articles ont paru dans la presse sur le sujet mais il semble que tous ont laissé de côté un élément important. La vérité. »

Voici comment débute ce roman. L’écriture en est cependant rétrospective, puisque Frederick Chase, le narrateur, n’ignore pas que Sherlock Holmes a survécu et est réapparu trois ans après les événements. S’il relate les faits, il s’interroge sur les causes de sa disparition, et analyse les incohérences dans les actions du détective. Les commentateurs n’ont qu’à bien se tenir.

Qui est Frederick Chase ? Un Pinkerton – ou comment la fine fleur des enquêteurs anglais croise les plus connus des enquêteurs américains. Quand je parle de « fine fleur », je ne parle pas des enquêteurs de Scotland Yard, non, mais de Sherlock Holmes, de ses méthodes, qui inspire Altheyney Jones, un inspecteur fortement marqué par ses rencontres avec le détective. La première rencontre entre Jones et Chase sera déterminante : en analysant l’apparence de Chase, Jones sèmera ainsi la graine d’où naîtra leur amitié. Et comme Chase est le narrateur, il serait presque tentant de voir en lui le Watson d’Altheyney. Ce serait très réducteur.

Quel est le but de leur (ré)union ? Non pas arrêter Moriarty (c’est un peu tard) mais empêcher un criminel américain de prendre sa succession, et d’étendre sur le Royaume-Uni les méthodes violentes qui ont cours sur le nouveau monde. Torture, meurtre, meurtre, torture, enlèvement, attentat, rien n’est épargné à nos enquêteurs qui n’ont qu’une volonté : que tout ceci cesse.

Le récit est brillant, brillamment mené, sans complaisance, ou presque. Trop en dévoilé vous gâcherait le plaisir de lire cet excellent roman, que je ne peux que recommander.

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