Shanoé de Lorris Murrail

v_book10Présentation de l’éditeur :

Louise n’est pas une petite fille comme les autres.
Electro-sensible, sa condition la rend allergique à toutes les ondes électromagnétiques. Pas d’internet, pas de téléphone, de télévision, ni même d’ascenseur… Louise est condamnée à vivre loin de toute la modernité de notre époque. Pour préserver sa santé et lui permettre de vivre une vie normale, son père Stan, agent littéraire, et sa mère peintre, décident de partir et d’acheter une propriété à la campagne où les ondes ne passent pas.
Mais le lieu qu’ils viennent d’investir n’est pas un lieu comme les autres, et le passé violent de cet endroit ne va pas tarder à refaire surface… A mesure que Stan plonge dans l’histoire du château, le comportement de sa fille se fait de plus en plus étrange, et il ne sait que penser : est-ce la manifestation de forces surnaturelles, ou la preuve que son enfant sombre lentement dans la folie ?

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Scrinéo pour ce partenariat.

Mon avis :

Je me suis demandé qui était l’héroïne de ce roman. Louise, comme le laisse à penser le quatrième de couverture ? Shanoé, qui donne son prénom au roman ? J’ai envie de dire non dans les deux cas, et de dire que le véritable héros est Gronk. Reste à savoir ce qui l’anime, lui le seul adjuvant de Louise, celui qui lui sera fidèle jusqu’au bout, qui est son confident, prêt à tout pour elle. Ne jamais sous-estimer un ours en peluche.

Le roman, construit en deux parties, est bâti sur un retour en arrière : un agent d’assurance inspecte un château qui a été victime de la tempête Sofia. A la demande du maître des lieux, il est chargé d’écrire le récit de ce qui s’est passé à Ruet. L’auteur respecte ainsi un des codes du fantastique : enchâsser le récit dans un autre, pour créer un effet de réel. Il fait aussi allusion à des articles, ancrant ainsi le récit dans une réalité que le lecteur/destinataire est censé connaître.

La construction du récit est complexe, audacieuse. Des fragments du journal que tient Louise sont insérés entre les chapitres. D’ailleurs, est-ce vraiment un journal ? Non, il s’agit d’un autre récit, qui renvoie à une époque pas aussi lointaine qu’il paraît de prime abord. Louise invente-t-elle ? Si oui, elle a une imagination aussi fertile que morbide. Si non, qui peut écrire à travers elle ? Des coïncidences, entre le récit de Louise et des référents dans le récit principal (tableau, grange…) amènent le lecteur à y croire, même si, après tout, les coïncidences existent – rien ne ressemblent plus à une vieille grange qu’une autre vieille grange.

Ce récit secondaire, mis en valeur par la présentation en italique, est particulièrement sombre, violent, cruel. Certaines scènes m’ont semblé insoutenables. Elles montrent la crédulité, la peur de la différence, l’obscurantisme. En les lisant, je me suis demandée à partir de quel âge un adolescent pouvait lire ce livre. Pour ma part, je le déconseillerai avant quatorze ans, et tant pis si je suis considérée comme trop sensible. Il ne s’agit pas seulement de moi, mais de jeunes lecteurs seuls face à une situation inattendue.

Un peu comme Louise. Elle est seule, face à sa maladie dont finalement on ne parle pas tant que cela dans ce roman. Il est difficile de lui donner un âge. Elle se comporte comme une enfant, mais très rarement. Elle doit entrer au collège, pourtant, par sa maturité, elle est plus proche d’une lycéenne. Le regarde que portent les hommes sur elle est ambigu, malsain, ai-je envie de préciser. Il est dit que son attitude est « indécente », mais l’indécence est dans le regard des hommes, non dans sa pose. Ses parents semblent faire tout ce qui est bon pour leur fille – en apparence, bien sûr. Le père se lamente parce que vingt-sept kilomètres le sépare de son lieu de travail. Il n’hésite pas à se comporter comme un ado en crise face à sa fille malade. Autant vous dire que je n’ai aucune compassion pour cet adulescent, pas plus que pour Virginie, sa femme, plus préoccupée par son art que par sa fille, qui n’hésite pas à comparer sa mère à une sorcière. Comme Shanoé, finalement.

Pourquoi celle-ci a-t-elle « choisi » Louise pour lui transmettre son histoire ? Au nom de quelle malédiction, qui traverse les siècles et semblent toucher les descendants des premiers protagonistes ? Que s’est-il réellement passé au château de Ruet, dans le passé et dans le présent ? L’auteur ne tranche pas, c’est le propre du genre fantastique, cependant beaucoup trop de zones d’ombres demeure. Qu’a réellement vu Delphine, la jeune actrice qui s’est donnée la mort après son passage au château ? Où furent enterrées Shanoé et la comtesse Geneviève de Ruet ? Certes, l’imaginaire du lecteur est alors particulièrement sollicité mais le manque de réponse m’a rendue insatisfaite.

Shanoé est à réserver aux amateurs de littérature fantastique.

8 réflexions sur “Shanoé de Lorris Murrail

  1. Je l’ai repéré dans la sélection de Babelio; cela dit, dommage que l’aspect « électrosensibilité » passe au second plan, si je te suis! Cela dit, si ce roman croise mon chemin, je vais l’attraper.

    (et purée, grâce à WordPress, ça fait dix minutes que j’essaie de poster ce commentaire, dont neuf et demie à me connecter!!!)

  2. Il m’aurait tenté pour ce que tu en dis au début, après je me suis perdue dans ton billet alors imagine dans le livre, on verra plus tard… 😆 D’ailleurs, je me demande si je n’ai pas vu un film qui traitait de l’électro-sensibilité (bien avant Internet et les portables ^^)…

  3. Pingback: [Challenge jeunesse / young adult] Bilan #12 | Muti et ses livres

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