Archive | 28 décembre 2014

Le roi disait… de Clara Dupond-Monod


Ma présentation :

Ce roman retrace quinze années de la vie d’Aliénor d’Aquitaine, de son mariage avec Louis VII à sa rencontre avec le futur Henri II.

Mon avis (attention, je suis bavarde) :

J’ai tourné longtemps autour de ce livre. J’avais un peu de mal avec le titre, qui montrait déjà une modalisation et un implicite, Aliénor prenant la parole et rapportant des paroles attribués au roi, c’est à dire à Louis VII (cela aurait pu être Henri II, après tout). Puis, ce titre mettait déjà l’accent sur toute la légende noire d’Aliénor, forcément réductrice. Il a fallu que le livre soit présenté en ebook par le réseau de bibliothèque de Rouen pour que je l’emprunte et le lise.

La lecture en e-book influence-t-elle le jugement sur un livre ? En version papier, ce livre mesure 240 pages, en version numérique, 103 ! Le livre « papier » serait-il écrit très gros ? Si vous comptez de plus que les chapitres ne sont pas très nombreux (quatre, de mémoire) et que je tenais à les terminer à chaque session de lecture, vous vous rendez bien compte que cette lecture fut un peu lourde.

Je retiens tout de même un point positif : le style est agréable à lire, très contemporain, tout en restituant « la vie quotidienne au moyen-âge », le contraste entre Paris, et l’Aquitaine, ses parfums, ses puanteurs, ses guerres incessantes. Trois voix s’élèvent dans ce roman, Aliénor et Louis en alternance, puis Raymond d’Antioche, oncle d’Aliénor, pour conclure le roman. Je ne crois pas être la seule lectrice à préférer Louis à Aliénor, Louis le sage, le pieu, qui sera poussé à toutes les extrémités, toutes les violences pour plaire à sa reine, lui qui était destiné à entrer dans les ordres. Aliénor n’est qu’orgueil, violence, colère, mépris aussi pour cet homme, pour cette cour, pour tous ceux qui l’entourent. Elle paraît, de plus, maîtresse de son corps, elle qui choisit quand elle donnera un enfant au roi – elle avait quinze ans à son mariage, dix-huit à la naissance de Marie, sa fille aînée, future protectrice de Chrétien de Troyes et de Gace Brûlé.

Ce qui m’a dérangé est cette volonté de faire de Louis et d’Aliénor un couple moderne, avec des sentiments, des émotions, une psychologie en bref, qui font d’eux nos quasi-contemporains. Bien sûr, c’est une volonté de l’auteur d’avoir écrit son roman en se basant sur les faits historiques et en romançant tout ce que l’on ne savait pas. C’est aussi une volonté de se cantonner aux années pendant lesquelles Aliénor était reine de France – elle n’est pas encore la maman de Richard Coeur de Lion (clin d’oeil personnel). Bien sûr, on ne sait pas exactement ce que pouvaient éprouver roi et reine de France en ces années-là – mais je ne suis pas certaine qu’il fut question de tels tourments amoureux.

Une lecture que je suis heureuse d’avoir terminé, tout comme je suis heureuse d’avoir fini d’écrire cet avis.

challengerl2014

Le bal des louveteaux – de deux maux, il faut choisir le moindre

Et parfois, on se trompe !

Face à l’épidémie de puces, Gaël de Nanterry choisit d’envoyer tous les louveteaux prendre un « petit traitement d’appoint » à l’infirmerie. Ce serait de plus l’occasion de mettre le pied à l’étrier au tout nouvel infirmier, Loïc Moncontour. Son prédécesseur venait en effet de prendre sa retraite, après quarante ans de service dévoué à la meute et au pensionnat.

Il était charmant, presque … mignon. Gaël se reprit. Pas le moment d’avoir le béguin pour qui que ce soit. Vive le célibat, et à bas les scènes de ménage. Pourtant, il y avait quelque chose de… vraiment attirant chez ce délicat et ferme jeune homme.

Tout allait très bien, les louveteaux et les louvetelles défilaient avec empressement (se gratter au beau milieu du bal, impossible !) et Gaël, ma foi, déambulait dans le couloir, ravi de constater que le calme régnait enfin, quand un hurlement strident retentit. Le genre de hurlement qui vous glaçait le sang et vous faisait partir en courant. Sauf que Gaël, lui, courut bien, mais en direction de cet insupportable cri de douleur. Ouvrant tout grand la porte de l’infirmerie, il trouva… je vous préviens, c’est un peu horrible… il trouva Anatole Sganou en train de croquer/machouiller/déguster le bras de l’infirmier.

– Je ne sais pas ce qui m’a pris, dit Anatole, confus. Mais il était tellement appétissant !

Ce n’était peut-être pas très pédagogique, cependant le jeune louveteau avait été maîtrisé, et un tout petit peu ligoté.

Loïc, sous le choc, ne parvenait pas à parler. Par contre, il claquait des dents frénétiquement pendant que Gaël :
– constatait l’étendu des dégâts.
– tentait de le soigner.

– Je sais ce qui t’a pris Anatole, dit Gaël. Monsieur Moncontour, vous avez le gène du mouton. Non, je ne dis pas cela parce que vous avez les cheveux frisés. Vous avez un gène qui a fait de vos ancêtres… Nous en reparlerons plus tard, bredouilla-t-il voyant que le malheureux infirmier était sur le point de tourner de l’oeil.

Le gène du mouton, isolé par le brillant lycanthropologue Alexandre MacAbane, fait de ses porteurs des … en-cas de choix pour les loups-garous – ou des partenaires de choix, aussi, leur douceur tempérant un tempérament lupin légèrement belliqueux.