Archive | 18 octobre 2014

Journal d’un louveteau garou IX

Cher journal

je jubile ! Je suis fou de joie et de bonheur ! Cette fois-ci, monsieur de Nanterry, notre principal par intérim depuis longtemps déjà, a appelé mes parents, et leur a demandé de ramener Valère en urgence chez eux, sinon, il le ramenait lui-même, avec l’aide de l’ensemble des professeurs du pensionnat.

Je vous résume les faits : mon frère était sur le toit, l’équipe de secours était en train de tirer à la courte paille pour savoir qui irait, tandis que monsieur le principal tançait vertement Glencora et Arzelle pour avoir envoyé mon petit frère sur le toit.

– Ca suffit ! s’écria monsieur de Nanterry, je vais le chercher moi-même.

A peine était-il monté (et nous-même admirions sa grâce et sa souplesse toute lupine) que mon petit frère se trissa* en quatrième vitesse. Je dois reconnaître qu’il court très bien sur une gouttière. Enfin… jusqu’au moment où, à force de courir, la gouttière s’est détachée. Valère est tombé, s’est métamorphosé de justesse, et est retombé en souplesse dans les bras d’un des secouristes. En revanche, le secouriste n’a pu éviter la gouttière, qu’il s’est prise sur sa tête casquée. Il a eu de la chance cependant, c’est le casque qui a tout pris – mais il est maintenant complètement fendu !

Et monsieur le principal ? Il a eu le temps de se raccrocher à la fenêtre ! Soudain, a surgi dans le ciel non pas un chevalier dragon (parce que là, cher journal, on était tous foutu) mais un vampire ! Il a attrapé monsieur de Nanterry, et l’a reposé avec délicatesse sur le sol. La classe interstellaire ! Et il n’avait même pas l’air traumatisé ! Plutôt blasé, style Jam Bon**. Tous les professeurs avaient été témoins de la scène et se pressaient autour de lui.

C’est alors que mon petit frère a dit : « bah ! S’il avait été un garou, et non un cul pelé***, ce ne serait pas arrivé ! » Le silence était tel qu’on aurait entendu une puce de loup garou se gratter le postérieur. Gaël de Nanterry s’est approché et a dit doucement :
« – Je ne peux pas me métamorphoser, c’est vrai. Cependant, je suis un louverain****. Je n’ai pas besoin de t’expliquer ce que c’est ? »
Valère a écarquillé les yeux – qu’il a déjà fort globuleux. Je m’attendais à ce qu’il parte en courant, et bien non ! Il est tombé en catalepsie. Même pas drôle. Les profs se sont relayés à son chevet, ils l’ont couvert de peluche, lui ont porté des entrecôtes, rien à faire. Et quand monsieur de Nanterry a pris la décision d’appeler mes parents, j’ai dû me retenir de sauter de joie ! Quelle belle journée.

@bientôt cher journal
Anatole.

*se trissa : prit la fuite.

** Jam Bon : Anatole veut dire « James Bond », mais il avait très faim en écrivant ce journal.
** cul pelé : injure désignant un enfant né d’un père garou, mais incapable de se transformer.
*** louverain : fils de garou, incapable de se transformer, mais bénéficiant tout de même de pouvoirs que vous n’avez aucune envie de tester !

Un homme loyal de Glenn Taylor

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur (extraits) :

1941, Huntington, bourgade ouvrière de Virigine-Occidentale qui survit tant bien que mal autour de la soufflerie de verre Mann Glass. C’est là que travaille le jeune Loyal Ledford. Fiancé à la fille du patron de l’usine, cet orphelin taciturne, animé d’un sens aigu de la justice et de la droiture, est déterminé à bâtir sa vie de ses propres mains. Mais au lendemain de l’attaque de l’attaque de Pearl Harbor, Loyal, comme beaucoup de jeunes gens de son âge, décide de voler au secours de la nation.

50

Mon avis :

Je suis très heureuse d’avoir terminé la lecture de ce livre, qui m’a occupé presque trois semaines. En effet, ce livre couvre non seulement l’histoire d’un hameau utopique en Virginie-Occidentale, un état trop peu mis en valeur par la littérature, mais permet de découvrir l’histoire des Etats-Unis, de l’entrée dans la Seconde guerre mondiale, à l’assassinat de Martin Luther King.

Loyal s’est engagé volontairement, en partie à cause de ce qu’il vivait dans l’entreprise où il travaillait. Orphelin, fiancé à la fille du patron, il a fait ce choix alors que d’autres seraient volontiers rester « planqué » à l’arrière. Il n’assistera pas au Débarquement, non, il restera sur une petite île du Pacifique, où il vivra l’horreur – il ne sera pas le seul. Les cauchemars resteront, récurrents. Un ami aussi, très spécial, Erm, un véritable personnage de tragédie, qui pèsera bien malgré lui sur le dénouement.

La Virginie-Occidentale a fait secession avec la Virginie, elle n’était pas un état confédéré – cela ne se voit pas beaucoup à la lecture de ce roman. Les blancs avec les blancs, les noirs loin, très loin, ou alors, relégués aux taches subalternes, avec obligation de se taire et de faire. Côtoyer ces personnes, être amis avec eux est impensable, pour ne pas dire scandaleux. Aussi des hommes comme Loyal Ledford sont précieux, de même que les frères Bonescutter, un mystère à résoudre à eux tout seuls.

Ces trois hommes, leurs proches, avec lesquels ils forment une communauté, récusent la violence, absolument. Mais jusqu’où peut-on aller quand les autres usent de tous les subterfuges, légaux, illégaux, pour vous pourrir la vie, quand ils n’ont aucun sens  ? Quand la violence est là, et ne touche pas des adversaires capables de se défendre, mais les plus faibles ?

Un homme loyal est un très beau livre, très bien écrit, très bien construit, à recommander absolument.