Le roi disait… de Clara Dupond-Monod


Ma présentation :

Ce roman retrace quinze années de la vie d’Aliénor d’Aquitaine, de son mariage avec Louis VII à sa rencontre avec le futur Henri II.

Mon avis (attention, je suis bavarde) :

J’ai tourné longtemps autour de ce livre. J’avais un peu de mal avec le titre, qui montrait déjà une modalisation et un implicite, Aliénor prenant la parole et rapportant des paroles attribués au roi, c’est à dire à Louis VII (cela aurait pu être Henri II, après tout). Puis, ce titre mettait déjà l’accent sur toute la légende noire d’Aliénor, forcément réductrice. Il a fallu que le livre soit présenté en ebook par le réseau de bibliothèque de Rouen pour que je l’emprunte et le lise.

La lecture en e-book influence-t-elle le jugement sur un livre ? En version papier, ce livre mesure 240 pages, en version numérique, 103 ! Le livre « papier » serait-il écrit très gros ? Si vous comptez de plus que les chapitres ne sont pas très nombreux (quatre, de mémoire) et que je tenais à les terminer à chaque session de lecture, vous vous rendez bien compte que cette lecture fut un peu lourde.

Je retiens tout de même un point positif : le style est agréable à lire, très contemporain, tout en restituant « la vie quotidienne au moyen-âge », le contraste entre Paris, et l’Aquitaine, ses parfums, ses puanteurs, ses guerres incessantes. Trois voix s’élèvent dans ce roman, Aliénor et Louis en alternance, puis Raymond d’Antioche, oncle d’Aliénor, pour conclure le roman. Je ne crois pas être la seule lectrice à préférer Louis à Aliénor, Louis le sage, le pieu, qui sera poussé à toutes les extrémités, toutes les violences pour plaire à sa reine, lui qui était destiné à entrer dans les ordres. Aliénor n’est qu’orgueil, violence, colère, mépris aussi pour cet homme, pour cette cour, pour tous ceux qui l’entourent. Elle paraît, de plus, maîtresse de son corps, elle qui choisit quand elle donnera un enfant au roi – elle avait quinze ans à son mariage, dix-huit à la naissance de Marie, sa fille aînée, future protectrice de Chrétien de Troyes et de Gace Brûlé.

Ce qui m’a dérangé est cette volonté de faire de Louis et d’Aliénor un couple moderne, avec des sentiments, des émotions, une psychologie en bref, qui font d’eux nos quasi-contemporains. Bien sûr, c’est une volonté de l’auteur d’avoir écrit son roman en se basant sur les faits historiques et en romançant tout ce que l’on ne savait pas. C’est aussi une volonté de se cantonner aux années pendant lesquelles Aliénor était reine de France – elle n’est pas encore la maman de Richard Coeur de Lion (clin d’oeil personnel). Bien sûr, on ne sait pas exactement ce que pouvaient éprouver roi et reine de France en ces années-là – mais je ne suis pas certaine qu’il fut question de tels tourments amoureux.

Une lecture que je suis heureuse d’avoir terminé, tout comme je suis heureuse d’avoir fini d’écrire cet avis.

challengerl2014

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10 réflexions sur “Le roi disait… de Clara Dupond-Monod

  1. Je suis parfaitement d’accord avec tes réserves, et j’en rajouterais une qui concerne les valeurs que l’on projette sur Aliénor, qui pour être une femme indépendante et éprise de liberté à bien des égards n’est pas pour autant une espèce de pionnière du féminisme ou une annonciatrice de l’esprit des Lumières, comme semble le sous-entendre Clara Dupont-Monod. A mon sens, on peut bien prendre des libertés avec l’Histoire dans un roman, mais celles-ci relèvent plutôt de la malhonnêteté intellectuelle…

    • Je n’y avais pas pensé, mais tes remarques sont très justes.
      J’ai déjà du mal avec ceux qui prennent trop de libertés avec l’histoire (voir les films sur Molière avec Romain Duris, ou La Fontaine avec Lorent Deutsch), alors les romans, n’en parlons pas.

  2. J’avais été tenté par plusieurs billets de blog mais lorsque j’en ai lu des extraits, j’ai plutôt été du même avis que toi… Du coup, je n’ai pas poussé plus loin.

  3. Je n’ai pas été gênée par le ton « moderne », je trouve que ça rejoignait bien l’universalité du thème, son aspect presque contemporain des relations humaines ! et j’ai adoré la 3ème partie, à me demander si l’auteur n’aurait pas dû adopter ce point de vue « extérieur » à l’histoire ?

    • Justement, en bonne médiéviste, j’aime que la singularité du couple Aliénor/Louis soit respectée.
      Effectivement, la troisième partie tranche avec les autres chapitres et donne un tout autre éclairage à l’oeuvre, cependant je pense qu’il est bon aussi d’entendre les voix d’Aliénor et de Louis.

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