Archive | 29 décembre 2014

Papillon de nuit de James Sallis.

Présentation de l’éditeur :

A la fin du Faucheux, Lew Griffin avait décidé de vivre de sa plume.
Lorsque commence Papillon de nuit, La Verne, ancienne prostituée de grande classe, sa meilleure amie et son grand amour, est morte et sa fille, Alouette, a disparu dans une de ces impasses à junkies. Lew Griffin décide de partir à la recherche de la jeune femme. Sa quête va le ramener dans le Sud profond, celui qu’il avait cru fuir dans sa jeunesse.

Mon avis :

Ce que j’apprécie dans l’oeuvre de James Sallis (oui, je parle d’oeuvre, et non simplement de romans), c’est que l’auteur a vraiment conçu les romans qui mettent en scène Lew Griffin comme un ensemble, et non comme un empilement de romans, utilisant le privé/garde du corps/romancier comme personnage principal.

Lew n’est plus le jeune homme bagarreur du Frelon noir, mais un romancier, un enseignant qui aime la littérature française et transmet sa passion à ses étudiants. Il est surtout un homme, avec un passé qu’il assume, des erreurs qu’il a commise, comme celle de perdre La Verne, qui fut l’amour de sa vie. Elle est morte, et ceux qui l’ont aimé la pleurent. Si nous étions dans un mélo, elle emporterait son secret dans sa tombe. Ce livre se veut au plus près du réel, et le lecteur découvre, comme Lew, qu’elle a eu une fille, Alouette. Pas de mélo, vous dis-je, mais la stricte réalité : avec beaucoup d’argent et d’avocat, on peut séparer définitivement une mère de son enfant. Et son cas ne semble pas isolé. Pas de leçon de morale non plus, juste, en filigrane, le fait que l’argent ne fait pas tout et que personne ne peut décider pour quelqu’un ce qui est bien, ou pas. Et Alouette de disparaître, laissant derrière elle un bébé prématuré. J’oubliai : Alouette est une junkie, et son bébé n’est qu’un enfant de plus dans ce qui devrait être un service de grand prématuré, mais se révèle être un mouroir pour ces bébés littéralement abandonnés par leurs parents.

Il en faut du talent pour ne pas verser dans la sensiblerie, dans la leçon de morale. James Sallis nous montre des parents dépassés, des enfants à la dérive, des couples qui ne savent pas ce qu’ils veulent et qui se rendent compte trop tard qu’ils ont fait les mauvais choix. La misère, qui n’est pas seulement matérielle, n’est jamais très loin, et Lew, qui n’hésite jamais à payer de sa personne, ne dira pas le contraire.

Après cette seconde lecture, je reste persuadée que James Sallis est un auteur à découvrir absolument.

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Journal d’un louveteau garou – XII

Cher journal

c’est la catastrophe. Comment ai-je pu faire ce que j’ai fait ? C’était plus fort que moi. Il avait un parfum enivrant de mouton ! Bref, j’ai croqué le bras du nouvel infirmier.

Je ne suis pas autorisé à lui présenter mes excuses, il paraît qu’il est encore « un peu fragile ». Il a pourtant été soigné, recousu, que sais-je encore !

Mes parents ont été convoqués – qu’ils le soient à cause de Valère, soit, mais à cause de moi ! Notre directeur, qui est aussi médecin spécialiste, m’a mis au régime strict ! Arghhhhhhhhhhhhh ! Je l’entends encore :
– Pas de viandes pendant un mois ! Pas de produits laitiers. Pour déxintoxiquer, vous mangerez des carottes, des choux et des haricots.
– C’est trop horrible ! dis-je.
– Anatole, intervint papa, il y a cent ans, tu aurais reçu une balle en argent en plein coeur pour ce que tu as fait, et on t’aurait tranché la tête pour plus de sûreté. Dans quel état est le malheureux jeune homme ? demanda-t-il pour la troisième fois.
Oui, il est traumatisé, stressé, sous le choc, j’en passe et des pires. Oui, ce que j’ai fait est horrible mais ce n’est pas la peine de me le rappeler constamment.

Sur ce, je te laisse, cher journal, mon petit frère Valère vient de me narguer avec un pot de moutarde et un flacon de sauce tomate. Aux dernières nouvelles, j’ai encore le droit de lui faire bouffer le contenu du matelas. Je sens que cela me détendra.

Anatole Sganou, 4e Bleu.

PS : je suis privé de bal, comme de juste. Du coup, Mathieu boude, il ne veut pas aller au bal sans moi. C’est mignon. C’est bizarre.a_Nina_encore_des_moutons_d'hiver_et_des_pierres_!