Archive | 1 novembre 2014

Selon Vincent de Christian Garcin

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Présentation de l’éditeur :

Dans les années 1990, un homme qui se croit possédé quitte métier, maîtresse, femme et enfants pour s’exiler au bout du monde. En 1812, juste avant le passage de la Bérézina, un soldat napoléonien est fait prisonnier par les Russes et confie à des feuilles volantes le détail de ses deux terribles années de captivité. En 2013, deux amis, l’un franco-chinois, l’autre franco-argentin, partent en Patagonie à la recherche de l’oncle de l’un d’eux, disparu depuis vingt ans, et rencontrent le propriétaire de la Lune. En 1882, un médecin astronome participe à une expédition internationale vers la Terre de Feu pour observer les mouvements de la planète Vénus, et établit des contacts avec les Indiens Yahgans, dont le peuple fut exterminé quelques décennies plus tard. Ces histoires n’en forment qu’une, qui rebondit de chapitre en chapitre autour d’un drame inavoué, entre Marseille et Punta Arenas, la Russie et les paysages grandioses du sud de la Patagonie.

challengerl2014Mon avis :

Selon Vincent, ou un roman complexe et exigeant.
J’ai eu du mal à rentrer dans ce récit, parce que je n’ai ressenti d’entrée de jeu aucune empathie pour Vincent, qui donne son prénom au roman. Il est marié, il a une/deux/plusieurs maîtresses, sa femme a un amant, chacun d’eux s’accommode de cette vie, sans songer à une séparation possible. Il considère que ses enfants sont davantage ceux de sa femme que les siens, se désintéresse de son métier d’enseignant, bien que son travail transdisciplinaire avec son collègue de français ferait les délices du rectorat. Il a tout quitté, du jour au lendemain, pour des motifs qui seront expliqués lors du dénouement, sans que personne ne se préoccupe vraiment de lui, si ce n’est Rosario, son neveu, qui part à sa recherche quand son oncle lui adresse un signe de vie, comme les cailloux semés par le petit Poucet.
Cependant, j’ai aimé ces récits entrecroisés, aux liens subtils entre eux, ses changements de narrateur maîtrisés, ses sauts dans le temps. Selon Vincent est un livre très riche, qui se laisse doucement apprivoiser.

Blond cendré d’Eric Paradisi

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Présentation de l’éditeur :

Alba et Maurizio se rencontrent à Rome pendant la guerre. Elle étudie le droit et résiste au sein de Bandiera Rossa. Il est juif, coiffeur dans le ghetto, et se cache chez Alba après la rafle d’octobre 1943. Chaque dimanche, Maurizio coupe les pointes des cheveux blond cendré d’Alba. Des cheveux qu’il vénère autant qu’elle. Mais au printemps 1944, ils sont arrêtés ensemble. Alba est incarcérée tandis que Maurizio est déporté à Auschwitz. Il y survit en devenant le barbier de sa baraque, sans jamais renoncer au souvenir d’Alba, à la délicatesse amoureuse de son visage dessiné sur du papier volé.Le temps a passé. Lors d’une interminable et tragique nuit de janvier, Flor, la petite-fille de Maurizio, raconte cette histoire à son fiancé comme son grand-père la lui a confiée, par morceaux, par songe. Peut-être l’homme qu’elle aime trouvera-t-il dans le courage d’Alba, la force de supporter à son tour l’absence.

Merci à Babelio et aux éditions Jean-Claude Lattès pour ce partenariat.

Mon avis :
Lire des romans qui parlent de la Seconde Guerre mondiale est un défi que je m’impose – de temps en temps. Dans Blond cendré, l’auteur donne la parole à un rescapé des camps de concentration, Maurizio, ou plutôt, il donne la parole à sa petite-fille, qui raconte à l’être aimé deux histoires, la sienne et celle de son grand-père.
J’ai eu beaucoup de mal avec cette voix, si sereine, déjà, cette voix qui cherche à apaiser l’autre, à l’aider à se reconstruire – alors qu’elle est la voix d’une morte et qu’elle décrit sa propre mort. Ne cherchons pas ici de théorie sur la vie après la mort, ou de tentative de tirer ce roman vers le genre fantastique. Flor parle, Flor crée le lien entre le passé, le présent, et le futur des êtres qu’elle aime, êtres marqués par la tragédie depuis plusieurs générations.
Comment raconter la déportation ? En essayant pas d’anticiper outre mesure. Maurizio se sent italien, bien plus que juif. Il ne peut croire que des millions de juifs sont déportés, puis tués, pas plus que les nouveaux arrivants ne mettent en doute les paroles rassurantes des soldats allemands.
Bien sûr, le lecteur sait que Maurizio survivra. Il ne sait pas comment. Rares sont les romans qui s’intéressent à ce combat quotidien, absurde, presque perdu d’avance pour être celui qui vivra un jour de plus. Je me souviens avoir croisé des témoignages, et entendu aussi des jugements abrupts sur les « survivants », comme s’ils étaient coupables de vivre. Comme si Maurizio lui-même ne devait pas vivre avec ce sentiment de culpabilité.
Et c’est ce qui nous est raconté pas à pas. Maurizio n’attend pas, contrairement à d’autres. Il l’a vécu. Il sait. Il s’efforce de vivre, et s’il n’est pas question de devoir de mémoire, exercer son métier (et de quelle manière) est un hommage à Alba, à son combat, un moyen de perpétuer son souvenir. « C’est peut-être ça l’amour, quelque chose qui t’oblige à vivre. »
Blond cendré est un roman qui aborde avec délicatesse, sans mièvrerie, des sujets difficiles.